Un accord de partenariat entre le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) et la Fondation Moufdi Zakaria a été signé, jeudi dernier, en marge d'une rencontre organisée en hommage au poète et à l'intellectuel originaire du Mzab.Djillali El Mestari, directeur du CRASC, rappelle que Moufdi Zakaria (1908-1977) dont l'aura dépasse sa ville natale Ghardaïa, n'a pas écrit uniquement pour l'Algérie mais aussi pour tout le Maghreb.
«Il a eu, dit-il, l'occasion de donner son avis sur les caractéristiques de sa région, son histoire, le particularisme du rite ibadite dont il est lui-même issu et on peut considérer, à juste titre, qu'il a produit des réflexions philosophiques sur cette question mais ses préoccupations intellectuelles vont bien au-delà».
Djillali El Mestari rappelle que l'instance qu'il dirige et qui s'intéresse aussi à cette ville, inscrit ses réflexions et ses recherches dans l'ensemble de l'espace maghrébin pour étudier l'imaginaire, l'histoire culturelle et l'histoire sociale de cette vaste et riche région du monde.
Ancien ministre de l'Education et de la Culture dans les années 1990, Slimane Cheikh, fils du poète et président de la Fondation, considère que cet accord inaugure une collaboration qui permettra d'aller au-delà de ce qui a été déjà effectué pour explorer d'autres aspects qui viendront enrichir un parcours déjà hors du commun.
«On connaît Moufdi Zakaria par ses surnoms : poète du Maghreb, poète de la Révolution algérienne ou auteur du texte de l'hymne national, et ses travaux sont listés mais il reste à explorer d'autres pistes en rassemblant ses écrits de presse, ses collaborations radiophoniques ou les correspondances qu'il a entretenues avec ses amis et ses proches».
C'est le cas précis d'une lettre envoyée à son père le 14 juillet 1922 alors qu'il n'avait que 14 ans et dans laquelle le jeune Zekri (c'est son vrai prénom, Cheikh étant le patronyme car Moufdi est un surnom) lui demande, arguments à l'appui, de le laisser poursuive ses études contre l'avis de son frère aîné qui souhaitait son retour pour l'aider à s'occuper du commerce familial à Annaba.
Pour rappel, Zekri a vécu à Beni Izguen jusqu'à l'âge de 7 ans. Il rejoindra son père qui tient un commerce à Annaba pour un temps mais retourne peu de temps après dans sa région natale. Tout de suite après, son père accepte qu'il fasse partie d'une délégation du Mzab qui se rend en Tunisie.
Ayant déjà entamé une scolarité traditionnelle (école coranique) chez lui, il est d'abord inscrit à l'école Es-Salam (études en arabe et français) pour deux années, le temps d'obtenir à 10 ans le certificat d'études primaires.
Il passe ensuite à l'école El Khaldounia avant de rallier la fameuse université Ez-Zeytouna. Il doit sa culture politique à son oncle Salah Benyahia qui est l'un des fondateurs, en 1913, du Parti Destourien Libre de Tunisie.
En 1925, il rédige un poème émouvant en soutien à la révolution du Rif marocain menée par Abdelkrim El Khettabi. «La lettre rédigée en 1922 est un point de départ qui démontre déjà la force de ses convictions et où on perçoit cette révolte contre la famille mais en même temps un profond respect notamment à l'égard du père», explique Slimane Cheikh qui s'est donné la peine de lire l'intégralité de la missive. Zekri fait l'éloge du savoir en considérant d'emblée que «c'est l'ignorance qui a fait que nous soyons devenus des esclaves».
Il s'érige contre les différences : «Sont-ils (les Européens) humains et nous des pierres '» s'interroge-t-il face à la situation de domination de l'époque. «L'argent, c'est bien, mais le savoir, c'est mieux !» s'insurge-t-il également pour montrer sa détermination. Les organisateurs ont mis l'accent sur cet aspect de la rencontre car, parmi l'assistance, la présence de plusieurs élèves d'établissements scolaires était remarquable.
Secrétaire général de la Fondation, Djaber Baamara s'est exprimé de son côté pour donner un aperçu sur les activités de cette instance créée en 2001 par les membres de la famille ainsi que nombre de personnalités du monde de la culture.
Le film projeté à l'occasion a été réalisé en 2007 par Salid Oulmi dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe». Il retrace le parcours de Moufdi Zakaria à travers beaucoup de témoignages dont justement ceux de nombreux chercheurs mais aussi de personnalités tunisiennes et marocaines.
Célèbre aussi pour la qualité de ses déclamations, Moufdi Zakaria, le grand nationaliste, plante lui-même le décor au début du film en s'affichant d'emblée citoyen d'Afrique du Nord, le rêve exprimé à une époque où tous les Maghrébins étaient sous domination et souhaitaient s'émanciper tous ensemble.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com