Escortée par deux agents d'audience, la jeune accusée d'à peine vingt ans
avance à pas comptés vers la barre. Brunette, de corpulence moyenne, taille
1,70 m, accoutrée d'un voile, Hind (appelons-la ainsi ; son vrai nom est
A.M.A.) a les yeux rivés au sol. On la sent stressée, alarmée. Il y a de quoi ;
elle encourt cinq ans de prison. Mains jointes derrière le dos, elle ne lève la
tête vers la tribune que quand elle doit prendre la parole pour répondre au
tribunal. D'emblée, la jeune femme avoue tout, ou presque, sans ambages. «Oui,
j'ai ensaché ces objets et je me suis enfuie durant leur absence»,
reconnaît-elle d'une voix fluette. C'est l'aveu du vol qu'elle a commis, le 1er
août 2010, dans le domicile, sis centre-ville d'Oran, de son tout nouveau
patron, le directeur général de la cimenterie de Zahana, rachetée par le groupe
français Lafarge.
C'est plutôt le «statut» de la victime, qui est par ailleurs le fils d'un
ex-vice-consul général de France à Oran qui a donné à cette affaire de «vol
simple» une certaine envergure médiatique. Un mince dossier de flagrant délit
gonflé et dénaturé au fil des jours par les rumeurs publiques les plus folles,
comme cette histoire plutôt drôle laissant croire à un coup commis par un agent
espion qui s'est fait passer pour une domestique le temps d'une mission pour
voler des documents confidentiels « top secret » qui étaient dans le
coffre-fort du haut cadre de Lafarge. Cette affaire a commencé au commissariat
du 16e d'Oran, le 1er août, à 14h, avec le dépôt de plainte pour vol par la
victime, les enquêteurs savaient à qui et à quoi ils avaient affaire. Eu égard
aux objets déclarés disparus (deux appareils photo, un caméscope numérique,
deux iphones, deux appareils PlayStation, trois téléphones portables, deux
paires de lunettes, une bague et un collier en plaqué or, des articles de
cosmétique, une somme de 600 euros et une autre de 5.500 DA), la police n'avait
donc affaire qu'à une simple affaire de vol.
La fille, c'était un ami du
responsable français qui la lui avait présentée une semaine auparavant, selon
ses dires. Or, il s'est avéré plus tard que l'ami en question ne savait pas
grand-chose sur cette fille qu'il avait connue, « par hasard », deux semaines
plus tôt. L'un comme l'autre ont facilement gobé l'histoire de cette effrontée
qui a rajouté quelques années à son âge et une bonne dose de maquillage à son
visage, histoire de donner de la cohérence à son récit d'étudiante fraîchement
diplômée en quête d'un petit boulot pour aider ses parents, en attendant… Le
fil conducteur qui a permis de résoudre cette étrange affaire est son numéro de
téléphone mobile. Une simple correspondance à Mobilis, et la police identifie
le suspect. Une perquisition est aussitôt opérée dans le domicile de Hind, dans
la commune de Tamazougha, à Hammam Bouhadjar (Aïn Témouchent).
Ni la mise en cause ni aucun des
objets volés ne sera retrouvé. Hind avait fugué depuis bien longtemps. Le 16
septembre, la jeune fugitive sera arrêtée à Alger, au bout d'un long et non
moins étonnant périple pour une fille de 19 ans : Oran, Alger, Ghardaïa,
Boumerdès, Alger. Du butin emporté, il ne lui restait rien, ni liquide ni
objets. Sauf une paire de lunettes, appartenant à la mère de la victime,
qu'elle portait au moment de son arrestation. Le gérant de la boutique de
portables et autres articles de téléphonie mobile, située à Alger, à qui
l'accusée a vendu une partie des objets volés contre 54.000 DA, ainsi qu'un
autre commerçant intermédiaire, ont été poursuivis pour recel. Comparaissant
libres au procès, ils ont écopé de 6 mois de prison ferme. La fille, elle, qui
est incarcérée à la prison de Gdyel, a été condamnée à 18 mois
d'emprisonnement. Les trois condamnés doivent en outre verser solidairement
600.000 DA de dommages et intérêts à la partie civile. Celle-ci, par la voix de
maître Fahim Hadj H'bib, a souligné que « l'accusée a outrageusement profité de
la bonté et de la charité de mon client et de sa famille qui l'ont hébergée
chez eux en la considérant une des leurs». La défense a plaidé les
circonstances atténuantes.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Houari Saaïdia
Source : www.lequotidien-oran.com