
Par Maurice Tarik Maschino Une expérience intéressante, mais très discutable, se poursuit depuis quelques années dans des écoles de la République allemande, en particulier en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé du pays : les élèves de confession musulmane peuvent suivre des cours de religion, de la même façon qu'élèves catholiques et protestants peuvent approfondir leur connaissance du christianisme. Donnés par des enseignants de nationalité allemande, dont beaucoup sont d'origine turque et généralement diplômés en sociologie et/ou en sciences islamiques, ces cours se font en allemand et se proposent de donner aux élèves une connaissance réfléchie de leur religion. «Les cours de religion ne sont pas des prières, mais des cours de réflexion, dit un enseignant. Ils doivent offrir la possibilité de distinguer entre ce qui relève de la religion et ce qui relève des traditions.»(1) Leur finalité dernière est de protéger les jeunes de toute influence intégriste et de faciliter leur intégration dans la société allemande.
Cet objectif est assurément positif : trop souvent, les croyants mettent au compte d'une religion des traditions qui n'ont aucun rapport avec elle, ou la réduisent à des rites dont ils ignorent la signification, ou encore la considèrent comme un ensemble de dogmes qui échappent à toute discussion, à tout questionnement. A la limite, bien des croyants ne voient dans la religion qu'une somme d'interdits et ne perçoivent pas la spiritualité de son message originel. En ce sens, une approche réfléchie du fait religieux ne peut être que bénéfique pour les élèves.
Leurs familles en tirent également profit : l'existence de cours de religion musulmane dans les écoles publiques allemandes, au même titre que l'existence de cours de religion chrétienne, est perçue par ces familles comme une reconnaissance de leur culture, de leurs valeurs ; elle facilite l'intégration de leurs enfants et il se peut même qu'à la longue, elle modifie le regard que les autres Allemands portent sur l'islam.
Mais est-ce le rôle de l'école d'enseigner une religion ' La question commence à se poser en Allemagne, dans des milieux encore restreints, puisque la laïcité ne figure pas dans la Constitution et que l'Etat n'est pas totalement séparé des églises ' par exemple, il perçoit pour elles un impôt qu'il leur reverse. Des cours de religion n'ont évidemment pas leur place dans les écoles françaises : l'école, dans un pays démocratique, n'a d'autre fonction que de transmettre des connaissances, de développer l'esprit critique, de soumettre toute démarche intellectuelle aux exigences de la seule raison et nullement d'inciter à une approche, même éclairée, de la foi.
Cela dit, l'ignorance de l'islam est telle, dans la société française, que l'on parle, sans avoir le moindre pressentiment des énormités que l'on profère, d'«islam radical», d'«islam modéré», d'«islam à la française», d'«intégrisme musulman» ; la plupart des esprits, dans cette société, sont tellement prévenus que c'est un crime de laisser en jachère, ou envahi de mauvaises herbes, tout ce qui concerne l'islam. Crime contre la connaissance d'abord, crime aussi contre une intégration qu'on appelle de ses v'ux, mais que l'inertie du pouvoir et les préjugés des citoyens rendent impossible ou très difficile, manque total de respect, enfin, à l'égard de ces 3 à 4 millions de musulmans à propos desquels on laisse les médias éructer énormités sur énormités.
Il y a donc urgence, une urgence aussi bien politique et sociale qu'intellectuelle, à porter sur l'islam un regard éclairé, dépourvu assurément de tout prosélytisme, mais ouvert et sympathique. Un regard historique, qui le replacerait dans son contexte et la société où il est né, ferait connaître l'extrême variété de ses penseurs, la richesse de ses philosophes, de ses artistes. Ce n'est certainement pas la tâche du ministère français de l'Education nationale ' encore qu'il pourrait introduire, dans la liste des philosophes qu'on étudie en terminale, tel Pascal, des philosophes musulmans tels Avicenne ou Averroès ' mais c'est assurément l'une des tâches du ministère de la Culture. On ne voit pas pourquoi il n'organiserait pas, sur l'islam et l'âge d'or de la civilisation arabe, des conférences, des débats, des expositions' On dit de la ministre de la Culture, Aurélie Philippetti, qu'elle a l'esprit ouvert. On attend qu'elle le prouve.
1) Libération du 28 septembre.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com