Une nécessaire réhabilitation
A juger par le nombre de centres culturels dont dispose la ville d’Oran, on ne peut qu’être étonné par la morosité culturelle qui engloutit les quartiers de la ville en dépit de la disponibilité de tant d’espaces d’expression et de diffusion de la culture qui ne demandent qu’à être convenablement utilisés.
Il existe en effet douze centres culturels répartis à travers les plus importants quartiers de la ville, l’implantation géographique de ces espaces n’obéissant pas toujours au critère de la densité de population. C’est ainsi que des quartiers aussi peuplés que Es-Seddikia ou El-Othmania, qui comptent à eux seuls une population qui avoisine les 300.000 habitants, sont aujourd’hui sevrés d’infrastructures culturelles de proximité.
La destination de ces centres à caractère culturel et éducatif au service de la population des quartiers est de susciter la création artistique chez les jeunes et de les inciter à la lecture. La réalité sur le terrain est tout autre. Dans une communication présentée, il y a quelques mois, devant le Centre de Documentation Economique et Sociale, le délégué aux affaires culturelles de la ville, M. Azri Ghaouti, devait brosser un état des lieux alarmant de ces centres culturels qui ont, pour la plupart, opéré un dérapage de vocation. L’activité principale de ces centres, empiétant manifestement dans les plates-bandes de la formation professionnelle, s’est retrouvée tournée essentiellement vers les cours de couture, de macramé, d’informatique ou de coiffure. Mais point d’activités artistiques susceptibles de susciter ou de développer des vocations ou de déclencher une boulimie de lecture chez les jeunes.
D’abord parce que ces établissements ne sont pas adaptés à ce type d’activités, parce que mal conçus au départ, et parce qu’ils ne disposent pas de moyens humains à même de les prendre en charge.
La seule satisfaction étant la disponibilité, dans tous ces centres culturels, d’un espace de lecture qu’on qualifiera par euphémisme de bibliothèque. Généralement, on a affaire à une salle mal aérée, aux équipements vétustes, où le rangement des livres est négligé, le registre des consultations absent ou mal renseigné et le stock d’ouvrages, très indigent en regard de la population du quartier et dont la plupart des titres relèvent des collections para-scolaires. Seules les bibliothèques municipale Zabana et régionale Bakhti Benouada, qui jouissent d’un autre statut, semblent échapper à cette lamentable situation même si, là encore, l’organisation générale de l’infrastructure n’est pas exempte de reproches, notamment en matière de nomenclature d’ouvrages. Pour l’anecdote, le chef de la division culturelle de l’APC, M. Merine, vient d’acquérir récemment un lot d’ouvrages flambant neufs destinés à ces deux structures.
Il jugeait aberrant que de telles bibliothèques ne puissent disposer dans leurs rayonnages d’ouvrages de l’écrivain Yasmina Khadra ou encore de «La Muqqadima» d’Ibn Khaldoun. Une réelle et énergique réhabilitation de ces espaces s’impose.
G. Morad
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com