Lors de la 1re partie du témoignage «J'ai sauvé deux adolescentes de la noyade», paru dans notre précédent Soirmagazine, nos lecteurs ont pu apprécier la poignante odyssée de cet impossible sauvetage d'un péril imminent de deux adolescentes françaises, Hélène et Claudine, par B. Abdelkader qui, tous, se baignaient lors de cette journée fatidique du 4 août 1955 dans la plage de Cap Tizirine, à Cherchell. Aujourd'hui, nous livrons à nos chers lecteurs la suite de cette palpitante et merveilleuse histoire pourtant vraie et dont les acteurs sont, pour la plupart, aujourd'hui en vie d'un côté et de l'autre de la Méditerranée.
«J'ai appris le 4 août 1955 au soir, au niveau de l'hôpital de Cherchell, que les deux adolescentes, Hélène et Claudine, avaient bénéficié d'une assistance médicale d'urgence et qu'elles se trouvaient hors de danger. De ce fait, je considérais que ma mission était terminée et que j'avais droit à un bon somme et un repos mérités. Ce n'est que le lendemain du drame, le 5 août, que j'appris que la communauté européenne de Cherchell commentait favorablement l'événement. J'appris aussi, que Mme Francine, la mère des deux adolescentes, fait toujours l'objet d'un intérêt particulier, tant de la part des colons, que des journaux régionaux et locaux. «Cet intérêt s'expliquerait probablement par le fait que la plage Tizirine est essaimée de rochers escarpés et immergés à fleur d'eau. Cet endroit reste l'un des plus dangereux à cause de ses tourbillons. Nul baigneur n'a réussi à échapper à ces dangereux et énormes tourbillons. Des centaines de baigneurs ont payé le prix fort pour leur imprudence. La population cherchelloise sait que ces tourbillons happent et engloutissent leur proie pour la projeter à une centaine de mètres plus loin à travers des excavations souterraines de Cap Tizirine.» Lors de son témoignage, Abdelkader B. ne put s'empêcher de se remémorer la réception et l'accueil grandioses qui lui furent réservés par le conseil municipal de la ville et Henry Baretaud, le député maire en personne. Selon lui, l'accueil qui lui fut réservé fut empreint de sincérité, de fierté, de joie et d'orgueil, car la nouvelle de cet héroïsme a déjà dépassé les frontières de la ville et du pays. Même la métropole en parle. M. Abdelkader disait à ce propos : «Je suis sidéré et surpris par tant d'honneurs, de reconnaissance et de gratitude. Pourtant, c'est naturellement que j'ai risqué ma vie pour sauver Hélène et Claudine. Mes amis de Aïn Ksiba se sont sentis grandis et glorifiés par les honneurs reçus par un jeune musulman. Notre boutique de fruits et légumes fut assaillie par les visites d'amis, de voisins, des colons et des musulmans, venus me manifester leur admiration.» La reconnaissance et la gratitude de la famille de Mme Francine furent immenses. Cette dame en fit un devoir de mémoire de ne pas oublier le sauveteur de ses fillettes. Ainsi, sept années durant, les relations entre les deux familles se renforceront. L'amitié, la confiance et la reconnaissance ne cesseront jamais entre ces familles. Ce seront des liens émouvants et fraternels qui lieront désormais les deux familles algérienne et française. Les deux adolescentes, qui avaient perdu prématurément leur papa, à 11 et 13 ans, retrouveront chez leur sauveteur Abdelkader B. toute l'affection et la gentillesse espérées. Elles l'appellaient affectueusement M. Kader. Cette amitié et cette convivialité poussaient Mme Francine à se rendre chez la famille de Abdelkader lors des festivités, les fêtes de l'Aïd ou les autres événements. Abdelkader B. sera à ces occasions toujours gâté par de succulents gâteaux offerts par Mme Francine. Cette dame ne veut pas oublier le sauveteur de ses filles. Elle en a fait le serment, serment qu'elle tiendra jusqu'à sa mort. Son notaire demandera à ses filles de respecter son testament. Ses filles Hélène et Claudine, aujourd'hui installées à Mocano, n'en furent que plus ravies du serment de leur mère à son départ pour la métropole en 1962. En 1962, la quasi-totalité des colons quitta l'Algérie pour la métropole française. Abdekader B. se souvient de cette période déchirante pour Francine, Hélène et Claudine. En juin 1962, Mme Francine décida de partir définitivement pour la métropole. Elle invita donc Abdelkader B. chez elle pour lui remettre les clés de son vaste appartement situé au-dessus de la fabrique de son mari : «Tenez ces clés, Monsieur Abdelkader, lui dit Mme Francine, c'est tout ce que je possède ici en Algérie. C'est à vous. Je ne pourrais jamais assez vous récompenser pour votre acte héroïque pour notre famille.» En disant ces mots, Mme Francine éclata en sanglots, elle ainsi que ses deux filles Claudine et Hélène. «La séparation fut déchirante et douloureuse pour tous», disait Abdelkader B., «les deux demoiselles m'agrippèrent et pleurèrent à chaudes larmes sur mes épaules. Toutes trois m'étreignirent et ne voulurent point se séparer de moi.
Cette dame ne veut pas oublier le sauveteur de ses filles. Elle en a fait le serment, serment, qu'elle tiendra jusqu'à sa mort. Son notaire demandera à ses filles de respecter son testament.
J'ai pleuré à mon tour, très attristé par ce départ, qui va nous séparer pendant une éternité.» Mme Francine me disait : «Monsieur Abdelkader, venez avec nous, vous êtes notre famille.» Ces effusions, ces scènes pathétiques me déchirèrent le cœur. Les larmes perlaient sur mes joues et cela attristait Claudine et Hélène, qui avaient 18 et 20 ans lors de ce départ. Mais j'avais ma mère qui était souffrante, et je devais rester à son chevet. Mon frère était seul et je devais l'aider. Autant de raisons qui m'empêchèrent de céder aux supplications de cette famille», souligna ce héros. Abdelkader B., en se remémorant cet épisode, laissa perler quelques larmes sur ses joues. Il continua son récit : «J'ai pris les clés de l'appartement et je les ai remis aux responsables locaux, car je n'avais pas le droit d'utiliser un bien vacant de mon propre chef. Je devais être autorisé.»
Le miracle
Invité à raconter les circonstances des retrouvailles avec Mme Francine et ses filles Claudine et Hélène, Abdelkader B. se confia à nous en catimini. «Je crois dur comme fer que c'est la destinée qui avait permis de retrouver cette famille, plus de 40 ans après son départ», affirma notre interlocuteur, qui ajouta : «S'il est vrai que depuis cette journée tragique du 4 août 1955, je n'ai plus remis les pieds sur cette plage de Tizirine, le départ de cette famille m'a bouleversé et a marqué mon existence. Je ne pouvais oublier ces visages innocents et ces demoiselles, que leur mère arracha difficilement de mes épaules, lors des adieux en 1962», expliqua Abdelkader B., continuant : «J'ai perdu tout contact avec cette famille. Je n'étais pas aisé pour la rechercher ou lui rendre visite. Plus de quarante ans sont passés, sans que je puisse avoir des nouvelles de Mme Francine et de ses enfants», se désola Abdelkader B. Il convient de rappeler à nos lecteurs que dans la boutique de fruits et légumes de notre héros sont accrochés les cadres sur lesquels figurent les diplômes et attestations qui lui furent délivrés par la Marine française et la fédération du dévouement. Ces cadres, diplômes et attestations sont arborés fièrement à la clientèle, vestiges d'une période passée où les spectateurs de son acte d'héroïsme ne sont plus là. Abdelkader B., en reprenant son récit, se lança dans une énigmatique, mystérieuse et intrigante histoire. Il disait à ce propos : «Dans la journée du 10 juin 2004, j'étais affairé avec une cliente, quand soudain, j'ai reçu un étrange client au niveau de mon commerce. Ce client, au gabarit impressionnant, quoique ayant l'air menaçant, me lança un sourire jovial en refermant la portière d'une voiture immatriculée en France, qu'il stationnait devant mon commerce. Il s'exprimait en français, mais aussi en arabe. Pendant qu'il s'approvisionnait, il jeta un regard à l'intérieur de ma boutique. Cela m'intriguait. Que voulait ce généreux personnage, qui avait acheté dans ma boutique plusieurs-fruits et légumes en quantité importante. Il pénétra à l'intérieur du magasin. Cela me donna froid dans le dos. De qui pouvait-il s'agir ' Ce personnage resta figé et intéressé par les deux diplômes de dévouement et d'héroïsme exposés au fond du magasin. Il me demanda ensuite l'autorisation de les lire. Le personnage me questionna en français, puis en arabe : «Ces diplômes sont signés par le ministère de la Marine. C'est une belle preuve de courage, mais qui est ce jeune homme sur la photo ' me demanda-t-il. «Mais c'est moi-même Monsieur, j'avais alors 20 ans», répondis-je. Le monsieur s'affala sur une chaise à l'intérieur de mon magasin et me pria de lui raconter les circonstances de l'exploit. Je lui ai raconté l'événement et l'exploit en détails. L'inconnu s'aperçut de ma tristesse et de mon désarroi de ne pouvoir jamais plus revoir ces demoiselles et leur gentille maman, 40 ans après leur départ. L'inconnu me dévisagea longuement, très pensif en oubliant qu'il avait laissé son véhicule ouvert. Subitement, il m'interpella en me disant : «Monsieur, votre geste a certes sauvé des vies humaines, il y a près de 50 ans, mais ces femmes que vous avez sauvées éprouvent certainement le même désir que vous de vous revoir. Alors, continuez vos recherches, écrivez au président français, à l'ambassade de France.» Il se leva, paya ses achats et me lança, le même regard mystérieux et énigmatique qui m'avait dévisagé à l'entrée : «Vous allez retrouver cette famille, persévérez. Vous y êtes presque.» Il referma sa portière et je ne l'ai jamais plus revu», conclut Abdelkader B.
Le déclic
«Au lendemain de la visite de cet étrange visiteur, je me mis à rêver de retrouver les belles Hélène et Claudine et leur merveilleuse et gentille maman, Mme Francine», se rappela tristement Abdelkader B. en continuant son récit. «En 2005, je pris la décision de consulter des amis qui m'aideront dans mes recherches. J'ai contacté M. Benhamdine, M. Dahel, un ancien marin-pêcheur qui possédait toujours des liens avec d'anciens Français qui avaient résidé à Cherchell ; parmi ses amis, je cite encore Raoul Faizant, qui m'a soutenu dans mes recherches de cette famille. Après tous ces efforts, nous sommes enfin parvenu à retrouver cette famille installée dans la principauté de Monaco», lança fièrement Abdelkader B. «Mme Francine, qui avait été informée de mes recherches, était aux anges elle et ses deux filles. Elle était âgée alors de 87 ans en 2006 et avait demandé à faire le voyage à Paris pour me retrouver et me ramener chez elle à Monaco», déclara tristement Abdelkader B. Selon Abdelkader B., il avait été convenu que cette dame se déplace à Paris et que la rencontre ait lieu au mois de mars 2006. Subitement, Mme Francine tomba malade. Sentant sa fin proche, elle réunit ses enfants et leur annonça son testament, en présence d'un homme de loi monégasque. Son testament en faveur de Abdelkader B. La presse et les médias parisiens, qui s'étaient saisis de l'affaire, publièrent le nom et les photos de cet heureux bénéficiaire. Cette odyssée fait la une de plusieurs quotidiens et magazines français et monégasques. De célèbres chaînes et médias français et parisiens se sont déplacés en Algérie pour interviewer ce sauveteur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houari Larbi
Source : www.lesoirdalgerie.com