De notre correspondant à Oran
Samir Ould Ali
Davantage de musique techno et de tenues occidentales et moins de karkabou et de toilettes traditionnelles dans les fêtes de mariage. A Oran, comme probablement dans toutes les grandes villes algériennes, la tradition s'efface devant la modernité, moins contraignante à assumer pour les jeunes générations : de même que la «blouza el wahrania», mythique écrin de la femme oranaise pendant des lustres, cède doucement le pas à des toilettes importées, plus sophistiquées et plus dans le vent, les troupes de karkabou et des meddahates reculent devant «les pouvoirs» du disc-jockey et la puissance de son équipement numérique.
«On ne peut rien contre la modernité», résument les plus âgés qui savent de quoi ils parlent, eux qui ont assisté à la disparition du haïk, du seroual loubia (pantalon à large fond pour hommes, que des couturiers occidentaux ont récemment remis au goût du jour' pour les femmes), du Kaftan et bien d'autres effets vestimentaires propres à la région oranaise.
Et s'il est de coutûme de reprocher aux pouvoirs publics leur désintérêt manifeste pour la préservation du patrimoine immatériel (les Algériens en ont eu une nouvelle démonstration à l'occasion du mois du patrimoine pendant lequel l'essentiel, voire toute l'attention est encore allée vers l'héritage matériel), il faut reconnaître que l'individu a sa part de responsabilité dans la disparition d'un certain nombre de repères historiques immatériels et de formes de ce patrimoine culturel. Cela, Ahmed Amine Dellaï, chercheur en anthropologie
culturelle au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) d'Oran, et spécialiste du melhoun, l'a récemment affirmé dans les colonnes du magazine Cap Ouest, du mois de mai : «Au lieu de parler de l'Etat en général, je préfère dire que, souvent, c'est une affaire d'individus», a-t-il estimé, en substance, en soulignant le manque de «capitalisation des expériences en Algérie». L'auteur de Chansons de la Casbah, anthologie Chaabi et de Paroles graves et paroles légères, chants bédouins de l'Oranie (parus en 2003) a notamment raconté comment, sans engagement formel de l'Etat, un festival du melhoun a pu être organisé dans la wilaya de Relizane pendant trois années grâce à des efforts individuels soutenus, il est vrai, par un chef de l'exécutif et un directeur de la culture très sensibles à la question. Tout cela pour dire que la préservation du patrimoine immatériel relève également de l'attachement personnel à son histoire et à son passé. Il est vrai, par ailleurs, que l'Etat est coupable de ne pas introduire la question dans les programmes scolaires et de ne pas, comme recommandé par l'Unesco, installer des sections spéciales dans les établissements muséaux. «Malheureusement, a-t-il encore regretté, dans les mêmes colonnes, cela ne se fait pas chez nous alors que c'est cela la véritable identité avec évidemment d'autres formes culturelles immatérielles à l'exemple de la culture du cheval, de l'art culinaire et d'autres savoir-faire artisanaux mais aussi des rites et des célébrations comme le maoussem.»
Ainsi, le sort du patrimoine immatériel est plus que jamais entre les mains de l'individu : à lui de décider s'il veut conserver son identité propre ou en «emprunter» une autre qu'il devra, de toutes façons, rendre un jour.
S. O. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Photo Sahel
Source : www.latribune-online.com