Oran - Revue de Presse

Edifices patrimoniaux d’Oran



Quand des patrimoines immobiliers partent à la dérive C’était un jeudi du début du mois de février 2008, quand vers 21h30 la sirène des pompiers déchira le silence de la nuit. Le feu venait de prendre au 18ème étage du bâtiment E de la Résidence Perret à Miramar. Serait-ce l’une des péripéties de la lente agonie de tout un patrimoine immobilier ? Quelle ne fut la surprise des secouristes, quand ils pé-nétrèrent dans l’immeuble, dont la cage d’escalier était plongée... dans le noir. Et pour cause, la Sonelgaz avait coupé le courant et emporté le disjoncteur alimentant l’éclairage de la cage d’escaliers, l’ascenseur et la pompe de refoulement d’eau vers les étages. Les pompiers ont été obligés de faire des prouesses, pour grimper les 18 étages avec leurs matériels et circonscrire le feu, qui avait pris dans le balcon du propriétaire absent de l’appartement, avant qu’il ne se communique aux autres logements et étages, étouffant ainsi dans l’œuf un autre scénario de la Tour Infernale, bien connu des cinéphiles. C’est finalement par la Grâce de Dieu, s’il y a eu plus de peur que de mal, en cette soirée glaciale, ce qui ne nous empêche pas d’entamer une réflexion sur ce qui a conduit à cette catastrophe évitée de justesse. Il s’agit là de la gestion défaillante des équipements communs, comme dans la plupart des immeubles biens de l’Etat, dont celui-ci s’est déchargé en cédant les logements à leurs locataires, tout en se gardant bien de les accompagner dans la gestion de ce qui fait encore partie du patrimoine commun. En effet, pas un document n’a été adressé à ce jour aux copropriétaires, par les instances concernées, pour leur indiquer les limites de leurs droits et l’étendue de leurs obligations. On a beau dire que les textes existent, mais bien malin serait le bénévole faisant office de syndic et qui pourrait s’y référer, ne serait-ce que pour amener ses co-résidents à honorer leurs charges et à participer financièrement à la maintenance des équipements encore fonctionnels. Bien au contraire, on a laissé les co-propriétaires se débattre dans un vide sidéral juridique, où tout le monde et personne n’est responsable de tous les dérapages à venir. Pour en revenir à la Résidence Perret (Bât.E), ils sont à peine une vingtaine à payer leurs charges, sur la centaine de copropriétaires recensés, ce qui donne 20% de personnes à jour. A titre comparatif, dans une autre aile de cet ensemble immobilier, sur 36 logements, une trentaine sont à jour, ce qui permet d’honorer toutes les échéances, malgré l’existence de quelques brebis galeuses, comme partout ailleurs. Une tentative de réunion de conciliation opérée au bâtiment E, s’est soldée par un échec, le quorum minimum n’étant pas atteint. En fait, seules 18 personnes étaient présentes la première fois sur la cinquantaine attendue. En attendant une solution miraculeuse, il n’y avait toujours pas d’eau dans les robinets, faute d’électricité, ce qui faisait le bonheur du colporteur installé à demeure en bas de l’immeuble. Quant aux résidents, ils trimballaient leurs jerricans dans les escaliers, en procédant à des paliers de décompression, histoire de reprendre leur souffle dans le noir entre les étages, comme l’auraient fait les adeptes de la pêche sous-marine remontant des profondeurs. Cette situation, qui était on ne peut plus dangereuse, avait duré près d’un mois. Car venaient s’y greffer les problèmes d’hygiène, faute d’entretien des espaces communs, l’insécurité ambiante même dans la journée et partant, les querelles de (mauvais) voisinage, certaines ayant mal fini devant la justice. En fait, les gestionnaires d’immeubles aimeraient bien faire appel à des services coercitifs légaux pour amener leurs administrés à s’auto-discipliner, sans pour autant mettre en branle la lourde machine judiciaire, déjà bien empêtrée dans ses affaires de justiciables. Ces services assermentés devraient travailler de concert avec les gestionnaires d’immeubles et le département chargé de la préservation du patrimoine immobilier public et de sa pérennité, Ils devraient également disposer de tous les outils juridiques nécessaires et simplifiés autant que possibles, pour siéger à l’instar de la commission des retraits de permis de conduire et prendre les mesures qui s’imposent, pour assagir les mauvais coucheurs. Par ailleurs, la louable initiative des pouvoirs publics de procéder à la réhabilitation des cités et autres grands immeubles, hérités de l’époque coloniale, risque d’être compromise dans la pratique. En effet, si les services de maintenance de l’OPGI ont réussi à rénover avec succès les colonnes montantes d’AEP, ainsi que les descentes communes d’eaux usées passant par les vides sanitaires communs, ils ont éprouvé les pires difficultés du monde à entrer chez l’habitant, quand il n’est pas absent, même en présence du syndic, pour changer les conduites d’évacuation intégrées dans les logements. On cite même un cas où l’OPGI a été poursuivi en justice «pour violation de domicile». Depuis lors, une descente incriminée est restée en l’état et les eaux usées s’échappent toujours sous une porte, à l’extrémité de la nouvelle antenne de l’APC, aménagée récemment dans les locaux de l’ancienne école Omar-Biskri. Un autre phénomène mérite d’être signalé. Il s’agit des logements de copropriétaires, que ces derniers ont confiés en partant, à des agences immobilières pour les louer à des tiers. Si celles-ci s’acquittent de leur «mission», elles le font juste sur le plan lucratif. Peu leur importe le comportement suspect ou à la limite de l’indécence des nouveaux locataires. Pire, la plupart quittent les lieux en fin de contrat, sans avoir payé leurs charges et les agences refusent de payer le préjudice subi, alors qu’elles exigent souvent de leurs locataires une caution avant l’occupation des lieux. La moindre des corrections de leur part serait d’exiger une mainlevée sur les charges dues, avant de leur rembourser la caution. Ainsi, tant que les textes n’obligeront pas les agences immobilières à se conformer à leurs obligations morales, celles de contribuer à la pérennité du patrimoine commun, il n’est pas question de les laisser faire des affaires à bon compte sur le dos des copropriétaires. Parmi les autres points méritant d’être signalés, signalons la tendance de certains copropriétaires à accaparer des lieux communs qui ne leur appartiennent pas. C’est ainsi qu’un coin du vide-ordure, mitoyen de la cage d’ascenseur, dans le bâtiment B, a «hérité» d’une citerne d’eau, alors que les compteurs électriques étaient en contrebas de quelques marches. Malgré les sommations du secteur urbain, rien n’y fit. Il paraît même que l’ordre d’évacuation de cette citerne n’est jamais parvenu à la PUPE, le bordereau d’envoi faisant foi, ce qui veut dire que le secteur urbain est désarmé voire paralysé devant de telles situations. Il a fallu passer par le tribunal et par l’huissier de justice chargé de l’exécution pour enlever cette citerne. L’Antinéa subit le sort de la Résidence Perret L’autre cas aussi édifiant, si ce n’est plus, reste celui de l’immense tour de 20 étages, abritant pas moins de 300 habitants et sise au boulevard de Tripoli. L’Antinéa, puisqu’il s’agit de cet ensemble immobilier, longtemps coté parmi les plus prestigieux, subit à son tour le sort inexorable de la Résidence Perret, avec en plus de l’enlaidissement criard des façades principales, une agression caractérisée sur tous les réseaux, qu’ils soient d’eau potable, d’évacuation des eaux usées ou encore les colonnes montantes de l’électricité et du gaz. Preuve en est le spectaculaire incendie, vécu au mois de Ramadhan dernier, lorsque les flammes miraculeusement maîtrisées, avaient pu atteindre tous les étages supérieurs. Le regroupement des compteurs avait été mis en cause ce jour-là. Il est toutefois malheureux de signaler qu’à l’intérieur de l’immeuble «Antinéa», existent deux petites piscines, dont il est inutile de s’étaler sur leur état actuel. La gestion des plus aléatoires de cet imposant immeuble, montre toutes les limites d’un bénévolat anarchique, proposé et exécuté par les co-locataires eux-mêmes. Ces deux importants édifices sus-cités expriment à eux seuls, l’état calamiteux des autres immeubles, tous stratégiquement bien situés à Oran, à l’image du Monte-Carlo, réduit à un état déplorable, la cité Perret, la Résidence Leclerc et bien d’autres encore éparpillés à travers tout Oran. De même, les petits immeubles vivent l’incapacité chronique des pouvoirs publics et des professionnels du bâtiment, bureaux d’études compris, à proposer une stratégie efficiente, fiable et transparente de ce qui doit être fait. Les opérations alléchantes menées ça et là, au gré des évènements et de leurs acteurs, ont -elles aussi et très tôt- abouti à un échec, d’autant plus que les décisions prises au cours de réunions et autres rencontres de commissions mixtes, sont passées à la trappe, dès lors qu’il fallait les exécuter sur le terrain. Et ce n’est pas la réalité vécue à Oran qui pourrait contredire ce constat d’échec. De là à se perdre en conjectures, sur qui se partage la complicité de cette descente aux enfers de toutes nos structures et édifices patrimoniaux, il n’y a qu’un pas, que nul ne peut aisément franchir. Doit-on blâmer les co-propriétaires, les pouvoirs publics, l’ensemble des architectes et bâtisseurs ou tout simplement la non-application de la stricte réglementation méconnue dans ce domaine par l’ensemble de nos concitoyens? On peut néanmoins dire que pas mal d’aspects de ce vide juridique sont exploités sans état d’âme par certains, parfois avec la «compréhension» des acteurs chargés d’appliquer les lois. Comme les choses demeurent en l’état, le patrimoine immobilier «hérité» continue de dériver vers des abysses insoupçonnés; une réhabilitation sans plan financier ni stratégie de préservation de l’acquis, ne peut que conduire à l’échec. Déjà, on entend çà et là s’aiguiser les crocs de la convoitise des promoteurs immobiliers, qui attendent patiemment leur heure, pour acheter à vil prix les grands ensembles rendus inhabitables, qu’ils se feront ensuite un plaisir d’abattre, pour ériger à la place des logements soi-disant promotionnels et hors de portée des actuels propriétaires, auxquels il ne restera plus que leurs yeux pour pleurer. Et pourtant, ce n’est pas faute de les avoir assez prévenus. R. Hacène & Zitouni M.
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