Depuis le 9 juillet 2019, l'Algérie se trouve dans une situation inédite ou différents constitutionnalistes ont des vues contradictoires : pour les uns étant dans l'inconstitutionnalité, pour d'autres la prolongation du mandant de l'actuel chef de l'Etat rentrant dans le cadre d'une interprétation extensive de la constitution afin d'éviter le vide constitutionnel. Quelque soit les positions, la situation est très grave pouvant affecter tant les relations internationales politique et économique de l'Algérie, qu'un divorce Etat-citoyens au niveau interne. Je considère que le dialogue avec la réelle composante de la société et non de segments de la rente, est l'outil par excellence de la bonne gouvernance. Car, pour l'Algérie avec les tensions budgétaires 2019/2020/2025, l'on devra éviter les solutions de facilité, résoudre rapidement la crise politique.L'Algérie s'étend sur 2 380 000 km2 dont 2100 000 km2 d'espace saharien. La densité paraît faible, mais les 9/10e de la population sont concentrés sur les terres du Nord. Sa situation géographique est stratégique : en face de l'Europe, côtoyant la Tunisie, l'Atlantique Maroc/Mauritanie, la Libye, le Mali et le Niger comme point d'appui de l'Afrique sub-saharienne. L'objectif stratégique horizon 2018/2020/2030 est d'éviter que plus de 95% de la population vivent sur moins de 10% du territoire et avoir une autre vision de l'aménagement de l'espace. Nous assistons, hélas, à des constructions anarchiques avec le manque d'homogénéisation dans le mode architectural, un taux accéléré d'urbanisation avec des bidonvilles autour des grandes villes, avec le risque de l'extension de nouvelles formes de violence à travers le banditisme et de maux sociaux comme la drogue et la prostitution avec de vives tensions sociales. Je renouvelle ma proposition le 04 novembre 2014 (que de pertes de temps, du fait de l'illusion de la rente éternelle de certains responsables), lors de la conférence sur l'Industrie devant l'ex-Premier ministre et les membres de son gouvernement, de créer un comité de suivi des décisions de tout dialogue économique et social, confié au Conseil économique et social (Cnes) rénové dont la composante n'a pas été renouvelée depuis plus de 20 ans.
Ce lieu de dialogue au sein du Cnes, servant comme le stipule la nouvelle constitution, "de Conseil" pour la présidence et le gouvernement, devra être souple, débureaucratisé, composé des représentants de départements ministériels, des meilleurs experts algériens de différentes sensibilités, du patronat et de syndicats représentatifs, il sera chargé de faire le constat et des propositions concrètes. Ce Comité doit être conçu comme une institution de contrôle des décisions prises, appartenant au gouvernement de venir avec un plan stratégique cohérent pour convaincre les partenaires économiques sociaux, quitte à introduire des corrections émises par les partenaires, grâce à un véritable dialogue social élargi aux forces vives de la société. Le langage de la vérité doit guider tout responsable, étant un signe de la bonne gouvernance au vu de la situation financière difficile que traverse le pays, mais devant éviter la sinistrose et le dénigrement gratuit, mais également toute autosatisfaction déconnectée des réalités par des discours démagogiques. Personne n'a le monopole du nationalisme et de la vérité, tous les Algériennes et Algériens espérant un avenir prospère pour l'Algérie.
Le plus grand ignorant est celui qui croit tout savoir, devant être animé par la critique positive et favoriser les débats productifs tenant compte de nos différentes sensibilités, en un mot être respectueux des idées d'autrui grâce à la tolérance. C'est dans ce cadre qu'il faille avoir une vision stratégique, au moment où d'importantes mutations géostratégiques couplées aux nouvelles mutations mondiales qui s'annoncent au niveau de notre région, devant éviter à tout prix un pilotage vue. L'on devra éviter que sous le faux alibi de dialogue économique et social avec toujours la même composante depuis plus de 25 ans soit un lieu de redistribution de la rente, parts de marché et avantages divers supportés par le Trésor public de ceux présents via la dépense publique, en fonction d'intérêts étroits. Il serait souhaitable de convier d'autres organisations syndicales Cutonomes avec lesquelles notamment les ministres du Travail, de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Santé sont déjà en contacts permanents.
La composante est la même depuis plus de deux décennies alors que l'environnement économique et social algérien a profondément changé, ce qui explique que les anciennes Tripartites ont eu peu d'effets face aux tensions sociales. D'autres forces sociales et économiques sont apparues depuis, devant en tenir compte, faute de quoi cela s'apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui-même, sans impact pour la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux. Aussi, le pouvoir doit se démarquer d'une vision culturelle largement dépassée des années 1970, tant sur le plan politique, économique qu'en matière diplomatique. Nous sommes en 2019 avec des mutations géostratégiques considérables horizon 2020/2030 qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques. On ne relance pas l'activité économique par décret ou des lois d'investissement sans objectifs, vision de la mentalité bureaucratique, devant tenir compte de la transformation du monde : combien de commissions et de codes d'investissement depuis l'indépendance.
C'est l'entreprise publique et privée libérée de toutes les contraintes d'environnement (la liberté d'entreprendre avec un rôle stratégique à l'Etat régulateur fort, mais fort de sa moralité), et son fondement, le savoir, au sein d'une économie de plus en plus mondialisée à travers des stratégies de segments de filières internationalisées que l'Algérie peut créer une économie productive à forte valeur ajoutée. S'offre deux solutions pour le gouvernement à court terme : soit le déficit budgétaire avec l'inévitable dévaluation du dinar dont la valeur est corrélée à 70% aux réserves de change via la rente des hydrocarbures; soit réduire les dépenses de fonctionnement (dé-bureaucratisation) et mieux gérer les dépenses d'équipements en ciblant les segments à valeur ajoutée réelle, devant assouplir la règle des 49/51%,aux filières non stratégiques qui contrairement aux faux discours nationalistes où l'Algérie supporte tous le surcoûts, est à l'origine de rente de situation , n'ayant pas permis depuis son instauration en 2009, la baisse de la valeur des importations qui ont doublé. Dans ce cadre.
3. Réformes politiques et économiques ou régression
L'Algérie souffre actuellement d'une crise de gouvernance et non d'une crise financière. Mais cette crise de gouvernance risque de se transformer si elle se maintient 2021/2022, en crise financière, économique et politique avec le risque d'une déstabilisation régionale. Comme je viens de le souligner dans une interview à Jeune Afrique (Paris France) le 24 juin 2019, une longue période de transition que certains proposent, le temps ne se rattrapant jamais en économie, conduira à la régression économique et sociale avec des réserves de change tendant vers zéro et le retour à la tutelle du FMI dans moins de deux ans. Comme conséquence, nous aurons des incidences géostratégiques, politiques, sécuritaires, sociales et économiques aboutissant à une déstabilisation de l'Algérie : car ne soyons pas utopiques, les lois économiques sont insensibles aux slogans politiques.
Pour dépasser l'entropie actuelle, il est temps de mettre une stratégie fiable pour pouvoir transformer la richesse virtuelle ?hydrocarbures- en richesses réelles. Restreindre uniquement les importations sans vision stratégique d'une relance hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales (cout/qualité) revient à différer les tensions terme sans résoudre les problèmes du développement de l'Algérie, tout en accroissant les rentes de situation et la corruption, en plus du risque inflationniste, nous conduisant au même scénario qu'en 1994. Je rappelle que les importations de biens, de services et de transferts légaux de capitaux se sont chiffrés entre 56/ 60 milliards de dollars entre 2015/2018, avec des recettes en devises ayant fluctué entre 29/39 milliards de dollars (98% provenant des hydrocarbures avec leurs dérivées), durant la même période, fonction du cours sur le marché international des hydrocarbures et non d'une bonne gestion interne.
Durant la période à venir 2019/2020/2025, il y aura de vives tensions budgétaires, devant mobiliser les Algériens en leur tenant un langage de vérité. Parmi ces mesures, il s'agira de lutter contre les transferts illicites de capitaux, la corruption, la mauvaise gestion, d'investir dans la ressource humaine de qualité, dans les institutions démocratiques et cibler le système des subventions qui représente un tiers du budget, et dont je considère qu'il est "injuste", dans la mesure, où «celui qui perçoit 50 millions de centimes en bénéficie au même titre que celui qui touche 2 millions de centimes. Il s ?agira d'éviter de toucher à l'autonomie de la Banque d'Algérie, pilier de la gestion monétaire, dépendante selon la Loi, non du gouvernement mais de la présidence de la République, la poussant à l'émission monétaire incontrôlée (planche à billets). Cela ne peut que conduire à des tensions inflationnistes incontrôlées et donc des tensions sociales (nivellement par le bas des couches moyennes) sans résoudre les problèmes économiques qui suppose de profondes réformes structurelles.
L'Algérie se retrouverait au même scénario vénézuélien, pays en faillite bien plus riche que l'Algérie (300 milliards de barils en pétrole certes lourd contre 10 pour l'Algérie). La situation politique et économique actuelle en ce mois de juillet 2019 est complexe avec une population qui dépasse 42 millions d'habitants et qu'il faille créer 300.000/350.000 emplois par an qui s ?ajoutent au taux de chômage actuel. L'Algérie, pays à fortes potentialités acteur déterminant de la stabilité de la région, a besoin d'une stratégie d'adaptation, étant une question de sécurité nationale, face aux nouvelles mutations mondiales et énergétiques avec l'avènement de la quatrième révolution économique qui se fondera essentiellement sur l'économie de la connaissance à travers le digital et l'intelligence artificielle.
Le développent futur de l'Algérie pose la problématique des relations dialectiques, rente/Etat/marché, afin de réaliser tant la transition tant énergétique (Mix) que la transition économique liant efficacité économique et une profonde justice sociale qui n'est pas l'antinomie de l'efficacité permettant de mieux mobilier la population par un sacrifice partagé, renvoyant à la nécessaire moralité de ceux qui dirent la Cité. La situation économique actuelle est préoccupante. Selon les données gouvernementales, les réserves de change se contracterait à 62, milliards de dollars en 2019, 47.8 en 2020 et à 33.8 milliards de dollars en 2021, le FMI prévoyant 12 milliards de dollars courant 2022 et ce avant les évènements d'Al Hirak. Pour éviter une crise économique et sociale pire que celle qu'a connue l'Algérie avec le rééchelonnement de 1994, il faut impérativement faire taire nos divergences et privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l'Algérie nécessitant un minimum de consensus économique et social qui ne saurait signifier unanimisme signe de décadence de toute société afin de stabiliser le corps social.
C'est l'unique voie que doivent emprunter les Algériens pour arriver à transcender leurs différends si l'on veut éviter la déstabilisation, ce qu'aucun patriote ne souhaite Aussi, de grands défis attendent l'Algérie, pays à très fortes potentialités, dont toute déstabilisation aurait un impact sur toute la région méditerranéenne et africaine. Rendons hommage tant à notre jeunesse, pleine de vitalité que l'ANP et nos forces de sécurité par leur civisme où toutes les manifestations à travers les 48 wilayas se sont déroulées, excepté quelques cas rares, dans la tranquillité et sérénité, soudant l'unité nationale, loin de la vision régionaliste néfaste et qui ont fait l'admiration du monde.
Pour éviter toute dérive déstabilisatrice, une très grave crise économique avec de nombreux impacts négatifs, il devient urgent d'aller rapidement vers l'élection présidentielle avant la fin de l'année 2019, appartenant au futur président, élu sur la base selon un programme clair d'entamer les véritables réformes politiques et économiques car assis sur la légitimité.
Le dialogue et la tolérance des idées contradictoires productives, le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir, sont les outils par excellence de la bonne gouvernance afin de réaliser les transformations nécessaires afin d'éviter d'isoler l'Algérie de l'arène internationale. Le temps ne se rattrape jamais en économie d'où l'urgence de profondes réformes économiques, politiques, sociales et culturel ce dernier souvent oublié, mais déterminant en ce XXIème siècle, avec pour soubassement le dialogue productif. Il s'agit là de l'unique voie que doivent emprunter les Algériens afin de transcender leurs différence et à trouver de nouvelles raisons de vivre harmonieusement ensemble et de construire le destin exceptionnel que nos glorieux aînés de la génération du 1er Novembre 1954 ont voulu pour eux.
(Suite et fin)
Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités, expert international
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderrahmane Mebtoul
Source : www.lnr-dz.com