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Consultations pour une impasse



Consultations pour une impasse
Dans le système algérien, les réformes politiques subissent le même sort que les élections : le pouvoir opte pour le passage en force. La réélection à la présidence de la République a été opérée sans coup férir en avril dernier et les consultations politiques pour la révision constitutionnelle ont été conclues, la semaine dernière, avec une autosatisfaction non dissimulée. En adepte invétéré des chiffres, le directeur de cabinet de la Présidence, Ahmed Ouyahia, a présenté un bilan arithmétique de son chantier estival portant sur la collecte des propositions d'amendement de la Constitution.Un observateur étranger ignorant les réalités algériennes croirait à un dialogue politique incroyablement consensuel. Selon le maître d'?uvre de ce round des consultations, les formations politiques ayant répondu à l'invitation présidentielle représentent 80% des membres du Parlement et 90% des élus aux assemblées locales. Autant dire que c'est l'écrasante majorité de la classe politique et de la représentation populaire qui a accompagné les autorités centrales dans cette énième trituration de la Loi fondamentale.La seule cohérence dans la démarche du pouvoir est la continuité dans la manipulation des chiffres, des statistiques sur le taux de chômage jusqu'au bilan du dialogue politique en passant naturellement par les résultats des élections, même les plus déterminantes pour l'avenir du pays comme le scrutin présidentiel. Ces équivalences hasardeuses tentant d'établir le caractère «consensuel» de la réforme constitutionnelle ne montrent en vérité que l'étendue de la sous-représentation de la population au sein des institutions et l'ostracisme des forces politiques les plus agissantes au sein de la société. Ce nouveau coup de force dans la conception et la conduite des consultations ne place pas moins le pouvoir dans une nouvelle impasse.Que vont faire les décideurs des nombreuses propositions d'amendement formulées et quelle autorité va s'occuper de l'élaboration de la mouture finale du projet de la nouvelle Constitution ' Dans les arcanes du pouvoir, il y aura sans doute du sport dans les prochains jours ou semaines pour dégager l'équipe qui décidera de ce qui est bon pour l'Algérie et les Algériens. Le vrai dialogue continue à se dérouler au sein du régime et non dans les cérémonials publics dominés par l'aspect quantitatif, aussi bien dans la participation que dans les propositions.Ces consultations qui se poursuivent intra-muros sont plus porteuses de risques que de perspectives de dépassement de la crise politique. Si les institutions pérennes de l'Etat sont «phagocytées» par des réseaux d'intérêt, comme l'affirme l'une des personnalités politiques ayant une connaissance et un long parcours au sein du système, il y a matière à s'inquiéter sur la suite des événements dans la vie nationale. Parce que, à ce moment-là, les groupes d'intérêt qui ont prospéré à l'ombre ou au sein du pouvoir seront passés de la corruption ordinaire à un contrôle fatal des leviers politiques de l'Etat.


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