Oran - Revue de Presse

En attendant l'arrivée des bulldozers Kristel au temps de toutes les convoitises



Pour certains Oranais, renoncer à la virée vers Kristelen milieu d'après-midi, durant le mois de Ramadhan, relève de l'impossible. Ony va en voiture, rarement à bord d'une moto, à deux ou plus.On s'y rend pour échapper aux tracasseries de la ville, mais aussi pouracquérir des produits frais, notamment le poisson. Dans le lot des visiteursréguliers de ce village se trouvant à 7 km de douar Belgaïd,il y a les inconditionnels, ceux que le caractère encore vierge du coin fascineet attire. La route étroite et serpentée, suspendue entre montagne et mer,apaise ou incite à la vigilance. Les accidents sur cet axe routier sontextrêmement rares. Pourtant on y circule, de jour comme de nuit, notamment durantla saison estivale et durant ce mois de carême. Contrairement aux autres bourgsde la périphérie oranaise, Kristel n'a pas changé, oualors très peu. Encore épargné de la déferlante du béton armé, le village gardeun aspect berbère. Même les rares nouvelles constructions sont bâties avec dela pierre et ne débordent pas le cadre du haouch etne dépassent pas un étage. Se trouvant alignées des deux côtés de la route quimène de et vers Kristel, les portes des petitesmaisonnettes indépendantes sont tout le temps fermées. A croire que les Kristelois, contraints de recevoir les étrangers pourcommercer avec eux, cultivent le sens de la discrétion et entretiennent desdistances avec l'autre. C'est simple, on voit rarement une femme du villagedehors dans les rues. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si la première halte,presque imposée aux visiteurs, est celle de la place du marché. Au fait, ils'agit d'un bout d'une rue longue d'une vingtaine de mètres, avec un certainnombre de boutiques. En haut d'un croisement, des vendeurs de poissonsimprovisent avec des cagettes des étals. Le plus souvent, le nombre depoissonniers ne dépasse pas trois. Même quand on est déçu par la pauvreté de lamarchandise mise en vente, on se laisse emporter et on descend le bout de rueallant directement à la source d'eau. Des jeunes et moins jeunes exposent leursproduits venus directement des vergers. Au fait, on ne trouve pas grand-chose :des radis, de la salade verte, des paquets de carottes, de navets et de labetterave, des petits tas de courgette et des petits sacs de haricot vert.Question fruits, c'est encore plus maigre : à part les figues, les figues deBarbarie, les grenadines et quelques fruits sauvages, on propose de la bananeramenée des autres marchés. Mais ce qui frappe, ce sont lesquantités très limitées des produits ramenés des vergers au petit souk.Visiblement, le rendement des vergers touche à ses limites et permet dans lesmeilleurs des cas d'assurer juste la subsistance. Mais durant ce mois deRamadhan, certains se rendent à Kristel exclusivementpour l'eau de source à qui on attribue des qualités curatives. Tout indique quedans un proche avenir, cette source dont l'eau provient des montagnessurplombant le village, affirme-t-on, ne pourra pas répondre à une demande deplus en plus grandissante. Certains visiteurs ne se gênent aucunement deramener des fûts de 150 litres et créent des sortes de bouchons aux environs dubassin où les petits cultivateurs lavent entre autres leurs carottes etsalades. Ceux qui répugnent à se fondre dans la foule ou éprouvent desdifficultés pour stationner leur véhicule aux alentours du marché, descendentvers le petit port de pêche. Ils attendent l'arrivée des petites barques pourse procurer du poisson frais. D'ailleurs, un nouveau marché sauvage a éludomicile non loin du mausolée de Sidi Moussa El-Bahri.Depuis peu, la circulation du côté du vieux port est devenue extrêmementpénible. Il y a tellement de voitures que déjà un gardien, muni d'un gourdinpour se faire repérer, a limité son territoire de gardiennage. Ceux qui ont puétablir des relations avec les habitants du village, descendent chercher leurpoisson dans les maisons se trouvant aux alentours du port. Toutes les bicoquesconsacrent une partie du produit de leur pêche à la vente et l'autre à leurpropre consommation.Des projets et des «initiés»Kristel entretient un rapport particulier avec l'eau. Ses habitants doivent leursubsistance à la flotte, soit de la mer, soit de la source. Cette dernièrepermet d'irriguer les vergers d'où on tire quelques légumes commercialisés surla place du marché. Et c'est encore de la source qu'on puise l'eau à boire.Quant à la mer, elle permet aux commerces, notamment les quelques cafés etcrémeries de la grande place, de vivoter durant la saison estivale. Le reste del'année, elle fournit aux dizaines, voire centaines, de petits pêcheurs, dequoi remplir la marmite quotidienne. Le surplus permet de combler d'autresbesoins quand il trouve preneur. La simple vue des barques dans le petit portrenseigne sur la nature très artisanale de la pêche dans ce petit port appelé àconnaître des chamboulements dans les années à venir. Déjà, les grues et lesgros engins sont à l'oeuvre depuis quelques jours dans la première plage. Lemois de Ramadhan a obligé Kristel de se séparermomentanément d'avec un certain type de visiteurs particuliers, venant pour unemission bien précise : les visiteuses du mausolée de Sidi Moussa. Ce saintpatron du village est l'unique marin dans toute l'Oranie, aiment à précisercertains habitants du village. Durant la saison des mariages, certains nouveauxmariés s'y rendaient avant de consommer leur union. Cette tradition, perduedurant la période du terrorisme parce que le village était moins fréquentéqu'actuellement, a ressuscité cette année. D'autre part, le mardi et lemercredi, des adeptes de ce saint ou de simples citoyens, procèdent àl'égorgement d'une bête (un mouton ou un veau). On organise des sortesd'offrandes où le tout venu est convié à manger du couscous. Certaines jeunesfemmes, pressées de trouver un parti, se réfugient dans une crique un peu àl'écart et se baignent avec leur tenue ou tout simplement s'imbibent d'eau demer. Des fois, on jette une partie des abats à la mer pour faire exaucer un voeuou conjurer un mauvais sort. Une croyance, ancrée chez certains, laisseentendre que l'eau de Sidi Moussa El-Bahri facilitela rupture avec le célibat, notamment des jeunes filles. Kristela pu conserver son aspect un peu typique parce qu'elle est restée longtempsdésenclavée. Mais depuis, elle se trouve au point de mire de certainspromoteurs nationaux et étrangers. On a lu et entendu que des groupesd'investisseurs koweïtiens et qataris ont émis le voeu d'y ériger des complexestouristiques haut de gamme. De tels projets risqueront d'ôter au village sonaspect un peu sauvage. Mais déjà certains spéculateurs rôdent dans le coin dansl'espoir d'acquérir des terrains qu'ils vendront au prix fort le momentopportun. Déjà, le projet d'ouvrir la route relayant Kristelà Arzew, fait saliver notamment des initiés qui sont dans les secrets desdieux...
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