La disparition de deux enfants dans une wilaya, en l'occurrence Constantine, jusque-là relativement en retrait des grands tumultes sociaux, n'est pas sans grossir le contour d'un gangstérisme à l'ampleur inquiétante, d'autant plus que l'hypermédiatisation des kidnappings semble aller à contre cours des attentes dans la mesure où elle donne plus l'impression de banaliser le phénomène. Et dès lors que pour l'année 2012 le nombre d'enfants disparus a été de l'ordre de 240, il n'en devient que légitime pour tout Algérien de s'interroger sur une responsabilité à large spectre où il n'y a de place à aucune exclusive entre celle (responsabilité) de l'Etat et ses symboles, en tant qu'entités chargées de la préservation de l'intégrité physique des citoyens et leur protection, autrement dit la police, la gendarmerie, l'armée. Cela étant, il serait également pour le moins arbitraire de ne pointer du doigt que ces mêmes pouvoirs publics et feindre oublier celle (responsabilité) d'une société civile amorphe et aphone d'une manière générale à partir de l'instant où il y va de l'intérêt public, et les parents de manière particulière en ce qui concerne leur investissement direct dans l'éducation de leur descendance.
Bien entendu, avec du recul et une fois que la dramatique réalité est consommée, la critique ne pourra qu'être aisée comme si tout pouvait être autrement s'il y avait possibilité de remonter le temps. Or, c'est justement ce constat à la limite du surréalisme qui permet d'évaluer à leur triste dimension les dérives d'une société dont les repères, non plus de décennie en décennie, d'année en année, de mois en mois et encore moins de semaine en semaine mais pratiquement de jour en jour s'étiolent à la vitesse de la lumière. L'indifférence institutionnalisée face à des travers qui défigurent la société et la complaisance comme édulcorant à des actes et des attitudes hors normes biaisant superbement toute approche rationnelle et, comble de l'ironie, en arrivent jusqu'à inverser l'ordre normal des valeurs humaines, morales d'une société dont le délitement, hélas, ne semble plus échapper à l'irréversibilité.
Ce qui se passe, chaque jour que Dieu fait, dans la rue, chaque semaine dans les stades, les écoles, l'université, les établissements administratifs, les routes avec les accidents de la circulation, les souks sont autant d'épiphénomènes gravitant autour d'une violence presque quasi-naturelle d'une société qui ne peut plus autrement fonctionner qu'à travers des turbulences aux courbes les plus imprévisibles qui vont des agressions dues à de petites frappes, guerres de rue entre gangs de quartiers, viols, tournantes, racket, vols en tous genres, menaces, proxénétisme, petite corruption, jusqu'à l'émergence de cette nouvelle forme de criminalité qu'est le kidnapping à laquelle n'a jamais été préparée l'opinion publique et face à laquelle les appareils coercitifs et/ou répressifs de l'Etat sont pratiquement désarmés.
Le plus inquiétant encore dans le drame constantinois, la bêtise humaine n'ayant pas de limite, serait qu'il puisse inciter par mimétisme à une spirale en ce sens.
A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Lemili
Source : www.latribune-online.com