Par Dr Belhoucine Mohamed
Consultant
Ceux qui ont mis sur orbite Ouyahia savent que le pays a suffisamment de ressources et qu'il faut juste les drainer et les débudgétiser aux postes prioritaires des besoins et que l'on peut éviter aisément la monétarisation de notre économie (planche à billets) - voir ma petite précédente note - mais ils ont une autre intention cachée : éliminer ce qui reste du secteur public, privatiser toute l'économie et faire rentrer en Algérie par la grande porte le FMI ; dans les années 90', ils ont utilisé le terrorisme pour démanteler et privatiser une grosse partie du secteur public ; dans les années 2017-2020, ils veulent donner le coup de Jarnac final pour défaire et disloquer ce qui reste comme joyaux de ce même secteur, ils ont entre leurs mains un seul instrument : la planche à billets. Le régime va fabriquer la corde qui le pendra et le pays avec.
Le FMI, bien qu'il compte 186 pays membres, agit en secret avec un groupe restreint de banquiers et d'états-majors des ministères des Finances composés principalement des Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, la France et la Grande-Bretagne. Si nous recourons à l'endettement extérieur pour notre consommation (c'est l'objectif à moyen terme d'Ouyahia, car la planche à billets n'est qu'une mesure transitoire), nous serons incapables de rembourser les lourds intérêts en raison de la baisse des prix et des quantités des ventes d'hydrocarbures à l'exportation : baisse drastique de la qualité de notre gaz, contamination récurrente car nos meilleurs raffineurs et liquéfieurs sont partis à l'étranger suite à la politique de dévitalisation des ressources humaines de Sonatrach par Chakib Khelil avec l'accord de Bouteflika ; retour de nos cargaisons par les clients, vol de grosses quantités de gaz qui disparaissent dans les ports étrangers ou à partir des chargements aux ports d'Arzew ou de Skikda, principale raison de la visite d'Ouyahia à Arzew, le pouvoir panique pour d'autres raisons, nous serons obligés d'emprunter à nouveau, cette fois au FMI.
Mais le FMI impose un «Programme d'ajustement structurel» (PAS), qui apportera un chômage élevé et une forte baisse du niveau de vie, en appliquant le processus qui suit : en nous demandant d'accorder des allègements fiscaux aux multinationales implantées dans notre pays, éliminer le contrôle des prix et des subventions pour la nourriture, le logement, le transport, l'habillement et les services publics, réduire les salaires locaux, abolir les garanties d'emploi, réduire de plus de 75% les effectifs de nos fonctionnaires, les avantages sur le lieu de travail, interdire les activités des syndicats progressistes et ne faire aucun effort pour protéger nos entreprises nationales contre les importations et les prises de contrôle étrangères.
Conformément aux décisions du PAS, nous serons incités à privatiser ce qui reste de notre économie, réduire les prestations médicales, privatisation des services médicaux, diminuer le soutien à l'enseignement public, vendre à de vils prix scandaleusement bas les biens immobiliers et les mines appartenant à l'Etat (revoir comment Ngaous a été vendu pour une bouchée de pain, l'usine de lampes de Mohammadia démantelée pour permettre aux oligarques d'importer les dampes), nos chemins de fer, notre autoroute Est-ouest, les services publics (les PTT, les ports, les aéroports, le transport routier, notre flotte marchande (ce qui en reste, etc.) à des sociétés transnationales, vendre nos terres publiques, privatiser Sonatrach qui exploite et transporte le pétrole et le gaz, privatiser notre industrie pétrochimique, privatiser Sonelgaz.
Nous serons obligés d'installer des industries énergétivores, exemple les usines d'électrolyse d'aluminium (notre avantage comparatif), sans égard pour les dommages écologiques. Nous devrons réduire ou éliminer les subventions pour la santé, l'éducation, le transport et la nourriture (le pain, etc.), dépenser moins pour les besoins du public afin d'avoir plus d'argent pour faire face aux paiements de la dette.
C'est un fait bien établi partout dans les pays du tiers-monde qui ont eu recours à dette, ont vu les salaires réels diminuer et les dettes nationales grimper en flèche au moment où les paiements de la dette absorbent la quasi-totalité des recettes d'exportation, voire emprunter pour rembourser les dettes, laissant notre pays débiteur plus pauvre et encore moins en mesure de subvenir aux besoins minimaux de sa population. La pauvreté va s'approfondir, l'endettement suivra une spirale sans fin, car il n'est pas conçu pour lutter contre la pauvreté mais pour augmenter les richesses des investisseurs transnationaux au détriment des populations locales. Un siphonage des richesses de ceux qui travaillent vers ceux qui accumulent.
Il faut savoir que l'endettement et les prêts ne sont pas conçus pour élever le niveau de vie de nos populations, car cela ne produit pas de profit. Les gangsters et les gangs nationaux liés aux oligarques n'attendent que ce moment charnière (Ngaous, Kouninef, Haddad, Rebrab, El Eulmi, etc.), en étant bien informé, pour voler les mines rentables et compétitives, le tissu industriel qui dégage des bénéfices, arrêter les usines.
En gros, les gangs nationaux n'attendent que ce moment pour transférer massivement des capitaux publics vers les coffres des propriétaires privés, à coups de dizaines de milliards d'euros. Contrairement à une idée répandue, ces gangs ne sont pas d'anciens militaires ou fonctionnaires qui seraient passés simplement du contrôle public au contrôle privé, mais des groupes privés mafieux sans lien avec le gouvernement, apparaissant comme une génération spontanée sur la scène nationale, utilisent des tactiques de gangsters (voir les années 90') faisant appel à l'assassinat, aux vols massifs? des industries, des ressources de l'Etat, la manipulation des stocks illicites, les rachats de complaisance des entreprises publiques rentables, ou si elles ne l'étaient pas, convoitent l'atout de son patrimoine immobilier.
Une Kleptocratie en formation
Ce qui attend l'Algérie, l'intention cachée de ceux qui ont mis sur orbite Ouyahia, c'est un processus de surprivatisation, de brader ce qui reste du secteur public (la menace de la planche à billets, ce n'est qu'une grossière galéjade), de pillage et d'intimidation que le FMI appelle «réforme», qui va aboutir à une grave récession économique et à un taux de chômage élevé, avec une baisse dramatique du niveau d'éducation et d'alphabétisation, l'augmentation exponentielle de la criminalité et de la grande délinquance économique, une grave détérioration des soins de santé et de tous les autres services publics, une croissance en flèche de la mortalité infantile, la réapparition des maladies qu'on croyait à jamais disparues (malaria, choléra, poliomyélite, etc.), une forte augmentation de la délinquance, du suicide, du nombre de mendiants, de SDF, de la prostitution, de la toxicomanie, avec pour résultat une chute libre de l'espérance de vie.
Les organisations crypto-fascistes-islamistes (les réels instruments de l'impérialisme) vont refaire surface pour aliéner au mieux nos populations.
La fonction de l'endettement est de faire progresser les intérêts impériaux des accumulateurs des capitaux mondiaux pour les aider à s'emparer de nos gisements, de nos terres et de nos économies et de notre industrie locale. Notre marché sera monopolisé par les multinationales, les salaires baisseront qui asserviront le travail par des dettes énormes, à privatiser le secteur public et empêcher notre pays de devenir un concurrent commercial en lui interdisant un développement normal.
à cet égard, les prêts étrangers et les PAS fonctionnent à la perfection
Une importante remarque s'impose. L'Institut de recherche des Nations unies pour le développement social a publié un rapport en 2005-2006 montrant que la richesse de la moitié du monde est détenue par les 1% des plus riches. Il serait temps que les critiques qui se disent de gauche cessent de penser que les gens qui possèdent une grande partie du monde et qui le convoitent tout entier sont tous «incompétents», «égarés» ou «incapables» de voir les conséquences hasardeuses de leurs «politiques». Lorsque nous pensons que les bâtisseurs de l'empire impérialiste sont stupides, nous manquons nous-mêmes d'intelligence. Ils savent ce qu'ils font, ils savent où se situent leurs intérêts et nous ferions bien de suivre leur exemple.
Pour les dirigeants impérialistes, leur objectif général est le marché libre pour promouvoir un ordre mondial voué à la propriété privée, ils le disent dans leur rapport annuel (Advanced Global Humanity security), de maintenir une domination écrasante de la richesse financière et industrielle du monde, à l'expropriation de ses ressources naturelles et au contrôle avantageux de ses marchés de consommation et de travail ; pour ce, ils doivent s'engager à maintenir une domination écrasante unilatérale militaire globale. Aucun pays ou peuple ne possède un palmarès comparable de massacre de masse et criminel au niveau mondial que l'impérialisme américain.
N'ayez cure, l'impérialisme américain n'est pas dirigé par des imbéciles, mais par des menteurs, des escrocs (à l'image de Trump), des manipulateurs, des assassins et autres criminels qui croient tous en leur propre vertu, tout en prétendant être motivés par un engagement au service des droits de l'homme et de la démocratie ; les dirigeants américains ont armé, formé et financé les groupes terroristes en Syrie et en Irak et également les autocraties de droite les plus marquantes de l'histoire (Mobutu, Pinochet, Hassan II, Suharto, etc.).
Les dirigeants américains n'hésitent pas à faire étalage verbalement de leur dévouement au système d'entreprise transnationale.
En 1953, le président Dwight Eisenhower a laissé échapper une vérité interdite dans son message de l'Etat de l'union : «Un but important et impérieux de notre politique étrangère est l'encouragement d'un climat accueillant pour les investisseurs des entreprises dans les pays étrangers.» (New York Times, 3 février 1953).
Relayé par le général Douglas MacArthur : «Notre pays est désormais orienté vers une économie d'armement qui s'est bâtie autour d'une psychose induite artificiellement par l'hystérie de guerre et nourrie par une propagande incessante de la terreur.» (Rapporté par Carl Oglesby, Ravens in the storm ; Scriber, 2008, 120).
En 1990, le général Alfred Gray, commandant de la marine états-unienne a fait observer que «les Etats-Unis doivent avoir accès sans entrave à l'établissement et au développement des marchés économiques à travers le monde.» (Cité dans Richard Barnet, «The use of Force», New Yorker, 29 avril 1991, 90).
Le 27 septembre 1993, devant les Nations unies, le président Bill Clinton annonçait : «Notre objectif primordial est d'élargir et de renforcer la communauté mondiale des démocraties fondées sur le marché. C'est pourquoi Eltsine reste le meilleur espoir pour la démocratie et l'économie de marché en Russie.» (New York Times, 5 octobre 1993.)
Beaucoup vont se plaindre que mes analyses présentées sont simplistes et manquent de nuances car elles attribuent tout à des motifs purement économiques et de rapports de classe tout en ignorant d'autres variables comme la géopolitique, la culture, l'ethnicité, le nationalisme, l'idéologie, la morale, la psychologie des gouvernants. Mais je n'attribue pas tout à des intérêts purement économiques. Mettre l'accent sur de puissants intérêts d'entreprises de classe qui sont généralement ignorés ne signifie pas que rien d'autre n'agit sur les événements.
Je ne prétends pas que la lutte pour le maintien de l'hégémonie mondiale capitaliste explique tout de la politique mondiale ni même de la politique étrangère américaine. Cependant, cela explique beaucoup et il est temps que nous prenions conscience et que nous soyons prêts à le dire. Le capitalisme international n'est pas le seul facteur, mais il est le plus crucial. Il ne doit pas nous hypnotiser, mais nous devrions lui accorder une certaine considération pour le rôle joué par les protagonistes fortunés dans la politique internationale. Si des décideurs prennent sérieusement en considération les intérêts globaux de leur classe de riches financiers, ne devrions-nous pas en faire autant '
C'est une passion chez certains universitaires que de revendiquer la paternité de perceptions nuancées, c'est-à-dire de perceptions de nombreuses complexités (voir K. Popper, L'univers irrésolu).
Celles-ci se révèlent souvent des esquives parfaitement préparées, destinées en premier lieu à nier l'importance des facteurs économiques puissants. Si ces faiseurs d'opinion (mais en réalité ne touchent personne car personne ne les lit) veulent vraiment dépeindre la vie politique dans toutes ses complexités multiples, on pourrait s'attendre à ce qu'ils soient moins réticents et plus attentifs à propos des immenses réalités de l'impérialisme économique. Ils devraient examiner comment le processus de la domination capitaliste mondiale englobe de nombreuses composantes, y compris dans les domaines politique, militaire et culturel.
L'existence d'autres variables telles le nationalisme, le militarisme, la recherche de la sécurité nationale, la poursuite du pouvoir et de la domination hégémonique ne nous obligent ni à rejeter les réalités économiques ni à traiter ces autres motivations comme indépendantes des intérêts financiers. Ainsi, faire valoir que des dirigeants américains interviennent dans l'une ou l'autre région non par intérêts économiques, mais pour des raisons stratégiques peut paraître à certains plus nuancé. Cependant, dans la plupart des cas, les examens empiriques montrent que le désir d'étendre la puissance stratégique américaines est lié, au moins en partie, au désir de stabiliser une zone le long de lignes qui sont favorables aux intérêts d'élites politico-économiques. C'est généralement la raison pour laquelle notre région devient un sujet de préoccupation important.
Ces diverses considérations ne sont pas exclusives les unes des autres, mais interagissent. La croissance des investissements à l'étranger de l'impérialisme crée le besoin d'une protection militaire, tout comme les interventions militaires ouvrent des possibilités d'investissement à l'étranger et l'expansion de la production sur le marché libre dans de nouvelles régions du monde. Tout cela, à son tour, crée un besoin de sécuriser des bases et d'établir des alliances avec d'autres nations. Les alliances élargissent maintenant le périmètre de défense qui doit être protégé. Ainsi, un pays en particulier devient-il non seulement un atout «essentiel» dans le soutien américain, mais il doit lui-même être défendu comme tout autre actif.
Pour le dire autrement, les dirigeants américains peuvent avoir d'autres préoccupations, telles que la promotion du prestige de leur nation, le maintien de la sécurité nationale contre les pays potentiellement concurrents (capitalistes ou non, Union européenne, Russie, Chine, Iran, Inde, Corée du Nord, etc.), le développement de la supériorité militaire stratégique, la nécessité de distraire l'opinion publique américaine de problèmes et de scandales intérieurs, en mettant en avant l'image macho-héroïque de Trump, etc. Mais ces préoccupations sont presque toujours en accord avec les intérêts capitalistes dominants, ou en tout cas ne les remettent pas en cause sérieusement. Aucun Président américain, par exemple, ne penserait jamais à utiliser son image macho-héroïque pour la promotion de la révolution socialiste dans un pays quelconque.
La question n'est pas que les pays agissent en impérialistes pour des motifs purement matériels, mais que les motivations idéologiques et psychiques, adoptées avec plus ou moins de sincérité par les décideurs individuels, servent infailliblement les intérêts systémiques de la classe possédante dominante. En résumé, les élites politico-entrepreneuriales américaines ont longtemps lutté pour rendre le monde plus sûr pour l'accumulation du capital transnational, pour atteindre le contrôle des marchés, des terres, des ressources naturelles, de la main-d'?uvre bon marché de tous les pays, et empêcher l'émergence d'un socialisme révolutionnaire, populiste ou même de régime nationaliste qui refuse de se soumettre à cet arrangement.
Pour atteindre l'hégémonie mondiale, une machine militaire mondiale est essentielle. L'objectif est de créer un monde peuplé de vassaux, à l'image du régime d'Ouyahia (connu sous le nom d'«Etats clients») et de populations conformes complètement ouvertes à la pénétration des entreprises transnationales à des conditions qui leur sont tout à fait favorables. Il n'est pas exagéré de conclure qu'une telle politique n'est pas le produit d'un hasard absolu, mais le résultat d'un effort conscient et d'une planification délibérée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com