On s'accorde à
valoir - au sein des vivifiants auditoires - l'idée que l'homme est rentré dans
l'histoire le jour où, pour les besoins de son savoir, il a apprivoisé l'acte
cultuel et culturel de l'écriture «C'est Lui qui a fait de la plume un moyen du
savoir. Et qui a enseigné à l'homme ce qu'il ignorait»2. Ce moyen de
communication, qui connut plusieurs adaptations, allait lui permettre de léguer
ses traces en racontant l'histoire de son temps et son espace.
L'écriture
devient ainsi un besoin comme l'oxygène respiré, une façon de s'exprimer pour
déchiqueter les bâillons, une manière d'extérioriser l'éruption à répétition de
ces volcans qui le rongent et dérangent. Mais tout aussi une aventure de
pénétration au sein des voies de l'homme et du seigneur. Ecrire sur la société,
sur l'homme - l'être pensant et angoissant - n'est ce pas traiter d'une
question générale qui est liée à la foi, à l'engagement et à la conscience de
la plume «Quiconque parmi vous voit un acte détestable, qu'il essaie de le
changer avec sa main, et à défaut avec sa langue, sinon, et c'est dans le pire
des cas, avec son cÅ“ur»3.
Ainsi, c'est en
s'aventurant à travers les merveilles de son esprit en vrai anthropologue, en
fouillant les grottes de son âme tel un archéologue, en essayant de décoder les
énigmes labyrinthiques caractérisant la toile de son comportement comme un
psychanalyste d'épilogues, que l'homme est arrivé, ou du moins a approché - vous l'approuvez ! - la connaissance d'une
humanité, dos au mur des susceptibilités, battant Sisyphement
le pavé.
Les étalages
poussiéreux des bibliothèques tant universelles que personnelles
«n'emprisonnent-elles» pas toute la sagesse nécessaire à l'éveil d'un être
piétinant pathologiquement, à chacun de ses croisements biologiques, sur les
trottoirs de l'ère préhistorique. Un perpétuel recommencement d'un cercle
infernal, depuis l'irréparable voire fatale tentation de la pomme maudite et le
fratricide de Caïn sur Abel… ! N'est-il pas encore temps, à l'aube de ce
tumultueux troisième millénaire - exception faite, vous en convenez, d'un
illuminant calendrier grec non comptabilisé ! -, d'une conscience collective à
même de le hisser, de ses bas fonds, vers la Cité Idéale
?
L'encre coulant à
flot, telle une source inépuisable, depuis les rouleaux d'Abraham et de Moïse4
et les textes platoniciens et aristotéliciens jusqu'aux derniers cris ricochant
entre les colonnes journalistiques, a-t-elle simplement irrigué des pages
blanches, lesquelles, une fois séchées, se transforment - monotonie du
désÅ“uvrement oblige ! - tel un légendaire tigre des Indes métamorphosé en une
banale peau desséchée, servant de tapis essuie-pieds !
N'est-il pas
visible et accessible, quoique « Les plus beaux mots du monde ne sont que des
sons inutiles si vous ne pouvez pas les comprendre»5, un marché de mots contre
tous les maux qui s'étale devant des nez agrippés dans leurs nids en ne
scrutant que les becquées de pizzerias et fastfoods…Ecriture
de mémoires prévenant des déboires en ouvrant des fenêtres d'espoirs, écriture
de milles et une nuits sortant l'imagination de son puits, écriture de lettres
persanes osant démasquer des hyènes en soutane, écriture de contrat social
contre les risques des vandales - consultations BENSALAH and
Co obligent ! - écriture de «j'accuse» débusquant les
dubitatives mises…de quoi inonder plus d'un salon de tartes à plusieurs cerises
!
Faut-il vivre en
ermite ou se résigner à écrire sur les délices des marmites ? Et ces
«malheureux» intellectuels, aux parcours conflictuels, atteints de
claviomanie6, doivent-ils écrire sur les papillons en voie de disparition ou
sur les «Bouchers» des Balkans - sous réserve des révélations d'un Ratko Mladic pouvant déplumer un coq de quota ou noircir
d'un iota une icone tachée par «la noire» de DSK -,
de Sabra et Chatilla ou sur «l'insignifiant» génocide
de Ghaza … ? Ou écrit-on, en
«Bourgeois Gentilhomme», des livres brochés en cuir doré pour décorer l'acajou
des bibliothèques Louis XIV ou des brûlots journalistiques refroidis en tant
qu'emballage des sardines… !?
Désormais,
puisque «Chaque ligne d'écriture est un fil tendu entre la vie et la mort»7 en
dehors du chevet de l'héritier de Martin Luther King, «désenchanté» tant par l'AIPAC que par son Congress, «Pour
qui sonne le Glas» de l'écriture ? Cette dernière, contraire à ses créateurs au
sang mortel, qui est divinement pourvue du don homérique à la résonnance éternelle, galopera, détachée des rênes de son maitre «panthéonné», à travers
des prairies blanches les irriguant de son encre noire sempiternelle, et
tintera avec les cris de sa cloche sur les dômes des chercheurs et à partir des
minarets des lecteurs…
Avons-nous,
éphémères que nous sommes, la possibilité de percevoir les retentissements de
cette écriture qui est «la seule forme parfaite du temps»8, quand bien même
nous collerions nos oreilles, tels des indiens sur les rails guettant le cheval
de fer, sur les pierres tombales pour déceler une communication d'outre-tombe
!? Et avons-nous les capacités de placer sur orbite des cris intemporels qui
résonneraient dans le silence de notre immanquable absence !?
En voici des
cris, comme dans tant d'écrits, dont la sonorité a épris plus d'un esprit :
J'aime la roche
solennelle
D'où j'entends la
plainte éternelle,
Sans trêve comme
le remords,
Toujours
renaissant dans les ombres,
Des vagues sur
les écueils sombres,
Des mères sur
leurs enfants morts9.
(…)
Ces âmes que tu
rappelles,
Mon cœur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc
s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?10
*Universitaire
Notes :
1-
Coran, S 96, V 4, 5
2-
Jean-Michel Maulpoix, « Un dimanche après-midi dans
la tête », Éditions P.O.L. 1984. p. 11
3-
Hadith Charif
4-
« Ces vérités se trouvent déjà inscrites dans les Écritures anciennes. Dans les
rouleaux d'Abraham et de Moïse. » S 87, V 18, 19
5-
Citation d'Anatole France
6-
Pathologie se définissant par cette manie « maladive » d'avoir constamment les
doigts sur le clavier, en quête d'un papier…
7-
Jean-Marie Laclavetine, Extrait de « Première Ligne
», Éditions Gallimard. 1999
8-
J.M.G. Le Clézio, Extrait de « L'Extase matérielle »,
Éditions Gallimard. 1967
9-
Victor Hugo, dernière strophe du poème « Puisque le juste est dans l'abîme »
10-Victor
Hugo, première strophe
du poème « A des
âmes envolées »
-
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Posté par : sofiane
Ecrit par : B Khelfaoui *
Source : www.lequotidien-oran.com