Oran - A la une

des enfants trisomiques, otages d'un conflit d'adultes Insertion des handicapés



Cela fait une quinzaine de jours que 21 enfants trisomiques n'ont pas rejoint les bancs de l'école. Ils étaient pris en charge dans deux salles de classe de l'école Chirazi à Oran, un aménagement spécifique, à l'initiative de l'Association nationale pour l'insertion scolaire et professionnelle des trisomiques (ANIT).
Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'une décision de licenciement d'une enseignante par son employeur, c'est-à-dire la même association qui a une antenne à Oran, ne vienne perturber le bon déroulement de cette méthode pilote expérimentée dans 40 autres établissements à l'échelle nationale. S'engage alors un bras de fer avec les parents. «Je suis encore sous le choc», déclare Hanane, psychopédagogue, aujourd'hui en conflit avec l'association qui l'a embauchée et qui l'a également formée (2 mois à Alger en 2008).
«Mon souci a toujours été le bien-être des enfants qu'on m'a confiés», ajoute-t-elle, et ce ne sont visiblement pas des paroles en l'air, vu le soutien dont elle bénéficie. Ses collègues (trois autres éducatrices), des enseignants de la même école primaire, l'ancienne directrice de l'établissement (en retraite) et surtout les parents des enfants scolarisés dans les deux classes ont signé des lettres de soutien louant ses qualités humaines et professionnelles et demandé au bureau national de l'ANIT de revenir sur sa décision.
A l'origine du problème, un léger réaménagement des horaires de sortie des enfants pour les rendre conformes avec ceux des élèves dits normaux (les enfants trisomiques restaient une heure de plus). Cette initiative a été, selon elle, prise avec l'accord de la direction de l'établissement, ce qui est prévu dans le règlement intérieur de l'ANIT où il est noté explicitement : «Les horaires peuvent être aménagés selon les localités avec accord du chef de l'établissement accueillant.» Mais le bureau national de l'association, informé par l'antenne locale, ne veut rien savoir. Il s'en est suivi des sanctions avec 8 jours de mise à pied dès le 13 janvier.
L'enseignante a alors sollicité l'inspection du travail laquelle a, par ailleurs, établi un PV de non réconciliation comportant une autre revendication de la plaignante, l'application du SNMG et le règlement de la différence de salaire entre janvier et décembre 2012 (une différence d'à peu près 1000 DA entre le net à payer et les virements). «Avant la sanction, j'ai effectivement été convoquée à Alger pour passer en conseil de discipline mais j'ai envoyé un courrier expliquant l'impossibilité de me déplacer pour raisons familiales.»
Les parents ont largement contribué à l'aménagement et au décor des salles en question mais c'est l'association qui se chargeait de payer les «modestes» salaires des éducatrices, généralement diplômées en psychologie. Celle qui a été écartée par l'association est considérée par les parents comme étant la plus expérimentée et c'est pour cette raison qu'ils ont pris position en sa faveur.
L'intérêt des enfants primera-t-il '
Le motif précis du licenciement n'est pas indiqué dans la lettre type envoyée par l'ANIT à chacun d'eux et où on peut lire : «Le bureau national a en effet traduit devant la commission de discipline une enseignante de cette école et retenu ses conclusions en prononçant à l'unanimité de ses membres le licenciement pour faute grave.» Le ton particulièrement ferme qui transparaît dans la rédaction de la lettre ne favorise visiblement pas le dialogue. La responsabilité est imputée à un groupe de parents qui empêche les élèves de rejoindre leur classe sous prétexte de manifester leur opposition à une décision de licenciement prise par le bureau national en conformité avec les statuts et règlements intérieurs de l'organisation.
«Nous confirmons que notre décision est irrévocable et qu'aucune pression, de quelque forme que ce soit, ne sera d'un quelconque effet», est-il également noté par l'association qui menace, par ailleurs, les protestataires de répondre de leur responsabilité pour le désordre qu'ils ont créé. L'intérêt des enfants, seules victimes de ce conflit, n'apparaît cependant nulle part. Mais, en conséquence, l'ANIT dit être amenée à «prendre toute mesure qu'elle jugera utile pour sauvegarder ses intérêts, quelles qu'en soient les conséquences.» C'est ce dernier passage qui est interprété par certains parents comme un message stipulant que, dans cette histoire, l'avenir de leurs enfants importe peu. «Les activités des classes de l'école Chirazi seront suspendues jusqu'à nouvel ordre.»
Une autre décision du bureau national de l'ANIT qui suggère, par ailleurs, aux protestataires de créer leur propre association. Chose faite. «Toyour El Djenna» a été fondée en septembre dernier mais n'est pas encore en mesure de prendre le relai et scolariser les enfants qui demeurent dans l'expectative. Pour qualifier la situation, Tahar, un concerné, a eu la réflexion suivante : «C'est comme le navire Titanic, il y a eu un départ en grande pompe mais il a très vite chaviré.» selon lui, au lieu de chercher à trouver des solutions, on a préféré la sanction, oubliant qu'on allait en réalité sanctionner les enfants. Dimanche, un groupe de parents a été reçu à la wilaya pour étudier les possibilités de réouverture des deux salles de classe en espérant que, cette fois-ci, c'est l'intérêt des enfants trisomiques qui va primer.
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