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De pierre et d'obscur



De pierre et d'obscur
Il mérite bien un hommage, ce brave père de famille de la localité d'El Kerma, près d'Oran. Il faudra même lui ériger une statue, tellement son courage est rare de nos jours. De quoi s'agit-il ' Voilà : cet homme vit avec sa femme et ses enfants dans une maison construite dans le cadre de l'aide au logement rural sur une petite exploitation agricole qui constitue aussi sa source de revenus.Selon notre correspondant local, cette famille modeste qui coulait jusqu'ici des jours tranquilles dans un agréable cadre champêtre vit l'enfer à domicile depuis près de trois mois et rien n'indique que leur calvaire s'arrêtera de sitôt. La quiétude de cette famille d'agriculteur a été brusquement interrompue par une nuit d'été où des pierres ont commencé à s'abattre sur le toit, les portes et les fenêtres de leur masure. Un déluge de pierres infernal qui ne s'arrêtait qu'au petit matin, pour reprendre le soir venu, avec une rare régularité.Rapidement, le fait s'est répandu comme une traînée de poudre dans les environs, et les proches voisins se sont mobilisés pour venir en aide à la famille en détresse. Mais la généreuse solidarité a surtout pris l'explication la plus confortable et la plus conforme aux croyances populaires.Autant dire des certitudes. Dans ces contrées comme dans le reste d'un pays qui a définitivement tourné le dos au rationnel, il est plus facile de convoquer le mystère paranormal que l'explication vraisemblable. Il s'agirait donc d'une «redjmya», comme on l'appelle dans la région, une vieille croyance au mystère qui veut qu'une pluie de pierres fuse de nulle part, descende du ciel ou remonte des profondeurs de la terre pour s'abattre sur une maison dont les occupants auraient des choses à se reprocher auprès de Dieu et de ses créatures.Même les services de sécurité n'auraient pas voulu recevoir la plainte du brave agriculteur sous prétexte que «dans l'affaire, il n'y aurait ni piste ni suspects identifiés». Dans un pays où la force publique préfère la sommation religieuse ou moralisante à la rigueur de la loi, il est normal de tirer des plans sur la comète au lieu d'enregistrer une plainte contre X. ça a l'avantage de faire l'économie d'une enquête et de rester dans la «proximité», des fois qu'on soupçonnerait la police ou la gendarmerie de rester dans la rationalité. Et peut-être, qui sait, incommoder dans la foulée quelque intouchable.Parce que dans le cas précis, de la? «redjmya» d'El Kerma, le doute a déjà été exprimé par la bouche de quelques brebis galeuses qui ne se sont pas laissé compter, le premier concerné en tête. Un doute énoncé sous forme de soupçon sur des personnes aux motivations bien plus terre à terre que celles des? extraterrestres.Il paraît qu'on voudrait tout bonnement pousser, par la terreur, cette famille à la fuite, ce qui préparerait le terrain à une expropriation plus commode.Dans un pays où les «maisons hantées» sont abandonnées sans autre forme de procès, où le farfelu obscurantiste fait office de culture, où un charlatan est devenu star de télévision et où les ministres consultent des raqis, où un raqi accompagne la sélection nationale de foot en compétition, il a vraiment du mérite, ce brave agriculteur, qui refuse vaillamment de quitter sa maison et son lopin de terre.


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