Oran - Revue de Presse

Ces salaires qui ne paient pas



Actuel dans tous les débats et au centre de toutes les agitations, le salaire a parfaitement réussi à reculer dans les oubliettes bien d'autres sujets, jugés comme questions de l'heure. Pouvoir d'achat et cherté de la vie : voilà le couple de l'année le plus dissemblable. « Des fins de mois de plus en plus difficiles. Je suis tout le temps endetté, je n'arrive plus à joindre les deux bouts et je ne sais quoi faire», clamera à qui veut l'entendre Abdelkader, technicien en soins généraux dans un dispensaire et père de 3 enfants. «Avec mes 18.000 dinars/mois, c'est-à-dire 600 dinars par jour, que voulez-vous que je fasse ? Payer le loyer du logement AADL et les diverses charges comme l'électricité, le gaz, se nourrir, le transport, régler les dépenses les plus urgentes comme allez chez le dentiste ou le médecin et d'autres frais encore... la liste est longue». «Pour l'exemple, je vous jure que je n'ai pas encore désespéré de voir ma situation s'améliorer avec la nouvelle grille des salaires dont tout le monde parle mais que nul ne sait sur quoi elle va déboucher. J'ai du lire mille fois des articles de journaux où l'on parle du nouveau barème de l'IRG, du point indiciaire, du nouveau statut, du régime indemnitaire et moi je ne saisis toujours pas quelle sera ma fiche de paie. Mais voilà, moi, j'ai un travail stable, un logement à moi tout seul et une quiétude que beaucoup n'ont pas. Dieu merci, je dois me considérer chanceux par rapport à tous ceux qui ne peuvent même pas s'acheter une baguette de pain, pourvu qu'il y ait la santé et tout le reste importe peu ». L'infirmier nous dira qu'un médecin généraliste, après 7 années d'études supérieures au minimum et quand il est chanceux, embauché en tant que tel dans le secteur hospitalier, fait dans les 30.000 dinars par mois et un dentiste 27.000 dinars, deux montants relativement élevés quand on pense que pour ces mêmes postes de travail, dans le cadre du pré-emploi, les salaires ne dépassent guère les 9.000 dinars. Après tant d'années d'études et de dures conditions de travail, harassantes, telles les gardes de nuit et le travail posté, fait qu'être médecin généraliste dans le secteur public n'enrichit pas son bonhomme. Athmane, un père de famille bien ordinaire nous dira avoir aidé son fils à partir en France pour poursuivre des études, faire une spécialité, tout en précisant que ce dernier gagne actuellement 1.200 euros en tant qu'interne des hôpitaux et c'est tant mieux comme ça. Abdelkader, fataliste consentant, représente à lui seul toute cette frange de population qui, ni totalement pauvre encore moins moyenne, lutte sans relâche à se préserver contre le plus rudimentaire des besoins. Amine est ingénieur en génie civil, il vient d'être embauché en tant que tel dans un organisme public. Il affirme toucher 13.000 dinars mois. Un peu plus que le SNMG. «Je ne suis pas marié et je ne pense pas me marier de sitôt. Ce travail m'occupe et l'argent que je gagne me sert juste pour vivre au jour le jour, je ne pense pas m'éterniser dans cette situation car, en attendant de voir de plus près les pratiques du métier, je compte lancer ma propre entreprise. Les montants des factures qui défilent sous mes yeux me donnent chaque jour un peu plus le tournis. Des chiffres à neuf zéros et plus pour de jeunes entrepreneurs qui ne me dépassent en rien. Voilà le véritable défi que je me suis juré de lancer. Le rêve d'une vie meilleure autonome, en somme, avec voiture, villa et «bocop tiké», dit textuellement ainsi, tel que le font généralement avec désinvolture les jeunes de son âge. Il ne suffit de presque rien pour être entrepreneur. Le génie civil marche très bien, il faut juste s'armer de patience et être animé d'une tenace volonté, ce qui est presque dramatique c'est de connaître à l'avance et à longue échéance le montant de sa paie. L'infirmier, ne se lamentant pas trop de son sort, lie son destin à la providence, celle qui reporte toujours en mieux et à plus tard les jours meilleurs. Par contre, l'ingénieur ressemble à beaucoup de jeunes diplômés qui ne se suffisent plus de l'idée d'un emploi stable. Oser plus pour avoir plus
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