Oran

En finir avec l'image de «radio des Trabelsi»



Elle couvre tout le nord de la Tunisie, et si vous àªtes à  Tunis, vous pouvez l'écouter sur le 94.9 FM. Noureddine Boutar, son fondateur et directeur, un journaliste qui vient de la presse écrite, se souvient du petit deux-pièces dans lequel la radio a démarré. Aujourd'hui, elle a emménagé dans un immeuble flambant neuf du quartier Monplaisir et compte 75 employés, entre journalistes et équipe technique.
La radio connaîtra assez vite un succès fulgurant en raison de son ton léger, ses programmes musicaux à  la page et des émissions comme «Forum Enssa» (le forum des femmes) qui excelle dans les sujets de société. Les annonceurs affluent dans la foulée et son chiffre d'affaires monte en flèche. Cependant, il y a une ombre au tableau qui vient gâcher cette success-story : Pour les Tunisiens, Radio Mosaïque reste la «radio des Trabelsi». Et pour cause : elle compte parmi ses actionnaires un certain… Belhassen Trabelsi. Ce que Noureddine Boutar confirme tout en remettant les choses à  leur place : «D'abord, il faut savoir que Belhassen Trabelsi ne détenait que 13% des parts. Je suis l'actionnaire majoritaire. Belhassen Trabelsi ne s'est jamais mêlé dans la gestion ou la ligne éditoriale. Tout ce qui l'intéressait, c'étaient les bénéfices. Je ne le voyais que lors de l'assemblée générale des actionnaires. Il appelait parfois en décembre pour demander s'il y avait des bénéfices en vue. Il était juste intéressé par l'argent. Aujourd'hui, il n'y a plus de Trabelsi, et nous sommes en train d'étudier avec nos avocats la possibilité de céder ses 13% de parts aux journalistes sous forme d'une société de rédacteurs. à‡a serait une première en Tunisie.»
Evoquant les moments forts de la Tunisie insurgée, Noureddine Boutar reconnaît que la radio avait observé un profil bas durant cette période épique : «Nous passions des chansons engagées comme celles de Cheikh Imam. C'était notre seule manière de témoigner notre solidarité et d'accompagner cet élan. Notre existence ne tenait qu'à une fiche. L'ONT pouvait nous couper les ondes à  tout moment.» Le DG de Mosaïque FM se félicite toutefois de ce scoop : «Le 14 janvier, nous avons été les premiers à  diffuser la vidéo de la fuite de Ben Ali à  l'aéroport de Carthage.» Mais cela ne semble pas suffire pour se débarrasser de ce partenaire encombrant qu'était le frère aîné de Leila Trabelsi :
«Par ignorance ou par calcul, les gens disaient que c'est la radio des Trabelsi. Je ne vais pas jouer au héros. Mais j'ai été convoqué plusieurs fois par la police. Je ne pouvais pas engager un bras de fer avec le pouvoir. J'ai toujours dit que je suis un journaliste, pas un militant, et je fais mon travail avec les moyens que j'ai», plaide Noureddine Boutar. Aujourd'hui, notre confrère ambitionne plus que jamais de demeurer à  la tête d'une radio leader : «Nous tenons à  àªtre plus professionnels. On veut développer un journalisme de terrain, et pour cela, nous sommes en train de former de jeunes reporters. Il y a un chaos, il y a un manque flagrant de professionnalisme. Mais on restera parmi les radios leaders. Nous nous fixons trois missions : informer, s'ex primer et divertir. Nous voulons àªtre un vrai média indépendant. Vous savez, tout le monde a un petit dictateur à  droite, un Trabelsi opportuniste à  gauche qui veut tout accaparer. Le jeu démocratique, c'est une culture, et la presse a un grand rôle à  jouer pour enraciner cette culture.»
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