
Par Mostéfa LaroussiDoctorant en micro-électroniqueDirecteur général du Centre européen de perfectionnement du groupe SchlumbergerLe paysage télévisuel algérien est aujourd'hui riche de plusieurs canaux. Certains sont spécialisés dans le sport. C'est le cas de Hadef TV qui diffuse depuis quelques années une émission dédiée totalement au sport-roi, le football. Cette émission, «100% foot», la bien nommée, est généralement présentée par un journaliste, auquel se joignent comme chroniqueurs et de manière quasi permanente les anciennes gloires du foot algérien, Ali Bencheikh et Rabah Madjer.Des hommes qui ont prouvé par le passé que le football national, amateur à l'époque, pouvait être une pépinière de talents et de footballeurs d'exception. Les équipes nationales de 1982 et de 1986 sont la pour l'attester. Mais cela est une autre histoire.Je trouve, pour ma part, que l'émission est d'une excellente facture en termes de reportages, de contenus et d'échanges de points de vue.J'ai le plaisir de suivre cette émission depuis deux ans et notamment les commentaires de M. Bencheikh qui, dans un langage populaire, en dardja et direct, dresse un tableau souvent sombre de ce qu'est devenu aujourd'hui le sport-roi. Pas de doute, notre football est malade. Pour M. Bencheikh, c'est tout le football algérien qui est grippé, voir mourant.Il n'y a pas une seule émission ou M. Bencheikh ne lance un appel ou répète les mêmes mots. Il agit ainsi quasiment en lanceur d'alerte ! C'est très certainement sa probité, son amour de l'Algérie et du football qui lui dictent cela. M. Madjer agit de la même manière. Et c'est tant mieux pour notre football national qui, depuis plus d'une décennie, n'arrive pas à sortir de l'ornière malgré quelques performances intéressantes au Mondial brésilien. Des performances qui, soit dit en passant, sont le fait quasi exclusivement de joueurs professionnels évoluant dans les championnats étrangers. On est loin de la génération des «amateurs» Assad, Belloumi, Bensaoula, Merzekane ou Kouici qui dominaient de la tête et des épaules le football continental et défiaient les grandes équipes mondiales sur les terrains espagnols et mexicains.Mon propos n'est pas de commenter encore une fois cette malheureuse histoire de notre sport-roi. Il y a des gens beaucoup plus qualifiés que moi pour le faire. Mon propos tient surtout à remettre les choses à leurs justes proportions.Nous avons, nous Algériens, tendance à oublier l'essentiel et nous accommoder du superflu.Si le football est aujourd'hui malade, combien de personnes «touche»-t-il réellement ' Faisons le calcul : sur une population de 40 millions d'Algériens, qui se préoccupe de l'état de notre sport-roi ' Plusieurs millions certainement. Mais pas la totalité de la population si on exclut une bonne partie de la gent féminine qui représente tout de même plus de la moitié de la société algérienne ! A cela s'ajoutent, ce qui pourrait surprendre certains Algériens, des voisins, des collègues, des amis, des cousins? qui ne peuvent plus voir le foot en peinture !Ce qui, vous en conviendrez, commence à faire beaucoup de monde qui n'ont qu'un intérêt très relatif vis-à-vis du foot? voire pas du tout.Continuons : combien sont-ils à «souffrir» réellement, j'allais presque écrire «physiquement», de la décadence du foot national ' Probablement quelques centaines de milliers d'aficionados convaincus, «enragés», pétris de foot jour et nuit. Des supporters capables de partir à pied à Oum dourman soutenir les Verts.Des supporters qui, à la vue de ce magma qu'est devenu le football national, ont mal au c?ur, aux tripes, les larmes aux yeux. Une souffrance réelle et compréhensible.Le football maladie nationale ' Pas pour tout le monde, comme on vient de le voir?que Hannachi démissionne ou pas, que le MCA se soit fait voler un penalty en match décisif ou pas, que les Verts changent d'entraineur tous les 15 jours, cela ne nous empêche pas de dormir, de vivre, d'évoluer, de nous marier, de construire?Il y a pourtant d'autres phénomènes dans la vie qui, eux, peuvent radicalement changer le destin des gens.En voilà un de ces phénomènes qui est sans pitié, sans état d'âme, sans prolongations, sans match à rejouer, sans tchippa, sans trucages possibles et qui, lui, nous touche tous, sans exception : femmes, hommes, enfants, vieux, jeunes, amateurs ou non de football, de hockey sur gazon ou de water-polo : je veux parler des accidents de la route.Un accident de la route ne choisit pas entre nous et notre famille proche ou nos amis, entre un pauvre et un riche, entre un haut responsable civil ou militaire et un simple chaâbi? il nous concerne Tous.L'Algérie est dans le top 5 mondial des pays ayant le taux le plus élevé en matière d'accidents de la route, et cela depuis plus de dix ans. Pourquoi 'Les chiffres parlent d'eux-mêmes ; ils sont alarmants, édifiant, terrifiants.Entre 2007 et 2016, il y a eu :? plus de 40 000 morts? plus de 600 000 blessés,? plus de 300 000 accidents,? et un calcul estimatif de 1% sur le nombre total de blessés donne plus de 6000 handicapés.Des morts, des blessés, des handicapés à vie et un coût, tout aussi monstrueux : 100 milliards de dinars par an.Oui, 100 milliards de dinars par an ! Soit près d'un milliard de dollars par an ! Comment qualifier cette perte ' Enorme, abyssale, disproportionnée ' On ne trouve pas les mots?Où sont les lanceurs d'alerte pour que cette hécatombe cesse ' Quelques-uns, bien sûr, parlent, s'expriment : des spécialistes, certains politiques (très peu). Mais le résultat est le même. Pourquoi ' Pourtant, comme je le disais plus haut, cela nous touche tous, sans exception. Cette tragédie nationale nous stoppe dans notre vie, nous détruit professionnellement et personnellement? On ne peut qu'applaudir les investissements consentis par notre Etat dans l'amélioration de l'infrastructure routière. Ils sont là, mais insuffisants. Il y a encore matière à améliorer l'état de nos routes, surtout en milieu rural et semi-rural.Mais s'il y a un facteur déterminant dans cette hécatombe, le facteur humain trône en tête de tous.Selon les chiffres de la Gendarmerie et de la police nationales, 90% des accidents de la route ont une responsabilité humaine.Il suffit juste de prendre sa voiture et de sortir faire un tour dans son quartier sur une route nationale ou une autoroute : lorsque l'on voit comment conduit une bonne partie des automobilistes algériens, jeunes (souvent), quadras, vieux, femmes (très peu heureusement), le terme terrorisme routier semble galvaudé.C'est juste inimaginable pour un esprit sain et structuré de voir la manière dont sont utilisées les voitures algériennes sur les routes : bolides de dernière génération, ou épaves roulantes datant de la Création, camions de 30 tonnes ou minibus remplis d'âmes innocentes? on ne conduit pas en Algérie, on joue à la roulette russe. Au point de se demander parfois en regardant certaines personnes zigzaguer entre les voitures, doubler en 3e ou 4e position, doubler à droite sur la bande d'arrêt d'urgence, rouler à tombeau ouvert, griller les stops, les feux rouges? C'est à se demander s'il n'y a pas dans le subconscient des Algériens une envie de? brûler sa vie. Et par la même occasion celle des autres?Les questions qui nous sont posées à nous citoyens de ce pays sont : que faire de ce facteur humain ' Comment arrêter le carnage ' Comment remettre cet humain algérien, c'est-à-dire n'importe qui d'entre nous dans la civilisation ' Comment le sortir de son incivilité routière quasi congénitale ' Comment sortir des réponses lapidaires, terribles, inhumaines, injustes invoquant le «mektoub», le destin au lendemain de l'enterrement d'un jeune de 20 ans? et de la famille de 5 personnes qu'il a emmenée avec lui vers l'au-delà lorsqu'il a doublé sur la ligne continue avec sa golf GTD pour percuter de plein fouet ce père et sa famille entassés dans sa Dacia Logan 'Il n'y a aucun mektoub à doubler sur une ligne continue.Comment faire de telle sorte que cet humain algérien cesse de s'autodétruire, de détruire les autres, de galvauder l'image de son pays, sa réputation, son attractivité 'Notre Etat peine par exemple à promouvoir l'Algérie comme destination touristique. Parmi les «stopper», ces éléments négatifs qui préjugent de l'attractivité d'un pays, les accidents de la route tiennent le haut du pavé.Ce classement dans le top 5 fait mal à l'Algérie. Et c'est le seul classement mondial à qui personnellement je donne du crédit, tous les autres classements où l'on montre notre pays à la traîne sont plus ou moins ambigus ou carrément malintentionnés, mais ce n'est pas le sujet.Est-ce une fatalité 'Bien sûr que non. Notre pays a eu des ressources pour solutionner des problèmes beaucoup plus épineux, plus complexes et ceux des années 90' sont encore présents dans les esprits pour témoigner de la volonté et de la capabilité de cet humain algérien qui peut faire des miracles quand il le veut. Seuls l'information, l'éducation et le vrai «matrague» peuvent nous remettre Tous dans le droit chemin. Un matrague pour tous, un matrague clair et compris par tous, que nul ne peut surpasser, ne peut ignorer, ne peut intervenir, un matrague lié à une justice qui doit se mettre en avant et être sans pitié et sans état d'âme avec les terroristes de la route.M. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com