«Il y a deux écoles d'oulémas (savants en religion musulmane) qui s'affrontent. L'école des oulémas qui servent les intérêts politiques de pays qui leur commandent des fetwas sur mesure, et l'école des oulémas qui ne se réfèrent qu'à leur conscience et au Coran», nous a déclaré le professeur Menas Mesbah, enseignant en sciences politiques et relations internationales.
Le professeur cite le cas de la Libye et de la Syrie. «Je cite l'exemple d'El Karadaoui qui avait émis une fetwa en direct sur la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, déclarant licite l'assassinat de Mouammar El Kadhafi. C'était un appel au meurtre. Une fetwa très dangereuse qui a créé une grande fitna en Libye.
C'est ça l'école des oulémas qui servent des intérêts politiques et qui émettent des fetwas sur commande», selon le professeur Menas Mesbah. «Il y a utilisation de l'islam, surtout de la part de la chaîne de télévision satellitaire qatarie Al Jazeera», a-t-il ajouté. «Il est vrai que Mouammar El Kadhafi a commis la faute de ne pas avoir institué un Etat répondant à la définition d'Etat, et ce n'est pas pour le défendre que je dis que l'islam politique est utilisé pour servir des positions politiques et des agendas», explique-t-il.
«Ce qui s'est passé en Libye se déroule actuellement en Syrie et là également, ce n'est pas pour défendre Bachar El Assad que je dis que c'est la même utilisation de l'Islam qui se produit. Un Islam politique caractérisé par des fetwas dangereuses émises par des oulémas au service de pouvoirs politiques», dénonce-t-il.
«A mon avis, les problèmes qui existaient en Syrie ne justifient pas ce qui se passe dans ce pays et les graves dérapages de certains oulémas, plutôt présentés comme prétextes pour arriver à des buts. C'est une ingérence dans les affaires internes des pays. Une ingérence à laquelle participent, sur commande, les oulémas au service de pouvoirs politiques à travers des fetwas qui créent une fitna dans ces nations», d'après le professeur Menas Mesbah.
«Nous assistons donc actuellement à une utilisation de la religion par certains pays à travers certains médias, dont la chaîne de télévision satellitaire qatarie Al Jazeera, pour servir des agendas dont l'ingérence dans les affaires internes des pays ciblés.
L'exemple de cette manipulation nous vient d'El Karadaoui, et la situation en Libye et en Syrie est la conséquence de fetwas dangereuses émises par ces oulémas», selon le professeur Menas Mesbah. «Il y a interférence d'intérêts et des oulémas y sont impliqués par certains pays», ajoute-t-il. «C'est très dangereux quand des oulémas font des fetwas autorisant une intervention militaire étrangère dans tel ou tel pays, comme cela a eu lieu en Libye», lance-t-il.
«L'Islam politique est apparu avant le printemps arabe»
«Il y a le rôle de la Turquie, du Qatar et de l'Arabie saoudite dans ce sens», selon le professeur Menas Mesbah. «Certes, il y avait des problèmes en Libye du temps de Mouammar El Kadhafi et il y a des problèmes en Syrie, mais ces problèmes ne devraient pas être réglés en armant l'opposition syrienne. Contrairement à ce que rapportent des médias occidentaux et autres, il n'y a pas de conflit entre les alaouites et les sunnites en Syrie.
Le président Bachar El Assad bénéficie toujours de la popularité de la majorité du peuple syrien. Des sondages ont fait ressortir qu'il bénéficie du soutien de 60% du peuple syrien», lance-t-il. Il ajoute d'autre part que «l'Islam politique est apparu avant le printemps arabe, comme en témoignent les cas soudanais et iranien. Les salafistes, eux, préfèrent retourner en arrière dans le temps au lieu de vivre leur époque.
Le printemps arabe a été dévié et les oulémas participant à la déstabilisation de pays peuvent être considérés comme agents au service de pouvoirs politiques qui leur commandent des fetwas servant leurs intérêts», selon le professeur Menas Mesbah. Ce dernier cite l'intervention de l'Otan dans le conflit armé en Libye.
«L'Otan devait cesser d'exister dès la fin de la guerre froide, et pourtant elle est toujours là», selon le professeur Menas Mesbah. Pour la revendication de la démocratie au cours de ce qui est qualifié de printemps arabe, il ajoute qu'«il ne faut pas faire dans l'imitation», expliquant que «la culture de la démocratie se bâtit en plusieurs siècles et non en quelques années». «Nous avons les exemples de l'Angleterre et de la France qui n'ont pas bâti une culture démocratique par hasard. Ces deux pays ont bâti cette culture sur plusieurs siècles», dira-t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M A
Source : www.letempsdz.com