Oran - A la une

Chiffres biaisés



Ce que l'on savait depuis longtemps, un professeur de sciences économiques et de management à l'université d'Oran, en l'occurrence Ahmed Bouyacoub, vient de le confirmer à travers une intervention remarquée dans la presse écrite : nous ne disposons pas encore de statistiques fiables à même de mesurer le degré de performance de notre économie nationale et, donc, de prendre les bonnes décisions. Ahmed Bouyacoub l'explique par le fait que les institutions algériennes se basent davantage sur les représentations subjectives que sur des études scientifiques. Ce qui biaise fortement les données et mène à la prise de décisions plus politiques que scientifiques : «En Algérie, de nombreuses institutions ont pris l'habitude de travailler, de préparer des décisions importantes sur la base de perceptions ou de représentations subjectives des faits et non sur la base d'études scientifiques (voir notre contribution) et s'étonnent des résultats obtenus parfois tout à fait contraires aux objectifs fixés.» Ce qui expliquerait, pour une large part, les résultats mitigés de la politique économique du gouvernement, que de nombreux spécialistes et économistes déplorent depuis un certain nombre d'années.En faisant un comparatif entre les données statistiques du Centre national du registre du commerce (Cnrc) et les premiers résultats obtenus par le Recensement économique (RE), réalisé l'année dernière, Ahmed Bouyacoub constate un certain nombre de différences dont celle, de taille, qui concerne le volume des agents économiques : un écart de près de 40% qui jette la suspicion sur la légalité de la moitié des sociétés enregistrées au Cnrc. Et dans le lot des 40%, les secteurs de l'industrie et de la construction trônent en tête avec 60% des entreprises qui n'ont pas été rencontrées sur le terrain par les enquêteurs du RE. «Si ces résultats se confirment, il y a lieu de réviser bon nombre de conclusions sur les créations d'entreprises et sur les dynamiques d'entrepreneurs au cours de cette décennie», prévient l'économiste en s'interrogeant sur ces 616 971 entrepreneurs qui sont partis dans la nature.Ces deux constats, entre autres points soulignés par Bouyacoub, reposent la question centrale de l'ampleur de l'informel et du volume réel des opérateurs économiques qui exercent dans la clandestinité. Tant que l'ensemble des acteurs économiques algériens n'est pas dûment identifié, il est évident que l'économie algérienne ne s'affranchira pas des hydrocarbures ni des importations en tous genres : «Seule cette connaissance fine et précise des principaux paramètres économiques et sociaux permettrait, avec d'autres conditions, d'espérer une gouvernance saine de l'économie, de la société et des villes», conclue l'enseignant en sciences économiques.S. O. A.
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