L'univers d'apparence clos de Haraj oua maradj, deuxième film égyptien en compétition au Festival du film arabe d'Oran, imaginé par Nadine Khan, n'est pas autosuffisant, bien au contraire, et c'est sans conteste cet aspect qui le prédispose à ouvrir plusieurs portes d'interprétation.Une place centrale, théâtre de tous les événements, qui touche «la cité» et autour de laquelle évolue un monde qui semble figé dans le temps. Mais tous survivent des apports extérieurs, que ce soit en légumes, viandes, friandises et même en énergie (bouteilles de gaz). Des arrivages ponctuels qui rythment la vie de ce quartier hors normes. La cité ne produit rien, et c'est difficile alors de déterminer les leviers par lesquels s'exercent les pouvoirs. Pourtant, comme dans toutes les sociétés humaines, les jeux et les enjeux de pouvoir sont bien présents dans ce microcosme lui aussi miné par les passe-droits, le mensonge, la trahison et le chantage. La vision de la réalisatrice est loin d'être innocente.
Dans le débat, elle refuse de donner les clés de ses grilles de lecture, se contentant de dire que son monde peut très bien être appliqué à n'importe quel camp de réfugiés ou concentration humaine de ce genre. Les scènes, représentant les mêlées autour des denrées alimentaires, mais surtout l'élévation au rang d'enjeu de pouvoir d'un simple match de football, sont des caractéristiques flagrantes de la société égyptienne qui concentre crise économique et crise politique. Nadine dit ne pas faire de politique, et cela se ressent dans le fait qu'elle ne propose rien et qu'elle ne semble pas prendre position. Mais tout ce «brouhaha» a un sens et sa façon de voir les choses dénote une prise de conscience aiguë.
Plus aiguë que ne le sont tous les discours qui partent des prismes idéologiques de type islamisme/républicain. Son analyse est plus profonde, et sa vision, du fait que la séquence d'ouverture tellement grise car filmée dans le brouillard, rejoint presque exactement celle de la fin, traduit un pessimisme irrémédiable. Un cercle spatio-temporel vicieux et sans issue. Dans un décor entièrement construit, en plus des acteurs, la réalisatrice a fait appel à près d'un demi-millier de figurants. «J'ai tenu à ce que ce soient les mêmes qui reviennent chaque jour de tournage», indique-t-elle, comme pour mieux donner un ton de réalisme à cette fresque qui nous permet de dire que le cinéma égyptien a encore de beaux jours devant lui.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com