On assiste à un
recul général des partis socialistes et sociaux-démocrates européens. Retour
sur une crise peu compréhensible
Le Parti
socialiste français est depuis longtemps «parti» en vrille. On assiste
inlassablement à l'affrontement des «ego». «Moi, je», «Moi, je», «Moi, je»...
Ceux de la vieille génération qui veulent encore survivre et les «jeunes» (les
Manuel Valls, Moscovici, Peillon, Montebourg et d'autres encore), d'abord
trentenaires, puis quadragénaires, aujourd'hui quinquagénaires qui aimeraient
bien, enfin, exister.
Dans les têtes d'affiche, Ségolène Royale,
ex-candidate à la présidentielle a une très, très haute opinion d'elle-même, un
autodiagnostic qui n'est confirmé que dans son entourage proche ; Martine Aubry
tente de diriger le navire comme Premier secrétaire, tout en restant fermement
accrochée à ses mandats locaux, maire de Lille et patronne de la plus puissante
fédération ; Dominique Strauss-Kahn s'est réfugié à la tête du FMI ; François
Hollande (ex-Mr Royale) a bêtement abandonné la direction du Parti socialiste.
Laurent Fabius, le meilleur orateur de cette formation, doute de lui-même et de
son avenir.
Au résultat ? Du bruit, du bruit, du bruit...
Le Parti socialiste français ne sait plus
depuis trois ans être un parti d'opposition. Il ne rassure pas non plus les
Français sur sa capacité à être un parti de gouvernement.
Il semble tétaniser par le phénomène Sarkozy.
Le Nicolas est habile bateleur. Il ne manque
pas d'idées mais il a beaucoup plus d'échecs que de réussites. Mais il a du
génie à changer tous les jours de registre. Cela fait oublier les conneries de
la veille.
Le PS est chaque matin comme la poule sur
l'autoroute qui cherche à se faire écraser. Comme la poule est obstinée, elle y
réussit souvent.
La dernière invention de nos fameuses
social-démocraties française a consisté à proposer simultanément une alliance
avec le Centre-droit (le Modem de François Bayrou), les Bobos écologistes
dirigés par Daniel Cohn-Bendit, tout en organisant des «primaires» (comme l'âge
du même nom) pour que ce soit leurs alliés de circonstance qui choisissent leur
candidat à la Présidentielle.
C'est ça la
modernité !
Epoustouflant,
non ?
Social-démocratie
: une appellation d'origine européenne contrôlée
La
social-démocratie. L'appellation est intrinsèquement européenne.
Social(e)-démocratie ? Une telle appellation
n'existe sur aucun autre continent. Ecoutons Wikipedia : «Initialement, la
social-démocratie est une appellation du mouvement socialiste international, et
en particulier de la IIe Internationale fondée en 1889 à l'initiative notamment
de Friedrich Engels. Il s'agit donc à la base d'un mouvement marxiste.
Des débats apparaissent au sein de la
social-démocratie à la fin du XIXe siècle, puisque certains - notamment Edouard
Bernstein - proposent une révision du marxisme afin de s'orienter vers le
réformisme. Ils sont battus au congrès d'Erfurt de 1899, le dirigeant du SPD
August Bebel déclarant : «Je ne tolérerai pas qu'on brise la colonne vertébrale
de la social-démocratie, qu'on remplace son principe : la lutte de classe
contre les classes possédantes et contre le pouvoir d'État, par une tactique
boiteuse et par la poursuite exclusive de buts soi-disant pratiques», et Rosa
Luxemburg consacrera un ouvrage, Réforme sociale ou révolution ?, à combattre
ce courant. Mais malgré cette défaite immédiate, ils ont posé les fondations de
ce qui sera à partir du XXe siècle le courant social-démocrate.
La IIe internationale, suite à différentes
refondations, est devenue l'internationale socialiste, et a progressivement
abandonné une partie de ses références exclusives au marxisme ; elle regroupe
les partis sociaux-démocrates au sens actuel du terme».
Dès les années
20, la social-démocratie s'est opposée au courant communiste, alors triomphant,
en réaffirmant la nécessité du pluralisme politique, de l'efficience du cadre
démocratique et en s'inspirant après la crise des années 30, du Keynésianisme,
alliant les vertus de l'initiative privée dans un marché contrôlé et où le
contrôle de l'Etat est le meilleur des outils de régulation.
Dans les faits,
en Europe et notamment dans les pays scandinaves et en Allemagne, la
«socialisation» de l'économie est frappante : en règle générale, la somme
cumulée des budgets d'Etat et ceux de la protection sociale (toutes sommes
agrégées) est égale voire supérieure à la capitalisation boursière.
Dans le climat de
la Guerre froide, qui voit s'opposer brutalement, deux modèles antagoniques de
société, le règne de la «libre entreprise» contre le communisme archaïque et
répressif, le modèle social démocrate est apparu comme extrêmement vertueux,
soucieux du développement des individus comme du bien commun.
Les socialistes ne
résistent pas à la chute du Mur de Berlin
Pourtant, comme le
remarque un expert du Parti socialiste, après l'âge d'or des années 1970-1980,
incarné par Willy Brandt, Olof Palme et Bruno Kreisky, elle n'a pas su tirer
profit de la chute du mur de Berlin. «Entre les partis sociaux-démocrates, il y
a eu (et il y a encore) des différences de culture et de structure, liées aux
réalités nationales, mais leur histoire a été largement commune. Ils sont nés
avec et par l'entrecroisement de deux dynamiques politiques : d'une part, la
lutte pour le suffrage universel, la démocratie politique, qui en fait des
partis démocrates (républicain en France), d'autre part, la critique du
capitalisme, de ses injustices et de son irrationalité, qui en a fait
initialement des partis ouvriers, d'inspiration marxiste pour la plupart sur le
continent - le travaillisme présentant une idéologie composite de tradition
religieuse, imprégnée de syndicalisme, avant tout réformiste», poursuit cet
expert, «L'idée de base de la social-démocratie moderne fut que la
nationalisation des moyens de production et d'échange n'était pas nécessaire
pour combattre l'irrationalité et l'injustice du capitalisme. Les gouvernements
qui voulaient lutter contre les inégalités, tout en menant des politiques
économiques efficaces, pouvaient mettre en oeuvre des politiques anticycliques
pour maîtriser les fluctuations du marché, stimuler les investissements,
développer la protection sociale, accroître le niveau d'éducation...».
Comment résister
à
l'individualisme que l'on a promu ?
L'autre dimension
de la culture sociale-démocrate a porté sur les avantages d'une société non
conflictuelle. La social-démocratie européenne a estimé, souvent à juste raison
«que la méthode de résolution des conflits devait passer par le compromis, et a
donc mis en oeuvre des procédures de négociation entre les différents acteurs
de la société» : Etat, entrepreneurs, syndicats, acteurs divers de la société
civile, élus locaux... Dans les faits, le système social-démocrate fonctionne
plutôt bien, jusque dans les années 80/90.
Toutes les analyses statistiques ont montré
que les plus faibles inégalités de revenus, la protection sociale la plus
développée, les meilleurs équilibres entre l'emploi, les investissements et les
salaires, ont été le fait de pays où la social-démocratie a exercé durablement
le pouvoir - sans même parler de la comparaison avec les pays communistes
encore existant. Toutefois, à la fin des années 70, trois éléments combinés ont
fait voler en éclats cette situation «vertueuse et apaisée».
- Avec l'élection
de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, c'est l'irruption dans le monde
anglo-saxon, d'une contre-offensive idéologique d'un libéralisme outrancier et
surtout «anti-étatique» : «L'Etat, c'est le problème, pas la solution»,
phrase-clé du succès de Reagan.
- La montée
formidable du capitalisme financier contre le capitalisme industriel, la levée
des barrières douanières et fiscales, la circulation de plus en plus rapide des
capitaux sur la planète, tout processus désigné aujourd'hui sous l'appellation
«globalisation» ou «mondialisation» qui ont généré la possibilité d'une énorme
réserve de liquidités, disponibles immédiatement, certes au bénéfice de
quelques-uns, mais qui a généré la croissance mondiale de ces dernières années.
- La victoire
définitive du «Monde libre» contre l'empire soviétique qui a laissé croire à
beaucoup, notamment dans les partis sociaux-démocrates européen de l'avènement
partout dans le monde d'une réelle démocratie sociale planétaire.
«La fin de
l'Europe rose»
Dans la fin des
années 90, l'Union européenne a compté onze gouvernements sociaux-démocrates,
travaillistes et socialistes sur quinze, et l'on parlait d'une «Europe rose».
Depuis, tout le courant social-démocrate est rentré dans une crise d'une rare
intensité. «Comment expliquer cette situation ?, s'interroge Alain Bergougnoux,
Les causes économiques sont majeures. Elles tiennent, dans une certaine mesure,
à des difficultés propres aux politiques mises en oeuvre : le coût budgétaire
des programmes sociaux, la montée du chômage dans les années 1980-1990, les
limites de la politique fiscale, la décentralisation du système de relations
professionnelles, qui rend difficile une politique des revenus, etc.
Mais ce sont les causes externes qui sont les
plus importantes - que l'on résume souvent sous le terme de «mondialisation».
L'autonomisation des marchés financiers, l'entrée dans une société de la
connaissance et de l'information, l'accroissement de la compétition
internationale, ont modifié les données des «compromis nationaux» de la période
antérieure».
La situation dans laquelle nous entrons exige
de revoir les logiciels : crise économique généralisée du libéralisme
financier, crise écologique, accroissement des inégalités sociales sans
précédents, risques de guerre multipliés. Mais la crise que nous abordons est
également morale : comment faire co-exister sur cette petite planète quelques
milliards d'individus en tentant de respecter chacun d'entre eux. La
social-démocratie semble avoir abandonné cette ambition.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Pierre Morville
Source : www.lequotidien-oran.com