Les islamistes, grands vainqueurs de la première étape des législatives
égyptiennes, abordaient mercredi en position de force, une nouvelle phase de
cette première élection depuis la chute du président Hosni Moubarak, en février.
Des files d'attente ont rapidement grossi dans la matinée devant les bureaux de
vote de Guizeh, qui englobe une grande partie de
l'ouest du Caire, pour atteindre parfois plusieurs centaines de personnes, ont
constaté des journalistes de l'AFP. D'importantes files ont également été
constatées dans la grande ville portuaire de Suez, à l'entrée sud du canal du
même nom.
Les opérations de vote doivent durer jusqu'à 19H00 (17H00 GMT) et se
poursuivre jeudi dans un tiers des gouvernorats du pays, notamment ceux de Suez,
Ismaïliya (nord-est), Assouan (sud) et Guizeh, soit 18,8 millions d'électeurs. Un second tour doit
avoir lieu les 21 et 22 décembre dans ces régions.
La formation des Frères musulmans, le Parti de la liberté et de la
justice (PLJ), compte sur son avance, lors du début du scrutin, organisé fin
novembre dans d'autres régions, pour continuer à s'imposer. Le PLJ a fait
campagne sur le mot d'ordre: «Continuons, pour un Parlement fort qui réponde
aux demandes, aux inquiétudes et aux priorités du peuple».
Abdelhalim, un fonctionnaire, confie voter pour les Frères «parce que ce sont des
gens d'expérience, et qu'ils sont modérés». Sayyed, 26
ans, un chef cuisinier qui vote dans un quartier proche des pyramides, à Guizeh, affirme en revanche qu'il est pour les
fondamentalistes salafistes d'Al-Nour
(la Lumière) «parce
que c'est le meilleur parti». Un électeur qui ne souhaite pas donner son nom
tempête en revanche, contre les déclarations des islamistes hostiles à l'alcool
et aux plages mixtes dans ce pays, très dépendant du tourisme. «Ils vont nous
ruiner en interdisant d'aller à la plage!» s'exclame-t-il. La première phase du
vote, qui avait concerné notamment Le Caire, Alexandrie (nord) ou Louxor (sud),
avait été marquée par un raz-de-marée des formations islamistes, qui avaient
remporté au total 65% des suffrages. Les Frères musulmans étaient arrivés en
tête avec 36% des voix, les salafistes, plus radicaux,
réalisant une percée surprise avec 24% des suffrages. Frères musulmans et salafistes sont toutefois fréquemment apparus en rivalité
pour le vote islamiste, et une éventuelle alliance parlementaire, entre eux, n'est
pas acquise. Les formations laïques libérales ainsi que les mouvements de
jeunes issus de la révolte contre le régime Moubarak, en début d'année, se sont
présentés morcelés et incapables de faire face à la déferlante islamiste. Le
dernier tiers du pays votera en janvier pour élire ses députés, puis débutera
jusqu'en mars, l'élection de la
Choura (chambre haute consultative).
Cette élection dans un pays pionnier du «printemps arabe» fait suite à celles
tenues en Tunisie et au Maroc, où les islamistes ont également remporté des
succès. Le futur Parlement devra former une commission chargée de rédiger la
nouvelle Constitution de l'Egypte, le pays le plus peuplé du monde arabe avec
plus de 80 millions d'habitants. La perspective d'un Parlement contrôlé par les
islamistes a provoqué l'inquiétude dans les milieux libéraux et la communauté
copte (chrétiens d'Egypte), mais aussi au sein de l'armée qui dirige le pays
depuis le départ de M. Moubarak.
Une polémique oppose également l'armée aux Frères musulmans sur les
prérogatives du Parlement, notamment à propos de la rédaction de la Constitution et de la
cohabitation avec un exécutif aux mains des militaires en attendant un
président élu. Ce vote se déroule également dans un climat de grave crise
économique, avec notamment une chute du tourisme et des investissements
étrangers.
Le Premier ministre récemment nommé par l'armée, Kamal el-Ganzouri, a estimé dimanche, que la situation économique
était «beaucoup plus grave que prévu».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Christophe De Roquefeuil De L'afp
Source : www.lequotidien-oran.com