Oran - Revue de Presse

Démobilisation



Passées les premières heures ayant suivi le rapt des deux diplomates algériens Ali Belaroussi et Belkadi où la classe politique algérienne avait réagi par des déclarations de dénonciation accompagnées d?appels aux ravisseurs pour relâcher nos diplomates, la mobilisation citoyenne se délite de jour en jour. Mis à part les médias qui continuent à suivre comblant, à leur corps défendant, le vide et la démission des cercles officiels et officieux qui donnent la nette impression d?être désemparés devant cette épreuve difficile, le déficit est total en matière de mobilisation populaire pour tenter de peser sur le cours des événements. La situation est pourtant loin de se présenter sous de bonnes auspices à la suite de la revendication de l?enlèvement par Al Qaîda et les congratulations du Gspc adressées à ce mouvement pour laisser le monopole de l?action à la diplomatie secrète et à elle seule, ignorant l?apport combien précieux que pourraient apporter les autres segments de la société : les partis, les associations, les autorités religieuses ou tout simplement les citoyens anonymes. Alors que dans d?autres capitales qui sont passées par les mêmes épreuves le rapt de leurs ressortissants fut vécu comme un drame national avec ce que cela avait impliqué comme pression politique et populaire sur les ravisseurs, chez nous tout se passe comme si l?affaire de l?enlèvement de nos deux diplomates n?avait jamais existé. Comment expliquer cette attitude de la population qui frise l?indifférence - il ne faut pas avoir peur des mots - ? Mais peut-on jeter la pierre et douter de la citoyenneté ou du patriotisme des Algériens lorsque les dirigeants eux-mêmes qui sont censés jouer le rôle de catalyseur pour raffermir la cohésion sociale dans cette dure épreuve désertent le terrain de la communication politique et sociale si importante en pareilles situations. Il est toujours douloureux d?établir des comparaisons avec d?autres pays qui n?en finiront pas décidément de nous donner des leçons de civisme politique, mais la question vaut d?être posée : une visite du chef de l?Etat auprès des familles des deux diplomates enlevés, comme cela s?est fait ailleurs, n?aurait-elle pas pu contribuer à libérer les énergies de la société ? Lorsque la relation de confiance entre les gouvernants et la population est rompue à cause des politiques successives de développement dont on connaît tous les résultats ou les dégâts, lorsque l?on ne se reconnaît pas dans l?Etat et ses institutions pour des raisons objectives ou subjectives, parce qu?on est chômeur, sans toit ni famille, victime de la hogra aux multiples facettes, le sentiment national devient pour les catégories sociales fragilisées une notion vide de sens.
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