Oran - A la une

De la diversion à l'accessoire



Les réactions ne sont pas nombreuses, signe que le rappel du ministère de l'Intérieur, relayé par la direction des prix et de la concurrence de la wilaya, n'a pas beaucoup perturbé les commerçants, notamment ceux du centre-ville.Et pour cause, l'obligation d'utiliser la langue arabe prioritairement pour les enseignes des devantures des commerces est une disposition ancienne. "La loi n'est pas nouvelle, elle existe depuis longtemps mais n'a jamais vraiment été appliquée avec rigueur, nous avons reçu une note et nous l'avons relayée auprès des commerçants. Jusqu'ici, majoritairement, ces derniers n'ont pas protesté mais n'ont pas réagi en conséquence", témoigne un inspecteur de la DCP, qui tient à garder l'anonymat.
Ainsi une petite tournée dans les principales artères commerçantes d'Oran montre que déjà des boutiques ont bien des enseignes en arabe et en français, mais ce n'est pas la majorité des cas.
En plein Hirak, cette "sortie" du ministère est analysée dans le sens "de la diversion" orchestrée et créer des polémiques accessoires. Ahmed, un universitaire trentenaire, resté 5 ans au chômage après son diplôme en management, gère une boutique de cosmétiques dont il n'est pas le propriétaire. "Qu'est-ce qu'ils ont à vouloir provoquer de faux problèmes, avec l'utilisation des langues '", s'interroge-t-il tout en s'occupant de ses clientes.
"En été, ils ont sorti cette histoire d'anglais sur les documents administratifs universitaires et maintenant l'arabe pour les commerces. Personne n'est dupe, on voit ce qu'ils cherchent à faire : créer des divisions et des polémiques entre arabophones, amazighophones et francophones.
Qu'ils dégagent et nous laissent en liberté." Face à ce nouveau leurre comme certains nous l'ont fait comprendre, les commerçants restent stoïques. Certains cafetiers par contre, qui se préparent à recevoir les hirakistes fatigués du vendredi, changer l'enseigne dans un délai si court n'est pas possible : "Il va falloir que je la commande, voire changer d'appellation, et que je ramène des ouvriers me la placer et repeindre les inscriptions au-dessus de l'entrée. Pourquoi '
Au final, cela ne me fera pas augmenter mon chiffre d'affaires." Pour la traduction des enseignes, l'on risque de se retrouver avec de jolies perles, puisque souvent c'est une traduction phonétique qui est faite.
Des citoyens et forcément clients par contre nous font remarquer qu'une fois de plus les pouvoirs publics s'accrochent "à l'accessoire", comme nous le suggère une mère de famille médecin dans un dispensaire : "Je ne vois pas ce que cela va apporter en termes d'intérêt, au lieu de s'occuper des questions des produits et marchandises vendus sans facture, des importations cabas, de l'absence de contrôle et de traçabilité des produits, ils vont mobiliser les gens pour une enseigne '"
Un autre de rappeler simplement qu'en 2021, Oran accueille les Jeux méditerranéens et que cet évènement est censé faire venir des touristes : "Ils n'ont qu'à mettre des noms en anglais, ou sinon c'est de la surenchère, je mets une devanture en arabe, en amazigh, en français ! Ça les dérange en quoi ' Ceux du ministère, qu'ils aillent d'abord réduire les fraudes fiscales."
Ce qui fait que pour beaucoup de commerçants et en dehors de la sphère commerciale, cette nouvelle sortie des gouvernants n'est que de la diversion, avec des arrière-pensées que tout le monde devine ou pressent. Peut-être les seuls qui se diront satisfaits sont les vendeurs et fabricants d'enseignes.

D. LOUKIL
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