Oran - Revue de Presse

Des centaines d?émigrants africains massés à la frontière maroco-algérienne



Coincés entre les barbelés et le désert Des centaines d?émigrés africains sont massés dans le désert le long de la frontière maroco-algérienne dans le plus grand dénuement, a constaté hier un photographe de l?AFP. Parmi eux, de nombreux Maliens, qui ont indiqué qu?ils « rêvaient d?aller à Melilla », l?enclave espagnole du Nord marocain, théâtre ces dernières semaines de tentatives d?infiltration massives d?émigrants africains désireux d?entrer dans l?espace communautaire européen, selon ce photographe joint depuis Madrid. « Certains disent avoir déjà tenté à sept ou huit reprises de se rendre à pied à Melilla mais qu?ils ont à chaque fois été reconduits à la frontière » avec l?Algérie par les forces de sécurité marocaines, a rapporté le photographe de l?Agence France Presse. Ce dernier a indiqué avoir assisté hier matin à une opération spéciale de la gendarmerie marocaine dans le désert, au cours de laquelle 82 clandestins africains ont été interpellés, selon son décompte. Les gendarmes marocains circulaient en convoi à bord d?une quinzaine de véhicules tout-terrain. Ils étaient équipés de moyens anti-émeutes et appuyés par un hélicoptère, a rapporté le photographe. « Tout le long de la frontière, il y a des groupes de 8 ou 10 Africains, parfois de 30 ou 40. Ils demandent tous à manger », a indiqué le photographe sur place, qui se trouvait à une soixantaine de kilomètres d?El Aouina-Souatar, près de la frontière algérienne. C?est dans cette zone que l?association Médecins sans frontières (MSF) a signalé avoir localisé jeudi soir « plus de 500 immigrants abandonnés à leur sort dans le désert du sud du Maroc après avoir été expulsés » des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (nord du Maroc). MSF a transporté des vivres et de l?aide médicale vers El Aouina-Souatar et fait hospitaliser six de ces émigrants clandestins à Bouarfa, un peu au nord de la zone où se trouve le groupe. Hier matin, MSF n?a pas été autorisée à visiter et soigner ces malades à l?hôpital de Bouarfa, selon le photographe de l?AFP qui se trouvait sur place plus tôt dans la matinée. Des ONG espagnoles se basant sur des témoignages de clandestins affirment que sur le groupe d?environ 500 Africains localisé par MSF, une vingtaine auraient péri dans le désert. Mais le responsable espagnol de MSF sur place, Javier Gabaldon, a déclaré hier matin à la radio espagnole privée Cadena Ser ne pas avoir rencontré pour le moment de cadavres. Il a précisé que MSF était actuellement la seule organisation non gouvernementale sur le terrain. Réactions proportionnées Sur la base de témoignages directs, l?ONG espagnole SOS Racisme affirme que « depuis quelques semaines » des immigrants sont également déplacés vers la frontière avec la Mauritanie car « c?est plus loin, alors que ceux qui sont à la frontière avec l?Algérie reviennent à pied pour retenter leur chance ». Interrogée sur le sort des 73 expulsés jeudi soir de Melilla vers le Maroc, en vertu d?un accord de rapatriement de clandestins signé en 1992 par l?Espagne et le Maroc, mais qui n?a presque jamais été appliqué, et des déportés du désert, la vice-présidente du gouvernement espagnol Maria Teresa Fernandez de la Vega, a assuré que « le royaume du Maroc nous a donné toutes les garanties » sur le « traitement conforme à la loi, à la légalité et aux droits humains ». Mme De la Vega a annoncé un voyage, demain 10 octobre au Maroc, du ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos « pour aborder plusieurs thèmes de coopération ». « Nous espérons qu?à cette date les autorités marocaines nous auront fourni des données de l?enquête » ouverte au Maroc sur la mort de six émigrants africains tués par balles ou écrasés jeudi 6 octobre à Melilla, côté marocain, a-t-elle ajouté. Amnesty International, qui accuse les autorités marocaines d?abandonner des clandestins dans le désert, a demandé à l?Espagne de ne plus renvoyer personne. L?ONG a en outre annoncé qu?elle cherchait à déterminer si les clandestins renvoyés jeudi avaient eu accès à des avocats et des interprètes et avaient eu l?occasion de présenter une demande d?asile, comme le prévoient les droits espagnol et international. Le gouvernement de Madrid, selon Reuters, assure que les migrants ont été renvoyés dans le respect des règles admises. Depuis le début cet été, des tentatives de passage en force massive à Ceuta et Melilla, 14 émigrants au total ont trouvé la mort. Le Haut Commissariat aux réfugiés de l?ONU (HCR) est en « consultations étroites » avec l?Espagne et le Maroc pour s?assurer que les réfugiés politiques figurant parmi les centaines de personnes essayant de pénétrer à Ceuta et Melilla bénéficient d?un traitement équitable. « Nous préparons une mission qui ira très bientôt au Maroc », a déclaré à Genève le chef du HCR, Antonio Guterres. L?Espagnol Alvaro Gil-Robles, commissaire aux droits de l?homme du Conseil de l?Europe, s?est déclaré vendredi « profondément révolté » par la mort de ces six émigrants, et Bruxelles a appelé Madrid et Rabat à des « réactions proportionnées ». Le cycle des refoulements Madrid, pour sa part, a prévu de remettre au Maroc une cinquantaine de nouveaux émigrés africains entrés clandestinement dans l?enclave espagnole de Melilla. Ce refoulement concerne essentiellement des ressortissants maliens qui seront transportés à Algesiras (sud de l?Espagne) pour embarquer dans un bateau en direction de Tanger (nord du Maroc). Un porte-parole de la préfecture de Melilla, interrogé par l?AFP, a indiqué ne pas être autorisé à commenter cette information. Certains des 73 émigrants expulsés jeudi soir n?ont pas été expulsés vers le Maroc mais conduits dans des centres d?accueil pour émigrés sans papier d?Andalousie (sud de l?Espagne), a assuré, sans en préciser le nombre, le policier interrogé par l?AFP. Le quotidien espagnol El Mundo, affirme pour sa part que 50 émigrants ont déjà été expulsés vendredi de Melilla dans deux avions vers Algesiras, d?où ils ont été refoulés vers le Maroc par la voie maritime. El Mundo indique également que 50 autres immigrés devaient être refoulés hier de la même manière. Le journal local Melilla Hoy a publié hier en Une des photos d?émigrants embarquant sous escorte policière à l?aéroport de Melilla. Quelque 1000 émigrés d?Afrique subsaharienne s?entassent actuellement dans le centre d?accueil temporaire d?immigrés (Ceti) de Melilla, après avoir réussi à franchir la double barrière métallique qui sépare l?enclave espagnole du Nord marocain.
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