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Ces femmes que l'histoire de l'islam a oubliées



Ces femmes que l'histoire de l'islam a oubliées
Scientifiques, architectes, juristes... plus de 9000 femmes qui ont contribué à la construction de la civilisation islamique sont aujourd'hui mal connues. Une exposition présente leurs parcours pour permettre aux femmes de se réapproprier leur histoire.Elles seraient plus de 9000, oubliées, mises de côté par ceux qui transmettent l'histoire de la civilisation de l'islam. Elles, ce sont des femmes savantes, «des femmes de premier rang qui ont joué un rôle historique dans la construction de la civilisation islamique», explique Souad Bedrane, architecte. Cette Algérienne fait partie d'une équipe de chercheurs qui ont construit une exposition à partir de ces 9000 femmes. «Un travail enthousiasmant et formidable», raconte Souad Bedrane. Le Congrès international féminin pour la paix, qui s'est tenu à Oran, il y a dix jours, a été leur premier lieu d'exposition.Les panneaux explicatifs et les objets qui les accompagnaient ont séduit plusieurs salles d'exposition du pays et une tournée est prévue à l'étranger. Les recherches faites sur ces femmes ont commencé à la fin des années 1990, lorsque Mohammad Akram Nadoui, professeur de sciences islamiques à l'université de Cambridge, a commencé à s'y intéresser. Ce qui devait faire l'objet d'un seul livre est devenu, au fil des années, une encyclopédie bibliographique de plus de 50 volumes. C'est lui qui estime aujourd'hui que plus de 9000 femmes manquent à l'appel.«Leurs biographies existent pourtant dans les sources : les hadiths. La plupart de ces sources ne sont pas imprimées mais manuscrites, même si elles existent en Syrie, en Egypte, en Turquie, au Maroc, en Inde. A l'époque du déclin de la civilisation musulmane, les gens n'avaient aucune idée de l'importance que la femme avait joué au commencement. Le manque de sources a favorisé l'oubli. Aujourd'hui encore, la tendance est de cacher le fait que les femmes sont érudites», explique cheikh Nadoui. Après le XVIe siècle, l'histoire de ces femmes disparaît progressivement de l'enseignement de la civilisation islamique. Selon certains historiens, c'est la carriérisation qui en est à l'origine. Devenir érudit permettait d'obtenir des postes importants dans les mosquées et les tribunaux.MathématiciennesAu fil de l'exposition, on découvre des histoires saisissantes, comme celle de cette femme mécène qui a financé la construction de la mosquée de Fès, au Maroc, et qui en a dessiné les plans ; celle de l'inventrice de l'astrolabe, dont le nom n'a jamais été inscrit sur l'objet inventé ; celle de Loubna, savante à l'origine de formules géométriques et mathématiques, ou encore celle de Aïcha Ben Tagart, qui pouvait lire dans les urines et déterminer les problèmes de santé au XVe siècle. On découvre aussi les parcours d'une femme de Médine qui avait atteint la qualité de juriste au VIIe siècle et qui avait émis des fatwas-clés sur les rituels du pèlerinage et du commerce et d'une autre juriste d'Alep qui, à la même époque, conseillait son mari sur comment émettre des fatwas.«Il est important de se réapproprier notre histoire. Des femmes ont enseigné. Aujourd'hui, elles reçoivent l'enseignement par les hommes alors qu'autrefois, il était légitime pour homme et femme d'accéder au savoir et de le transmettre. Cela doit faire partie de notre héritage», estime Souad Bedrane. L'objectif de Mohammad Akram Nadoui est aussi de permettre aux femmes d'avoir le droit d'étudier l'islam : «Si les femmes n'apprennent pas, la société musulmane ne pourra pas fonctionner correctement car les femmes s'occupent de leurs enfants et leur transmettent l'éducation. Si les femmes ne savent pas transmettre l'importance des connaissances, des hadiths, comment pourrons-nous avoir de grands hommes '» Selon lui, aujourd'hui, il y a moins de femmes érudites et la conséquence visible est que les études islamiques sont de moins bonne qualité.


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