
Il y a quelques jours, les participants au festival du film arabe ont été invités à une «waâda», célébration rituelle d'un saint de la périphérie d'Oran, la ville qui abrite la manifestation. Encadrés par un impressionnant dispositif de sécurité que l'ENTV a réussi à camoufler en faisant appel à son génie, toujours infaillible pour ces (bonnes) causes-là, les stars du cinéma arabe hôtes d'El Bahia ont longuement savouré leur récréation chez le petit peuple.Mobilisé à l'occasion pour offrir un moment d'exotisme à des artistes sans doute lassés du faste des palaces oranais, leurs restaurants guindés et leurs salons insonores, le «petit peuple» de la zaouïa en question a manifestement été à la hauteurs de ce qui était attendu de lui.Donner l'image d'un pays profond riche dans son terroir, généreux dans ses traditions et surtout heureux de vivre dans la joie et la décontraction. Il faut dire qu'on n'y a pas été de main morte, on a même révolutionné la waâda d'habitude si stricte et désespérément «masculin pluriel», du moins dans ses manifestations les plus visibles. Mais là, on a chanté et dansé, les femmes ont mis de la liberté dans leur corps et l'ambiance a déserté ses cantonnements habituels.Au point où des habitués de la manifestation ont dû se demander s'ils ne se sont pas trompés d'endroit. D'ouest en est, ceux qui étaient présents à l'hommage rendu à Warda dans la foulée de «Constantine, capitale de la culture arabe» n'ont pas dû se poser de questions. Et pour cause, ils savaient à quoi s'en tenir dans cette salle flambant neuf où les invités étaient triés sur le volet.Ministres, chefs de partis, militaires de haut rang et autres «personnalités» ont été convoqués pour un hommage où il a été rarement question de Warda, de son talent, de son parcours de femme, de ses déchirures intimes et de ses quelques travers humains. Une soirée éreintante où il fallait faire preuve d'une sacrée dose de patience pour aller au bout.Des interminables diatribes d'une animatrice qui a avalé un disque dur aux turpitudes de la «récup», d'un documentaire de prés d'une heure aux salamalecs épuisants, on a fini par déshumaniser une artiste qui mérite sans doute mieux, avec moins de flonflons et plus de vérité. Mais ce serait peut-être trop attendre en la circonstance.De «Constantine, capitale de la culture arabe» qui est à la culture ce que les braderies sont à l'économie comme des «hommages» qui nourrissent la mauvaise conscience faute d'entretenir la mémoire. Pendant qu'on «festivalise» à l'est et à l'ouest, à Alger, c'est la «Journée de l'artiste» qui a fait son show.Il fallait les voir, ses braves chevaliers des arts et de la culture jubiler à l'idée de pouvoir enfin? prendre leur retraite ! Visiblement aux anges d'avoir en main le carton de sécurité sociale que le ministère a daigné leur accorder, ils remercient, s'émeuvent faute d'émouvoir et nous font partager leur bonheur d'être enfin à «l'abri du besoin» pour leurs vieux jours. Ils doivent être nombreux, à l'utiliser tout de suite, ce carton.Puisque la pension de retraite suffit manifestement à leur quiétude. On pensait qu'ils voulaient travailler mais pour cela, il faudrait beaucoup de choses, des infrastructures, des écoles d'art, de la liberté de création et d'expression? enfin une vraie politique culturelle. Autant dire que c'est une autre histoire.Slimane Laouari
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com