Oran

Comment le gouvernement empêche le développement des énergies renouvelables



Comment le gouvernement empêche le développement des énergies renouvelables
Un grand classique en Algérie : le discours officiel dit une chose, la pratique favorise une démarche inverse. Les énergies renouvelables n'échappent à cette mode.En inaugurant, hier à Oran, le Salon des Energies renouvelables, le ministre de l'Energie a répété le discours classique, sur la détermination du gouvernement à encourager l'émergence du renouvelable. Chez M. Salah Khebri, comme chez ses prédécesseurs, le discours est bien rôdé. Il porte sur des programmes à moyen et long termes, avec l'ambition de parvenir à fournir un tiers de la consommation, à l'horizon 2030.Pour le ministère de l'Energie, atteindre cet objectif passe par des étapes, égrenées, de manière routinière, dans les salons et conférences. Un programme de développement des Energies renouvelables a même été validé par le gouvernement, en vue de parvenir, en 2030, à produire 22.000 mégawatts d'énergie solaire. Ce choix devrait, aussi, permettre de préserver les ressources du pays en énergie fossile, en vue d'allonger la durée de vie des gisements et d'augmenter les volumes à exporter.Ce programme est présenté, avec des échéanciers précis, et des organismes dédiés sont chargés de le vulgariser, y compris dans le détail. Ils détaillent, avec beaucoup de soin, ce qui sera produit selon les filières. Le solaire se taille la part du lion, avec près du tiers de la production en énergie renouvelable envisagée, suivi de l'éolien. Dès 2020, il y aura 4.500 mégawatts d'énergie solaire.Grâce à cette effort, le pays pourrait économiser 300 milliards de m3, à l'horizon 2030, ce qui représenterait 8 années de production de gaz ou encore 4 années de production de pétrole.Tout ceci reste, cependant, très hypothétique, et bute sur un obstacle : la gestion gouvernementale de l'Energie, qui constitue, en fait, le principal frein au développement du renouvelable. Ce handicap se traduit par un facteur essentiel : le prix de l'énergie. Les prix en vigueur sont très bas.L'énergie produite à partir du gaz subventionné est cédée à un prix si bas que cela décourage toute volonté d'investir dans de nouveaux créneaux.Selon des chiffres de Sonelgaz, le kilowatt/h produit avec du gaz conventionnel coûterait autour de trois dinars. Selon les calculs d'une société qui commercialise les panneaux solaires, le même kilowatt/h solaire coûterait, aujourd'hui, autour de dix dinars, malgré la baisse significative des prix, durant la dernière décennie. Les panneaux solaires ont baissé de moitié, entre 2010 et 2015, selon des informations fournies par la Banque mondiale. Au coût du solaire, il faut ajouter la lourdeur d'un système de gestion, qui décourage la transition vers les nouvelles énergies. Les démarches sont difficiles, et les partenaires offrent peu de facilités. Comme le marché est encore balbutiant, l'offre reste très limitée, avec des prix très élevés.D'autres pays ont suivi des chemins différents. Inutile de parler du Costa-Rica, qui est sur le point de parvenir à une énergie 100% renouvelable. Selon une publication de la Banque mondiale, le coût de l'énergie solaire se rapproche du seuil de compétition, et il est déjà plus avantageux, dans certains pays, qui ont su s'adapter. Cette évolution a été rendue possible grâce à une baisse sensible des coûts : en Inde, le coût du kilowatt/h est passé de 30 cents de dollar à 8 cents entre 2010 et 2015 (de 30 à 8 dinars).Du coup, cela rend l'énergie solaire compétitive pour certaines utilisations. Ainsi, toujours selon la Banque mondiale, « le coût de revient d'une pompe d'irrigation électrique, fonctionnant au diesel est de 30 cents, contre 8 à 14 cents pour une pompe solaire ». Résultat : « l'énergie solaire devient, lentement mais sûrement, une technologie rentable ».A l'inverse, en Algérie, où le prix de l'énergie conventionnelle est très bas et une énergie solaire encore chère, le particulier, comme l'entreprise, n'a, sur un plan strictement économique, aucun intérêt à s'orienter vers le solaire. Ce qui débouche sur des situations absurdes : des organismes chargés de promouvoir les énergies renouvelables travaillent pour un ministère qui refuse d'utiliser le moyen le plus efficace, à la disposition des pouvoirs publics, les prix.Le gouvernement, qui s'est empêtré dans le dogme des subventions pour acheter la paix sociale, se trouve désarmé. Il est tétanisé dès qu'il est question de subvention. Il n'arrive même pas à envisager des formules simples : Sonelgaz achète du gaz au prix du marché international au moins pour connaître ses vrais coûts de production. Elle le vend à un prix subventionné, et l'Etat paie la différence. Et si Sonelgaz se rend compte que le solaire coûte moins cher, elle peut se lancer dans la filière, avec toutes les retombées industrielles.Un seul obstacle empêche ce type de démarche : un pouvoir qui a imaginé le quatrième mandat ne peut pas envisager une gestion de cette nature.


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