
En quittant le territoire d'El Aricha, au sud de Tlemcen, qui en est distante de 85 kilomètres, El Abed, s'annonçant dans une pancarte qui rappelle incontestablement ses mines, invite à une visite même éclair. La route parfois droite, d'autre fois sinueuse est bonne à emprunter malgré son étroitesse. Même de nuit. Sur près de 60 kilomètres, c'est une vaste superficie steppique dégradée. Mais la virée n'est pas pour autant désagréable dans cette commune qui dépend de Sidi Djillali. En passant par Bouihi, une commune limitrophe incontournable, l'?il tombe sur une unité des douanes algériennes qui surplombe le tracé frontalier avec le Maroc d'où filtrent des lumières au loin. Elles annoncent les frontières avec les quelques habitations de cette région qui mène vers El Abed. C'est le chemin emprunté par les contrebandiers du fioul qui sévissent toujours au volant de leurs grosses cylindrés allemandes ou françaises dans lesquelles des réaménagements ont été apportés dans les réservoirs de façon à prendre le plus de litres possible. Les véhicules passent en trombe et ne s'arrêtent pas. Ils sont du chemin à faire et la recette est au bout. Après les douanes, apparaissent quelques maisons, un établissement scolaire, une bibliothèque, un centre culturel... des édifices hermétiquement fermés toute l'année, faute d'adhérents ou d'intéressés. Ce sont de belles bâtisses. Puis la ville finit au crochet d'un virage qui annonce une route inanimée. Puis, voici des lumières qui annoncent une vie ailleurs. Elle se nomme El Abed. Le souvenir va vers les mines de cette localité. Puis vers l'école érigée dans les années 2000. Puis fermée voici deux décades. Depuis, le quotidien des riverains s'en est trouvé chamboulé. Plus aucun attrait, plus d'animation, plus d'activités. La ville se fait un gros village dans lequel il y a une autre attraction. Celle des maisons au style colonial, basses, entourées de jardins, qui ceinturent le centre. Tuiles et façades déclinent dans un vieux marron fait de pierres. Des cheminées sont visibles sur les toitures. On dirait presque des remparts abandonnés. Pourtant, ces vieilles constructions qui se maintiennent sont bel et bien habitées. Petit marché, mosquée, boutiques d'alimentation générale, café maure font le reste. On se croirait dans une grande maison familiale, tant l'ambiance dans ces lumières blafardes qui jettent leur voile épais sur le village se fait intimiste. Ceux qui en sont natifs sont habitués à cette presque pénombre qui projette son ombre sur les murs des habitations. A l'intérieur des chaumières modestes mais accueillantes, le thé accompagné de cacahuètes est le maître de la table qui sied en toute circonstance. Le sourire est omniprésent et se fait contagieux. Surtout lorsqu'il s'attarde à la commissure des lèvres comme figé par l'évocation de tel souvenir ou de tel autre. L'essentiel des images s'agrippe à un passé florissant, lorsque l'activité minière tonnait dans la région. Et avec tout l'accompagnement d'une vie moderne avant l'heure. Un développement dans toute sa dimension. Il y avait même ce parfum de liberté dans lequel s'insinuait l'étoffe colorée et chatoyante de la dernière mode européenne. Les filles emplissaient les dédales des rues de la ville arborant leurs plus jolies toilettes, agrémentées d'essences parfumées d'ailleurs. Les intellectuels y avaient élu domicile et dans l'air flottait une atmosphère culturelle aux débats fructueux et riches...Aujourd'hui, El Abed ne vit même plus de ce passé si singulier. Et la fermeture il y a deux décades de l'école des Mines El-Abed (EMEA), n'a fait qu'encourager l'informel. Celui de la contrebande a fini par l'emporter, encouragé par le gain facile et la proximité des frontières.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S A
Source : www.horizons-dz.com