Oran - A la une

«C'est comme une maison de haute couture sauf que là il s'agit de d''uvres d'art»



Artiste peintre, Malika Lakhdari s'est lancée dans une démarche novatrice inédite en Algérie en alliant art et décoration avec un esprit d'entreprise et un souci de qualité. Rencontrée au Carrefour de l'artisanat et des arts, une exposition qui se tient au Musée d'art moderne d'Oran, elle nos livre dans cet entretien les spécificités de cette expérience.? En quoi consiste votre participation à ce Salon et comment vous vous définissez '
C'est notre première participation grand public en tant que «Tita home Gallery» et dont la marque, la nôtre, «Ultimate Luxury all store» regroupe quatre gammes : d'abord la Tita home Gallery qui est la première et qui a beaucoup de collections de peinture, artistiquement parlant très travaillées.
C'est du «no limit» par rapport aux dimensions. Nous faisons beaucoup de moderne, de contemporain, d'abstrait. Nous réalisons aussi des collections de calligraphie qui sont des collections uniques et le principe consiste à apposer ces calligraphies sur des fonds de peinture abstraite. C'est travaillé de manière artistique et non pas seulement technique.
Après cela, vous avez la deuxième gamme qui est «Izora home fashion». Celle-ci s'inspire de la tendance décoration, des tendances de l'année. Elle est un peu plus dynamique par rapport à Tita en matière de couleur et avec un peu plus de peps, d'une variété de dimensions, de plus de diptyques et de triptyques, etc. Cette collection a été créée pour cibler un petit peu la moyenne gamme.
En troisième lieu, nous avons une collection de «wall art» en étude depuis deux ans et qu'on a décidé de lancer exclusivement pour ce salon. Elle contient beaucoup de petits tableaux et est beaucoup plus accessible aux petits budgets avec des mini-tableaux, des petites compositions. Ce que vous voyez-là, ce sont des masters qui ne sont pas téléchargés à partir d'internet ou réimprimés car nous utilisons les fonds de nos propres collections.
Comme celles-ci sont extrêmement nombreuses, nous avons tout un éventail de fonds sur lesquels nous avons décidé de travailler. Vous avez là aussi de la calligraphie retranscrite sur des fonds abstraits originaux de nos créations Tita ou Izora, (on prend des fragments).
Vous avez aussi tout ce qui est «fashion», c'est-à-dire la représentation personnalisée des grandes marques : Coco Chanel, Hermes, etc. en plus de tout ce qui est lié au «wall art décoratif», tout ce qui est végétal, animal (oiseaux, papillons), etc., des photographies également. Bref, c'est dans le budget de tout le monde car là cela touche pratiquement toutes les catégories.
En résumé, Tita c'est vraiment de l'art dans son acception la plus conventionnelle, Izora c'est le «fashion home», et le «wall art» est tout ce qui est décoration murale. Nous sommes une marque de tableaux d'art et la «Tita home Gallery» c'est la première marque de tableaux d'art signée (Tita) en pièces uniques sur le territoire national. Nous sommes fournisseurs-distributeurs de tableaux.
Je reviens ici sur notre quatrième collection qui est «Aurès» et qui est exclusive aux mobiliers et réalisée avec les co-designers qui sont avec moi, c'est-à-dire mes frères Abderrahim et Mohamed. Toutes les pièces sont uniques et entièrement du fait main, dorées à la feuille d'or de 18 à 24 carats. C'est aussi à l'exemple de cette glace entièrement patinée de cire d'or et ce sont des pièces uniques que nous n'allons pas reproduire.
? Comment est organisée votre entreprise '
Notre atelier est l'un des plus grands et nous travaillons en famille, avec tout un esprit d'équipe. Si vous voulez, c'est le même principe qu'une maison de haute couture, sauf que là c'est une maison d'?uvres d'art. Nous réalisons des installations pour les particuliers via le réseau de distribution sur les circuits commerciaux, c'est-à-dire tout ce qui est showroom et nous sommes les premiers à avoir développé cela.
Le principe de Tita c'était de sortir du moule de la galerie d'art traditionnelle, généralement inaccessible, et notre démarche à nous c'est de faire en sorte que le consommateur algérien de toutes les catégories puisse accéder à une ?uvre d'art signée et en pièce unique et de trois catégories différentes. Nous ciblons toutes les tranches afin de faire en sorte que n'importe qui puisse accéder à une ?uvre d'art selon son budget.
Il s'agit de fusionner entre l'art et son marché, le business. C'est dans ce sens que nous nous considérons comme le plus grand atelier d'art en Algérie, même si on n'en parle pas beaucoup. Toutes les installations que nous réalisons sont des installations pour particuliers, pour des sociétés. Nous travaillons directement avec nos clients et donc pas d'intermédiaires.
Quand nous avons une commande pour une villa, un appartement, nous nous déplaçons, prenons les photos ainsi que les mesures. Les collections qui sont créées pour le client sont exclusives et ne sont même pas «exposables». C'est un carnet d'adresses privé et nous intervenons sur tout le territoire national.
? Un mot sur votre propre parcours et que pensez-vous de la situation du secteur en Algérie '
Je suis peintre depuis plus de quinze ans et le projet Tita a été lancé il y a un peu plus de plus de trois ans. Je peux vous dire que c'est un succès incroyable et c'est partant de là que j'estime que le marché de l'art en Algérie existe bel et bien, mais en dehors des portes fermées des galeries d'art et du secteur conventionnel.
Il est en revanche vrai que, vu sous cet angle et comparé à nos voisins, nous sommes très en retard car il n'existe pas de plateformes dédiées mais la demande dans notre société existe et c'est là où réside le paradoxe. L'Algérie recèle d'énormes potentialités pour consommer de l'art et les amateurs sont nombreux, mais encore faut-il les atteindre.
Nous sommes le premier atelier à pouvoir fournir en quantité et en qualité et dans des délais des pièces uniques par exemple pour décorer un hôtel. Nous avons les capacités pour le faire. Actuellement, nous travaillons en porte fermée. Pourquoi sommes-nous sortis en 2020 pour une exposition publique '
C'est pour dire : «Voilà, nous avons commencé (avec 7 tableaux) et voici comment nous avons évolué». Là, je ne peux même pas vous dire combien de tableaux sortent de nos ateliers par mois. Mais attention, ce n'est pas un travail de machines, c'est un travail manuel, ce sont des équipes qui le réalisent sur la base de briefings, de discussions, de préparations, etc.
Nous travaillons selon les normes internationales et c'est pour cela que nous sommes aussi demandés au niveau international. Nous avons décidé de participer à ce salon pour montrer qu'avec un esprit d'entrepreneuriat, on peut réaliser des choses qui peuvent paraître impossibles au départ. Il faut juste y croire, se donner à fond, ne pas hésiter à réinvestir, à se renouveler à chaque fois, à se surpasser pour relever des défis, etc. Une équipe algérienne, une entreprise familiale qui a aussi ouvert «Ultimate Luxury Art Show» qui est une boutique, une petite vitrine destinée à accueillir le grand public, sinon nous travaillons en atelier porte fermée.
? Cette démarche entrepreneuriale ne risque-t-elle pas de déteindre sur le côté artistique '
Justement, le point que je voumais soulever, c'est de dire que notre démarche ce n'est pas exclusivement du commercial. Certes, on peut dire que la collection du «wall art» c'est du commercial, mais ça reste quand même des pièces uniques. On peut dire que Izora c'est un peu «bling-bling», mais cela reste également des pièces uniques.
Ce sont des techniques différentes, mais avec Tita c'est autre chose, c'est recherché et ce sont des travaux artistiques avec beaucoup de réflexion, beaucoup de recherche derrière. Nous travaillons aussi avec de la résine artistique. Actuellement, les Algériens veulent relever le niveau esthétique pour mieux travailler leurs intérieurs, etc.
Le contact clients s'établit à travers des showroom franchisés, à l'exemple de l'italien Château d'Ax où nous avons sept collections qui ont été installées selon les normes qualitatives et selon le segment algérien. Vous avez un deuxième showroom, le «Home select» qui convient beaucoup à Izora pour le segment «fashion home», une catégorie moyenne où on demande des dimensions bien précises. Tout cela est parti doucement et a fini par prendre de l'ampleur de manière graduelle et régulière.
Je voudrais, si vous le permettez, revenir au secteur de l'art pour dire que les artistes se plaignent du marché de l'art mais refusent en même temps de mettre de côté leur ego par rapport à la commercialisation de leurs ?uvres. Celles-ci sont en général totalement inaccessibles. C'est contradictoire d'espérer l'émergence d'un marché de l'art dans de telles conditions. Il faut aussi savoir donner de soi, savoir créer un réseau.
On nous dit souvent : «Vous évoluez sans concurrence», mais le secteur n'est pas vierge. Il y a des artistes qui sont déjà bien établis, mais c'est autre chose. Moi, personnellement, j'ai des tableaux signés Lakhdari. J'en réalise trois à quatre par an pour des clients qui attendent mes créations.
C'est personnel et c'est autre chose. Généralement, nous ne communiquons pas, nous ne prospectons pas, nous n'avons jamais établi d'offres de service ni mené de campagne de publicité. Tout le travail que nous faisons passe par le réseau de cooptation.
Chaque client qui se présente chez nous est forcément recommandé par un autre, etc. sinon on le dirige vers les showrooms partenaires. Il y a cependant certains showrooms avec lesquels nous ne pouvons pas travailler car la qualité n'est pas conforme avec notre exigence.
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