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Quand j'ai pris ma retraite, je me suis retrouvé face à moi-même: je ne savais rien faire de mes dix doigts et le temps finit par me paraître plus long que pendant la période où j'exerçais une activité rémunérée. Las de regarder la télévision le soir et les pigeons du boulevard le jour, je décidai de chercher un boulot qui correspondait à mes capacités. C'est ainsi que j'acceptai la proposition de donner des cours d'histoire et de géographie dans un établissement d'enseignement privé. Les cours étaient en français bien sûr. Après un trimestre éreintant, vint le moment de recevoir les parents d'élèves qui voulaient discuter avec les enseignants sur le travail de leur progéniture. Il faut préciser en passant, que les parents étaient dans leur grande majorité des commerçants avisés qui ne regardaient pas à la dépense quand il s'agissait de donner à leurs héritiers une base solide pour un bon départ dans la vie. Et il faut ajouter que lesdits héritiers ne se souciaient guère de leur avenir puisque le papa avait des sous. Un jour, un bon père, inquiet des notes de son rejeton s'ouvrit à moi: «Dîtes-moi, Monsieur, ce que je dois faire pour que mon fils apprenne correctement le français et qu'il puisse acquérir des connaissances générales utiles.» Je lui répondis que la lecture est une condition sine qua non pour que l'élève assimile le vocabulaire et la syntaxe.La lecture de romans et de poésies est la plus indiquée. En outre, il lui faut un environnement francophone: qu'il ne regarde que les émissions en français et qu'il n'écoute que les chansons de qualité, les chansons à texte. Emmenez-le visiter des musées et proposez-lui une activité enrichissante comme la philatélie, par exemple.
La philatélie ne revient pas cher et oblige l'enfant à devenir attentif et soigneux. C'est une activité bien particulière: elle commence par simple curiosité, puis elle grossit, enfle, jusqu'à devenir une passion dévorante. Je vous en parle car je la connais bien. Tout a commencé quand, en 1962, je reçus une petite boîte métallique pleine de timbres oblitérés et représentant Marianne, symbole de la République française. Il y avait aussi Cérès, la Semeuse, et beaucoup de personnages que je ne connaissais point encore.
Puis, un jour, dans un ouvrage de bandes dessinées, je découvris une publicité d'une société qui vendait des timbres par correspondance. Pour cinq dinars de 1963, je reçus cinq cents timbres divers qui ne devaient avoir alors aucune valeur philatélique. Mais, c'était une riche collection d'images. C'étaient des reproductions de la guerre civile chinoise, des séries de magnifiques lépidoptères, des héros, des savants, des écrivains, des oiseaux exotiques, des blasons de villes aux noms lointains... Je me suis soudain aperçu que mes connaissances en histoire, en géographie et en sciences augmentaient en même temps que gonflait ma collection de timbres. C'est simple: un nom inconnu me poussait illico à consulter le Larousse ou le Quid. Et de fil en aiguille, un nom en appelant un autre, une date faisant ressortir des événements qui faisaient référence à d'autres noms, je me trouvais embarqué dans une recherche en spirale qui n'avait ni début ni fin. C'est ainsi que j'ai approfondi mes connaissances dans l'Histoire de France, j'ai pu apprendre à déchiffrer les caractères cyrilliques, contempler les merveilles du monde, posséder les reproductions des tableaux de grands maîtres, me familiariser avec les monnaies étrangères, mesurer les effets de l'inflation grâce au prix des timbres, juger le régime d'un pays à travers ses multiples éditions philatéliques.
J'ai pu, ainsi, connaître les têtes des dictateurs africains, passés et présents.
J'ai pu mesurer le culte de la personnalité en vigueur dans certains régimes, apprécié les diverses campagnes de guerre ou de paix. J'ai appris beaucoup grâce aux timbres. J'espère, toutefois, que mes petits-enfants connaîtront l'histoire de leur pays grâce aux timbres.
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