Le dentiste s'est, cependant, avéré efficace. Au dixième jour du Ramadhan, le chroniqueur s'est, enfin, débarrassé de sa dent malade. Et malgré la perte d'un zest de sagesse, un rare rempart qui lui restait encore pour négocier les tournants dangereux du mois sacré, il était très content. S'il était une femme, il aurait lancé de stridents you-you. Mais, il n'était pas une femme et c'est, sans doute, pour cela qu'il a repris son bâton d'homme et failli se transformer en bête pour écumer les vingt jours de jeûne qui restent.
L'existence, même avec une dent en moins, est tout ce qu'il y a d'indiqué pour démontrer qu'on fait carême : narines fulminantes, griffes dehors, crocs acérés, porte-monnaie troué... mais, il se rappela, à temps, qu'il avait des promesses à tenir et des engagements à honorer. Entre autres, apprendre le Coran, inviter des pauvres à sa table et ne plus se retourner aux bruits de quelques talons à aiguilles. C'est, en ce moment précis, que lui apparut sa vaine vanité d'humain.
Entre le dire et le faire, il découvre qu'il existe un fossé si profond que même une écuelle de chorba frik ne peut combler. Petit parmi les petits d'Adam, il s'inventa, comme entendu, les prétextes qu'il faut pour se soustraire à ses engagements, pourtant fermes, au moment où le mal dentaire lui déchirait les tripes. Apprendre le Coran ' D'abord, il ne connaissait que peu la langue d'El Moutanabi.
Bref, il fit rentrer Chaâbane fi Ramdhane et se fendit d'une autre promesse, toute aussi hasardeuse : il s'y essaiera pendant les vacances ! Inviter des pauvres à sa meida ' Il le veut bien, mais sa femme était malade et son appartement trop étroit. Du reste, il n'avait pas assez de cuillères...et puis, Dieu est miséricordieux, non ' Les talons à aiguilles ' Allons, du calme, on est en plein Ramadhan, non ' Tout en s'inventant des faux fuyants savamment compliqués, il dépassa la mosquée sans même jeter un coup d'oeil à la porte grande ouverte qui laissait entrevoir des tas et des tas de « paisibles dormants ».
Ah, la clim gratos ! Mais n'allez, surtout, pas croire que notre ami était totalement sous l'emprise de ses sens et d'« Iblis ». La preuve ' Il a mis, négligemment, une pièce de cinquante dinars dans une obole qui lui était hasardeusement offerte. C'est la seule chose positive qu'il ait faite de toute sa journée, diront des « Qarâadjia » qui ne rataient aucune miette de ce qui bouge, ne semblant guetter que « ça »...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com