Oran - Revue de Presse

Crise russo-géorgienne : l'Europe piégée



Comme dans un jeu d'échecs, Russes et Américains avancent leurs pions dans le Caucase. La France joue, au nom de l'UE, à l'arbitre. Faudrait qu'elle maîtrise les règles du jeu... qui se déroule à ses portes.

Ce qui devait arriver, arriva. La crise autour de l'Ossétie du Sud a fini par aspirer vers le « centre du cyclone » l'Union européenne (UE). Les USA, dont certains analystes politiques disent qu'ils ne sont pas si étrangers que ça à son enclenchement, observent et se préparent à en tirer des profits conséquents, géostratégiques et économiques s'entend. Car, à bien y regarder, la Russie est européenne. Et la décision prise par l'UE le 1er septembre dernier de geler l'Accord de partenariat et de coopération (ACP) en vigueur depuis janvier 1997, contrairement aux apparences, pénalise plus ses intérêts que ceux des Russes. Le ministre des AE de Russie l'avait rappelé le soir même de son annonce. Par ailleurs, l'agenda européen, qui affichait sous cette présidence française plus d'une ambition telles le lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM) ; l'entrée en vigueur du nouveau traité de Lisbonne en 2009 ; la lutte contre le réchauffement climatique ; la baisse de la TVA et surtout le paquet énergétique, est pratiquement à l'arrêt. Dire que le Conseil européen du 6 juin sous présidence slovène, consacré à la sécurité énergétique de l'UE, avait abouti à un compromis entre la Commission et la minorité de blocage ainsi que les réserves du Parlement européen (PE), pour laisser aux soins à la présidence française un probable accord. Sachant sa très grande dépendance de la Russie en ce domaine, l'UE a pris un sérieux risque en décidant le gel de son partenariat avec Moscou. Quand l'UE annonce elle-même qu'elle dépendra à hauteur de 70 % pour son énergie de Moscou à l'orée de 2020, il y a de quoi s'interroger sur sa décision précipitée d'entrer en confrontation directe avec la Russie. C'est bien le cas, puisque d'emblée, l'UE avait mis tous les torts du côté de Moscou au lendemain de l'éclatement de la crise ossète le 8 août dernier. Pire, l'UE s'était rangée, immédiatement, sur la position américaine, sans avoir pris le temps de prendre connaissance de la réalité sur le terrain ossète. Le cessez-le-feu et l'accord en six points que Sarkozy a négocié, au nom de l'UE, à Moscou et Tbilissi le 12 août, est respecté par les deux belligérants. Reste son interprétation, notamment son point six. Le Kremlin estime qu'il ne retirera ses troupes des postes avancés en territoire géorgien qu'après l'arrivée des 200 soldats européens aux côtés de ceux mandatés par l'ONU et l'OSCE en zone d'interposition. L'UE pense que les Russes devaient se retirer dès le lendemain de la signature de l'accord en six points. Aussi, la visite de Nicolas Sarkozy, ce lundi à Moscou et Tbilissi ne fléchira pas la détermination russe si elle n'engage l'UE à plus de modération et moins d'impartialité dans ce conflit qui se déroule, ne l'oublions pas, à ses portes. Il sera difficile à Sarkozy d'expliquer la présence de navires de guerre américains de la 6ème flotte dans le port géorgien. De même, il lui faudra faire l'équilibre au sein de l'UE entre les partisans à plus de fermeté contre Moscou (Pologne, Angleterre...) et ceux plus modérés (Allemagne, France...). L'urgence à trouver un accord qui satisfasse tout le monde est dans l'intérêt de l'Europe comme dans celui de la Russie. D'autant plus que la situation politique se dégrade en Ukraine, l'autre enjeu dans lequel sont engagés les USA. Ce qui fait dire à certains analystes que la crise au Caucase exprime plus un bras de fer entre la Russie et les USA par Europe interposée. Cette Europe qui a des rendez-vous au Sommet d'ici décembre avec l'Afrique du Sud, l'Ukraine, la Chine, l'Inde et la... Russie, saura-t-elle gagner en crédibilité avec autant de handicaps politiques ? Saura-t-elle comprendre les vrais enjeux de la paix mondiale sur lesquels elle est née et s'est construite ?


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