«Ces jeunes Algériens vivent avec la langue des violences, ils vivent dans les nuisances, il faut leur apporter un peu de rêve et d'imaginaire, ce à quoi l'école a gravement failli...»
Quel avenir de la littérature pour jeunes en langue arabe' Et comment expliquer une inhibition à créer avec l'usage de cette même langue' Un thème qui a repris tout son intérêt lors d'une conférence à la salle Maâchi, ce lundi, au Sila, en présence de Mona Henning, Djoher Amhis, Salim Brahimi et Salhi Abdelhalim ainsi que Maya Zerrouki.
Pour le jeune lecteur, l'apprentissage de l'histoire sociale se faisait à travers la colonisation et des lectures de Mouloud Feraoun et Mammeri, dans une époque où «on essayait de politiser les idées de l'enfant au lieu de le libérer, ce qui était très dangereux», selon les propos de Djoher Amhis, écrivaine et enseignante qui a préconisé, pour sa part, la nécessité de transmettre une force du rêve aux enfants, à travers diverses langues, un compromis à consentir, sans barrières linguistiques, avec le jeune lecteur d'aujourd'hui, lui permettant une meilleure accessibilité à la littérature.
Djoher Amhis a déploré aussi la réalité tragique des jeunes Algériens. «Ces jeunes Algériens vivent avec la langue des violences, ils vivent dans les nuisances, il faut leur apporter un peu de rêve et dimaginaire, ce à quoi, l'école a gravement failli. Ils ne rêvent plus, un jeune n'a plus d'imagination, il est pris dans une espèce de magma qui le réduit à rien».
Des enfants sans trop de possibilité d'évasion, avec beaucoup plus de vigilance dont ils ne saisissent plus la source, selon Salhi Abdelhalim, directeur de la bibliothèque verte, spécialisé dans les ouvrages pour enfants, lequel sest exprimé sur ses ambitions en tant qu'éditeur désirant restituer une passion pour la langue et l'histoire avec laquelle elle est contée. Selon lui, il y aurait une réelle volonté de respecter le jeune lecteur algérien dans un souci de réalisme, «d'arriver à communiquer avec ses vrais besoins et sa réelle situation dans la société, sur des thèmes scientifiques, religieux et littéraires, de lui conter une histoire dans laquelle il peut se reconnaître, selon ses propres repères», estime le directeur de la bibliothèque verte.
Salim Brahimi, éditeur de la revue Laâbstore, a parlé, quant à lui, de réadaptation, de son exigence en tant qu'éditeur sur la trame et le scénario des histoires, lesquelles, selon lui, «se doivent de refléter ne serait-ce que des traits propres aux jeunes Algériens, de leurs habitudes, de leur algérianité, c'est du moins notre ligne de conduite avec nos lecteurs», Salim Brahimi a aussi fait remarquer que la revue en question, parue dans les deux langues, «la version française se vend très bien, contrairement à la version en arabe qui subit le refus de la plupart des libraires».
L'éditeur s'est interrogé aussi sur les raisons de ce déséquilibre, malgré un engouement pour ce neuvième art, qui n'est pas récent en Algérie, la bande dessinée, a, selon lui, presque perdu ses ancrages dans l'expérience des lecteurs en langue arabe.
«L'enfant est un critique fabuleux, il possède une conscience fabuleuse», selon les termes de Mona Henning, éditrice traductrice suédoise, originaire de Jordanie, qui a évoqué, pour sa part, cette condition, selon laquelle, l'esprit d'un enfant n'est pas prompt seulement à recevoir une éducation religieuse, il aime, au fond de lui, l'histoire libre à façonner à travers ses yeux de lecteur, il a besoin de fiction, il a besoin de croire son imaginaire et entreprendre une réflexion avec ses propres moyens. Mona Henning a parlé notamment de la nécessité d'enrichir l'enfant du texte littéraire, à travers la langue arabe, qui est aussi la langue et le lexique sacrés du Coran. «Mais le problème de la langue arabe, c'est qu'elle s'est pétrifiée, et pour quelle raison cette langue ne sert plus le progrès et le rêve'» En s'expliquant davantage sur l'aspect de diversifier le don de la connaissance. «La langue arabe du Coran n'est pas discutable, elle est sacrée, je l'apprends, je crois en elle et je la pratique, contrairement au texte littéraire que je peux interroger, avec lequel je peux apprendre à penser et qui m'aide à m'épanouir». Selon Mona Henning, la vision restreinte du seul usage liturgique de la langue arabe imposerait une vision d'une langue plus étouffante et moins disposée à l'imaginaire. «Nous avons besoin de textes littéraires et de lecture, et non pas de l'aspect académique seulement ou d'un outil pédagogique, nous avons besoin aussi de laisser l'enfant s'approprier le texte, il a besoin de fiction, de fiction en toute chose, de penser plus librement à son existence, à son être, à ses toutes premières idées», conclut-elle.
Encourager la lecture dès le plus jeune âge, les contes accompagnent et libèrent l'imaginaire, l'apprentissage du mythe servant l'apprentissage du réel.
L'aspect sacré de la langue arabe n'étant pas détaché de sa vocation littéraire. Grâce à la littérature en toutes formes, jusqu'à la bande dessinée, le jeune lecteur s'approche d'un secret, un secret entretenu et caché au fond d'un conte ou d'un récit, le même secret préservé dans un texte sacré, attirant l'enfant vers des questions et une réflexion, à chercher, à traduire avec plus de confiance la réalité qui l'entoure afin de mieux saisir et de comprendre l'épreuve qui le fascine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ait Hadi Amine
Source : www.lexpressiondz.com