Oran - A la une

Demain leur appartient'



Ce soir, tous les JT accorderont, pour une fois, leurs violons. Le sujet du jour sera bien entendu, la rentrée scolaire. C'est qu'avec plus de neuf millions d'élèves, relevant des cycles préparatoire, moyen et secondaire, y'a de quoi faire en images. Le «tout nouveau, tout beau» sera sans doute le credo de ces JT, et on applaudira, bien sûr. A l'heure des retrouvailles, des congratulations, de la satisfaction, que l'on espère générale, ça sentira même la fleur d'oranger, symbole de renouveau. C'est que l'école, au sens large du terme, a besoin de cette fleur aux senteurs plus qu'agréables. Elle a besoin aussi, et plus que jamais, de rigueur, de solidité, de fermeté. Mais bon, ça, c'est une autre affaire, que des ministères gèrent en déballant, de manière pédagogique, le linge sale laissé par leurs prédécesseurs. Aujourd'hui, c'est l'espérance sans crainte, ni frayeur, des hurluberlus barbus, ayant vainement combattu le savoir et son pendant, le livre. Ce livre qui rend les gens instruits. Manifestement, ils ignorent tout de cet objet, fruit d'une formidable conquête de l'homme sur l'ignorance. Cette diablesse qui nous aura valu les ténèbres de l'obscurantisme, du terrorisme. Et, quoi de mieux qu'un jour de rentrée pour éclairer, éveiller les consciences assoupies par la chaleur estivale ' Les spots des studios-télé n'auront pas le temps de le faire?Ainsi, il y a des millénaires, tout le savoir, tous les rêves allaient se traduire dans le livre naissant. Il venait faciliter la compréhension, en remplaçant les tablettes d'argile, les papyrus et les rouleaux d'antan. Le livre fut longtemps un privilège, un mystère, une longue initiation, pour décrypter signes et sens de l'écriture. Pourtant, de génération en génération, les humains ne renoncèrent jamais à étendre leurs connaissances, par le biais de ce pouvoir miraculeux, celui de lire. L'imprimerie allait multiplier, ce qui n'était encore qu'exception. Le livre pouvait s'inviter partout, s'offrir à la curiosité du plus grand nombre. Plus le temps passait, plus il prenait place dans chaque maison, offrant des trésors d'invention et de plaisir, à ceux qui lui accordaient un peu d'attention. Puis, vint le petit écran, cette télé qui allait bouter le livre de son piédestal. Elle a eu la prétention de le remplacer, de l'anéantir, de l'abolir même. Elle était si gourmande, qu'elle a numérisé tous les ouvrages possibles. Les écrans envahirent tout, en tablettes ou en PC d'ordinateur. Instruire s'emmêle les pieds avec le divertir, et le livre perd alors pied. Il est sacrifié sur l'autel de la vitesse, de l'instantanéité, de l'universalité. Le mouvement fut si rapide que nul ne comprit vraiment ce qui se passait, dans ces années ultimes où livre et écran cohabitaient en bonne intelligence, pensait-on. Mais l'ogre était insatiable et, en plus, avec les intégristes, ce pauvre livre allait devenir vieil objet obsolète, condamné à l'oubli. Bibliothèques et librairies faillirent, même, prendre les sentiers du désert, de la banqueroute, en se métamorphosant en fastfoods ou autres commerces de la bouffe?
Heureusement que la page sombre a été tournée. Aujourd'hui, d'autres pages plus rayonnantes attendent d'être lues, en cette rentrée. Ceux et celles à qui appartient demain, auront à disposition des écrans et des tablettes, avec leur technologie intégrée. Mais ils auront aussi, et surtout, ce livre porteur d'instruction, d'émancipation, de fascination et d'espoirs. Ils y découvriront, un à un, les savoirs et les sens à donner à la vraie vie. Les pages de ce trésor demanderont, certainement, beaucoup d'effort et de temps. Mais le bonheur indicible de la lecture en vaut la peine, si peine il y a. Certes, l'enseignement n'est pas le parcours de la facilité. Il demande engagement, talent et motivation. Il exige ces qualités en toutes circonstances. Et au final, les diplômes bardant les élèves méritants auront les senteurs du livre, la bonne senteur de la fleur d'oranger de cette rentrée?
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