Une soixantaine d'étudiants qui se trouvaient en Egypte sont arrivés
lundi à l'aéroport Houari Boumediene, à bord d'un vol de la compagnie nationale
Air Algérie, à 21 heures. Les familles des étudiants ont fait le déplacement à
l'aéroport pour accueillir leurs proches. Des femmes ont lancé des «youyous» en
voyant leurs enfants sains et saufs. Les étudiants étaient encore sous le choc
de ce qu'ils venaient de vivre en terre égyptienne. Sans se faire prier, ils
ont commencé, dès leur arrivée, à relater ce qu'ils ont vécu. On le sentait,
ils avaient besoin de parler. Ils en avaient gros sur le coeur, depuis le
fameux match Egypte-Algérie du 14 novembre dernier.
Aïcha et Malika, deux étudiantes
à l'institut d'études arabes et de la recherche du Caire, racontent leur
calvaire et celui vécu par tous les étudiants qui sont actuellement en Egypte.
«Les étudiants algériens sont interdits d'accéder aux universités égyptiennes»,
témoigne Aïcha en ajoutant que des chercheurs algériens en stage en Egypte ont
été pourchassés par les responsables des instituts et des universités. Malika
raconte que même les propriétaires de logements loués n'ont pas hésité à se
joindre à l'hystérie collective en Egypte, en procédant à l'expulsion de leurs
clients algériens sans aucun remboursement.
«Même les commerçants refusent de
vendre quoi que ce soit aux Algériens», relate encore Malika, en soulignant que
ce sont des étudiants palestiniens qui ont volé au secours des étudiants
algériens, notamment pour les achats ou pour les déplacements. «Ce sont nos
amis palestiniens qui nous ont assuré le déplacement du lieu Maâdene jusqu'à
l'aéroport». Selon certains témoignages, les étudiants algériens changent de
quartier et se faisant passer pour des Tunisiens, Marocains, Palestiniens pour
ne pas être agressés.
B.Zerzour, un autre étudiant, a
affirmé qu'il a été contraint de fuir l'Egypte en raison des pressions.
Pourtant, dit-il, «je devais soutenir juste après l'Aïd El-Adha». Ne supportant
plus les comportements de certains Egyptiens et les humiliations, un maître
assistant de l'université Ahmed Khider de Biskra, de retour à Alger, a juré de
ne plus remettre les pieds en Egypte. «Si on déplace La Mecque en Egypte, je
n'accomplirai pas le Hadj», a-t-il indiqué en affirmant qu'il a été jusqu'à
parler le dialecte égyptien de la rue Abdine jusqu'à l'aéroport pour sauver sa
peau. Une étudiante résidant au Caire a affirmé avoir reçu des appels anonymes,
avec menaces de mort et injures contre sa personne et contre l'Algérie, et ce
avant le match du samedi 14 novembre.
Les différents témoignages
recueillis auprès des étudiants font état de harcèlement moral, d'escroquerie
et d'humiliations de chercheurs algériens par des responsables des universités
égyptiennes. Le comble, selon nos interlocuteurs, est que les services de
sécurité égyptiens se contentaient de les recenser seulement en affirmant
qu'ils maîtrisaient le situation. Pour ce qui est des agressions physiques, les
étudiants rencontrés, avant-hier, ont affirmé que certains ont été agressés à
El Djiza, à El Maali, mais sans gravité. Ils ont affirmé que les cas les plus
graves sont ceux de deux étudiants agressés à l'arme blanche par des Egyptiens
au Caire. «Ces derniers sont pris en charge par notre ambassade en Egypte»,
ont-ils affirmé.
Des étudiants coincés au Caire et en Alexandrie
Les étudiants ayant fui l'Egypte
sont porteurs d'un message, plutôt d'un appel aux autorités algériennes pour
aider des étudiants sans ressources à rentrer au pays. «Une quarantaine
d'étudiants sont coincés en Alexandrie», témoigne une étudiante. Elle explique
que certains étudiants n'ont pas les moyens de se payer un billet pour le
moment vu que leur bourse est bloquée pour des procédures de routine. Elle
ajoute que ces étudiants sont dans l'incapacité de se rendre jusqu'à
l'ambassade par peur d'être attaqués. Nos interlocuteurs ont également fait
état d'étudiants coincés à El Maali. «Ils sont à 9 et 10 dans des appartement
loués, après avoir été chassés par certains propriétaires qui leur avaient loué
des appartements. Et avec la peur d'être encore une fois expulsés», relatent
des étudiants encore sous le choc. Et d'affirmer que les étudiants qui sont
encore coincés en Egypte demandent l'intervention des autorités algériennes
pour qu'ils rentrent au pays.
Humiliation à l'aéroport du Caire
Les étudiants arrivés avant-hier
ont affirmé par ailleurs avoir été humiliés par des agents de sécurité de
l'aéroport du Caire. «On a été fouillés, nous et nos bagages à deux reprises»,
ont affirmé Aïcha et Malika en ajoutant que «des agents ont pris nos parfums,
déodorants, dentifrices et même nos brosses à dents». Une mère de famille ayant
accompagné son mari en stage de deux ans a affirmé que des agents de l'aéroport
ont vidé le sac à dos, contenant du chocolat de sa petite fille en la laissant
hurler devant tout le monde, sous prétexte que c'est du chocolat produit en
Egypte ! Une étudiante a témoigné qu'un magasin d'artisanat au sein de
l'aéroport a affiché une pancarte sur laquelle est écrit: «les Algériens sont
interdits d'entrer au magasin».
Un entrepreneur syrien arrivant
du Caire à Alger, a connu le même sort que les Algériens. «Ils m'ont demandé
que vas-tu faire dans ce pays de chiens ? J'ai répondu que l'Algérie est le
pays d'un million et demi de chahids». Il poursuit: «Ils m'ont traité comme les
étudiants algériens en me fouillant. Ils ont même jeté mes bagages et ils m'ont
piqué les objets qui étaient dans ma trousse de toilette». Etonné, il poursuit,
«ils ont même pris mon dentifrice !». Le Syrien a affirmé que «une fois qu'on a
franchi les postes de contrôle, nous avons tous répété ‘Tahya El Djazaïr'».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : M Aziza
Source : www.lequotidien-oran.com