« Comment changer les choses ' », alias le système, l'Algérie, le pays, la nation, le présent, le régime, l'administration, la vie locale. C'est la grande question des élites algériennes depuis des décennies. D'opposition ou de soutien critique au régime. Et depuis des décennies, il s'agit toujours de deux ou trois réponses à efficacité variable car la question est difficile. En 1954, c'était plus simple : comment changer l'Algérie en une Algérie pas française ' Réponse : par les armes. Mais aujourd'hui, on est libre. Et on tourne en rond. Donc pour changer les « choses », les uns disent qu'on ne peut le faire que du « dehors » du système : par l'opposition, la rue ou le maquis. Depuis 1990, les trois ont été tentées, mais en vain : le régime a résisté et s'est même renforcé. Prendre les armes, tue et vous tue, sans tuer le régime. Marcher dans la rue ce n'est pas marcher à El Mouradia. S'opposer, c'est s'user.
L'autre variante dit qu'on doit changer le système de l'intérieur : peu à peu, en investissant les commandes, les télécommandes, les centres de décisions et en assurant au régime une sortie honorable et sans risque pour éviter les violences. C'est la voix consensuelle. Elle est risquée selon certains, comme une plongée dans un trou sans fond et sans prénom : on peut y aller mais ne jamais retrouver le chemin de sortie. Etrange espace qui ralentit le muscle, empêche le son et vous fait oublier la première intention de votre entrée dans la matrice : la changer. Beaucoup y sont allés, peu sont revenus et s'ils reviennent, c'est fatigués, encore plus las et sans os, assis dans leur propre tête et soupirant sans cesse, en comptant les millénaires. Il est dit par beaucoup que le système vous change avant que vous ne le changez.
Troisième voie ' La voie du peuple post 62 : subir, ne se mêler de rien, attendre le jugement dernier, ne rien faire et répéter que cela ne sert à rien de faire l'acte et le geste. Puis, après les heures de travail, renter, ricaner, critiquer, geindre puis prier, manger et dormir puis refaire le chemin inverse. C'est la voie de nos ancêtres entre 1847 et 1954. La voie assise sous le palmier ou l'olivier. Le sentier du genou défait.
Quelle est donc la voie juste ' Au choix et selon le courage ou la conviction et les livres lus ou les coups subis. Celle des armes ou de l'opposition de rue ont peut-être échoué. Celle de l'entrisme est ténébreuse dit-on et mène au reniement ou à la complicité dans le crime ou à la retraite anticipée. « Mais quand les gens comme vous ne veulent pas se porter candidats pour les élections ni agir, que faire ' » lance un jeune, tête de liste du parti de Amara Benyounes à Oran, en face du chroniqueur, avant-hier dans un hôtel de luxe, à Oran. « Je me retrouve avec les pires, les plus ignares, les plus rapaces et les plus pourris qui vont devenir maires, élus, patrons, décideurs. Vous ne voulez rien faire, sous prétexte de combattre le régime et le régime se renforce par vous justement ». Une brève analyse qui a laissé le chroniqueur perplexe. Simpliste ' Peut-être. Faut-il laisser le régime au régime ' Le FLN aux FLNistes d'aujourd'hui ' Faut-il continuer dans la voie de l'assimilation ou celle de la décolonisation ou celle de l'Emir Abd El Kader, premier harrag de notre histoire de défaites et le dernier qui a essayé les trois voies à la fois '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com