Scène du film Les jours d'avant de Karim Moussaoui
Des films amateurs et d'autres professionnels concouraient côte à côte, lundi dernier pour le titre de meilleur court métrage dont le nom du lauréat sera dévoilé jeudi prochain.
Une douzaine de courts métrages de différents genres, thématiques et durées ont été projetés lundi dernier à la cinémathèque algérienne dans le cadre de la 4e édition des Journées cinématographiques d'Alger qui se tiennent à la Cinémathèque. Des films amateurs et d'autres professionnels concouraient côte à côte pour le titre du meilleur film dont le nom du lauréat sera connu jeudi prochain. Le moins que l'on puisse dire est que les JCA accordent un large espace aux jeunes et à la création en vue de la recherche des nouveaux talents et futurs cinéastes de demain. L'envie de donner la chance à chacun et surtout les anonymes est perceptible, même si le décalage au niveau de la qualité s'en ressent dans l'ensemble.
D'ailleurs, hier le court métrage était aussi à l'honneur mais cette fois dans la section panorama où il était question de découvrir plusieurs pépites venues d'Europe, du Maghreb et d'Orient. C'es avec un film d'animation en langue amazighe que fut ouvert l'après-midi de lundi. Un court métrage de Ould Hadj Massinissa qui s'est distingué à mettre en valeur le patrimoine culturel kabyle à travers le conte La cigale et la fourmi, où un hommage a été rendu par la même occasion à Slimane Azzem et sa musique. Un film inspiré des fables de la Fontaine bien que ces dernières, universelles trouvent de grandes similitudes avec les contes kabyles. Suivront deux courts métrages amateurs tournés en vidéo par le jeune Fodil Seif Edine.
Le premier de 14 mn est intitulé Revange, comme son nom l'indique, son histoire est inspirée d'un fait réel bien que décliné ici dans un style de film d'action à l'américaine où le coupable est pris en otage par un groupe de malfaiteurs et rué de coups. Sauf que là, le type pris en otage est le conducteur malintentionné d'une voiture qui occasionna un grave accident et rendit un autre homme paralysé. D'où cette volonté de se venger. Le second plus long (24 mn), Ouija, raconte le jeu d'un groupe de jeunes amis dont la tentative de ramener un esprit de l'au-delà, tourne au drame. Surtout que l'un d'entre eux tua, quelques semaines auparavant, un des leurs, et l'enterra dans une forêt. Devenu zombie, son âme revient parmi les vivants pourchasser et zigouiller tout le monde. Si cette histoire fantastique s'inspire bien évidemment de tous ces films et autres feuilletons télés américains mais aussi ces nombreux DVD à bon marché qu'ingurgitent chez eux nos jeunes Algériens en mal de sensation, on pourrait reprocher au réalisateur ses nombreuses maladresses au niveau du montage ainsi que l'emploi excessif des effets spéciaux qui fait perdre au film de son authenticité. Deux films qui dénotent, si besoin est, l'influence plus qu'évidente de ce réalisateur qui se cherche encore par le cinéma d'action américain. Mais son traitement reste insuffisant pour en faire un film potable à voir. Alarme de Mohamed Allouane porte sur l'impact de la drogue sur la jeunesse algérienne. Un film qui commence par un cauchemar et se termine par une vision idyllique marquée d'une pointe assez moralisatrice. Et c'est bien dommage. Iming ou Exil de Menad Mebarek est un film introspectif qui sonde l'envie brûlante des jeunes de partir et fuir le pays. Un film d'abord sur «le ressenti» comme le soulignera le réalisateur qui confiera que «l'un des pires exils est de ne pas habiter son être». L'histoire de Iming est en fait celle d'un jeune harrag, tiraillé entre l'envie de partir ailleurs et le devoir de ne pas abandonner sa mère handicapée et seule. Sombre dilemme en effet, lequel est soutenu par ses longs et pesants moments de silence, que traîne avec lui ce jeune homme, perdu et solitaire dans ce monde austère, où d'autres en parlent comme une libération. Dans le même registre, mais filmé de façon totalement différente est Brûleurs de Farid Bentoumi qui a pris le parti cinématographique, esthétique et personnel de filmer des harraga de l'intérieur. C'est ainsi qu'il filmera un jeune, achetant une caméra qui n'aura cesse de capter des images d'Oran pour ne pas oublier d'où il vient. Avec ses copains, le voilà qui embarque à bord d'une barque de fortune pour traverser la Méditerranée, toujours la caméra au poing pour immortaliser les traces de leur voyage.
Or, ce dernier ne se passera pas bien. Le film se clôt sur un air d'inachevé. Arriveront-ils ou pas' Là n'est pas la question, car le but de ce film est de montrer la rudesse de ce voyage et le paradoxe qui anime ses jeunes gens désespérés de tout, qui partent pour un lendemain hypothétique, avec comme seul bagage, leur bonhomie et joie de vivre comme force mentale. Mais pour combien de temps' Avec un jeu filmique approximatif qui est plutôt un choix esthétique hautement élaboré, le réalisateur parvient à nous faire immerger dans le cadre pour vivre de plus près ce gâchis humain et ressentir sa détresse. Un film sensible et singulier à la fois. Autre film des plus pertinents est celui de Akim Isker. Un court métrage de 26 mn qui a pour cadre la France, plus précisément Belleville. Un jeune Français d'origine algérienne, Zino, supporteur de l'équipe de France, vole une pizza sans se rendre compte qu'elle est au porc. Il a rendez-vous avec sa copine pour dîner. Mais l'amour tourne au drame. Zino plaqué pour une nuit par sa copine, erre dans la ville à la recherche de lui-même.
Et c'est là où réside le génie de ce film qui porte en son coeur une bien intéressante problématique et pousse à la réflexion sans pour autant apporter une réponse simple et autosuffisante, car là n'est pas du tout le rôle du cinéma. Celui-ci est bien discernable, par contre, dans le jeu minutieux et minimaliste des acteurs, les gros plans sur les regards et les lumières de la ville qui participe à fondre le coeur de Zino et l'amener à réfléchir sur sa condition de Beur et sa place dans la société française, de par son identité hybride. Autre film qui a fait l'unanimité dans la salle est celui dont on a dit, plusieurs fois, ici même dans nos colonnes, tout le bien. Il s'agit de Les jours d'avant, de Karim Moussaoui dont le court métrage de 36 mn a, d'ores et déjà, raflé plusieurs prix amplement mérité. Un film fin décliné en deux tableaux, deux sensibilités, une féminine et l'autre masculine. Deux adolescents qui portent en chacun d'eux une vision des choses aussi bien complexe et peut être naïve sur la décennie noire, mais tout cela vu de l'intérieur. Sans parti pris, ni de théorisation philosophique sur ce qui s'est passé dans son ancienne ville natale Sidi moussa dans les années 1990. Le réalisateur suit la vie de des ces adolescents et par extension de toute la société qui subissait la violence et continuait à vivre malgré tout. Le film des plus poignants, témoigne avec une dramaturgie des plus délicates de cette époque sanglante. Karim Moussaoui parvient ainsi à raconter notre histoire avec un grand H d'une manière si naturelle et débridée qu'on ne peut que succomber à la beauté des images et poésie qui s'en dégagent. Un film remarquable qui, espère-t-on sera récompensé à sa juste valeur. «Il faut être partial et montrer les choses telles quelles étaient. Si on n'essaye pas de voir comment les choses ont démarré, comment on en arrivé là, on ne pourra pas du tout expliquer. Il faut plein de films sur le sujet..» a fait remarquer Karim Moussaoui, dont le film sera projeté cette semaine au Maghreb des films à Paris.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com