Photo : Riad
De notre correspondant à Oran
Samir Ould Ali
Abandonnés à la naissance dans les structures hospitalières, déposés quelques semaines ou quelques mois plus tard au siège même de la pouponnière ou devant un quelconque commissariat, livrés à la rue des années plus tard, le phénomène des enfants
abandonnés reste l'un des grands fléaux, l'une des grandes tares d'une société oranaise qui refuse de se regarder en face. Où que l'on soit dans cette cité en perpétuelle métamorphose, le phénomène des enfants vagabonds, errant seuls ou en groupes, interpelle la consciences de ceux qui continuent toujours de résister à la déferlante des problèmes socio-économiques, et met à nu, tout à la fois, les insuffisances de la politique de protection de l'enfance menée par les pouvoirs publics - pour autant qu'elle existe - et le travail du tissu associatif. Une illustration parmi de très nombreuses autres de cet échec : le phénomène du «sniffing» qui a pris des proportions alarmantes ces dernières années. Discrètement ou à la vue de tous, le nez plongé dans un sachet en plastique rempli de colle, de nombreux enfants se noient dans les vapes de cette dangereuse pratique sans que quiconque ne daigne intervenir ; encore moins les agents de l'ordre public trop occupés à réguler une circulation automobile devenue trop infernale. Il arrive qu'on les rencontre se promenant le long des grandes artères du centre-ville, ou debout devant un quelconque fast-food l'air hilare et le regard luisant. L'inhalation à travers le sachet est la pratique la plus courante, mais il en est qui respirent la glu à même le tube ou dans un chiffon mettant inconsciemment leur vie en danger. Selon des études spécialisées, la consommation continue de substances inhalées peut, en effet, provoquer de graves lésions et, parfois, des dégâts irréversibles de nature cardiaque, hépatique, rénale, pulmonaire ou cérébrale. Les changements de personnalité, une diminution du fonctionnement cognitif, des pertes de mémoire et des troubles de l'élocution comptent parmi les effets les plus courants... Livrés à la rue par des parents démissionnaires ou incapables de garder la tête hors de l'eau et par un système scolaire impuissant, ces enfants abandonnés semblent se démultiplier sans qu'une réaction à la mesure du phénomène ne provienne des pouvoirs publics. Jadis peu nombreux et rarement visibles, ils sont aujourd'hui presque partout, dans le centre-ville comme dans les quartiers périphériques et les communes déshéritées : «L'Etat devrait accorder davantage attention à cette catégorie fragile de la société qui prend de graves proportions est qui peut être facilement manipulée par les milieux criminels ou terroristes. Il ne faut pas oublier que le terrorisme se nourrit de la pauvreté et de l'abandon!», prévient ce père de famille qui rappelle, à juste titre d'ailleurs, que la misère est le vivier dans lequel la criminalité puise ses recrues. D'autres réalités démontrent que rien n'est encore réglé en la matière et que tout - ou presque - reste à faire pour diminuer l'ampleur du phénomène de l'enfance abandonnée : dans la seule wilaya d'Oran en 2011, près de 200 enfants ont été abandonnés par leurs mères et recueillis par la pouponnière (qui a du mal à contenir le flux important de nouveau-nés) et 32 nourrissons, dont 18 morts, ont été retrouvés dans les rues et les décharges publiques. De quoi inciter à réfléchir sur les priorités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S O A
Source : www.latribune-online.com