Oran - A la une

Des dollars et de la précarité



Des dollars et de la précarité
Des morts par dizaines, qui par hypothermie, faute de chauffage, qui faute d'évacuation à temps vers les hôpitaux. Certains ont péri par imprudence ou par ignorance, dans une avalanche de neige, d'autres dans des accidents sur des routes enneigées et non déblayées. Des routes coupées à la circulation. Des villages entiers isolés du monde. Des populations livrées à elles-mêmes, sans électricité, sans gaz, sans lait, dans des endroits inaccessibles. Le décor est digne de celui des années 40 tel que raconté par nos anciens et décrit dans des livres genre La colline oubliée. En ces temps-là, par la faute d'un colonialisme qui se fondait sur le déni d'humanité, le dénuement était total, absolu et la vie ne tenait qu'à un fil. On mourrait souvent jeune, aussi bien de grippe que de typhus. Le printemps et l'été, sans être des moments de prospérité, étaient des saisons de répit, de dérisoires cache-misère. Mais comme 'chez nous, le printemps ne dure pas', pour reprendre Mouloud Mammeri, l'hiver ne tardait jamais à ramener les Algériens à leur triste réalité de 'damnés de la terre'. Ce décor des années 40, le revoilà donc, en 2012, dans cette Algérie qui célèbre cette année le cinquantenaire de son Indépendance.
La neige, le froid, les intempéries, on les doit aux caprices de Dame Nature. Soit. Peut-être au dérèglement climatique que certains spécialistes évoquent de manière récurrente depuis quelques années. Mais cette désolation qui frappe la quasi-totalité des régions du pays et leurs habitants est la preuve d'une précarité nationale que l'on ne doit pas à la colère du ciel. Ni à la météo ni à l'état de la couche d'ozone. Que les pouvoirs publics aient été incapables de secourir des populations en détresse, voire en danger de mort, voilà qui confirme que les catastrophes ne sont pas toujours aussi naturelles que les phénomènes qui les déclenchent. La pauvreté ne se mesure pas seulement au pouvoir d'achat ou au taux de chômage, et le bien-être minimal réside dans la capacité de se nourrir, de se soigner, de se réchauffer en temps de froid et de vaquer à ses occupations ordinaires en toutes circonstances. Dans un pays qui n'en finit pas de compter ses pétrodollars, l'absence de chasse-neige, le manque de moyens d'intervention, l'imprévoyance et l'impréparation générale de l'administration à tous les niveaux et presque partout dans le pays sont les signes d'une gouvernance aléatoire et négligente. Forcément, l'incompétence et la prédation n'y sont pas étrangères.
S. C.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)