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«Bullets Diplomacy» vs «International Law-Based Diplomacy»*Syrie



«Bullets Diplomacy» vs «International Law-Based Diplomacy»*Syrie
INTRODUCTION
La menace d'intervention militaire en Syrie de la coalition occidentale soulève deux grandes questions qu'il est légitime de se poser pour comprendre le dossier syrien : (A)- La question des armes chimiques, question qui se divise elle-même en deux : (1) y a-t-il eu utilisation d'armes chimiques en Syrie ' et (2) si oui, qui a utilisé ces armes : le régime de Bachar El Assad ou ceux que les pays occidentaux appellent les «rebelles» et qu'ils encouragent, d'un autre côté, dans leur lutte contre le régime ', et (B) la question plus profonde du conflit souterrain entre les deux plus grandes puissances, les USA et la Russie, conflit qui a été ravivé par la récente affaire Edward Snowden, l'espion américain, à qui la Russie a accordé l'asile politique, ignorant la demande d'extradition faite par les Etats-Unis ' Les questions donc que se posent beaucoup d'analystes et d'observateurs de la scène internationale sont : (1) le problème syrien est-il un problème purement régional ou s'agit-il plutôt du retour de la guerre froide qui prévalait à l'ère de l'ex-Union soviétique ' et (2) Y a-t-il encore un rôle pour l'ONU et pour le droit international dans le règlement des conflits internationaux '
ARMES CHIMIQUES OU PAS ARMES CHIMIQUES : THAT IS THE QUESTION
La question des armes chimiques est la raison majeure et unique invoquée par les puissances occidentales menaçant d'intervenir en Syrie, notamment la France et les Etats-Unis, pour faire admettre le «droit» à l'intervention militaire. Pour cela, tous les moyens technologiques et médiatiques ont été mis en œuvre pour prouver que les armes chimiques ont été utilisées sur la population syrienne : vidéo, rapports d'expertise nationaux, etc. Des images «frappantes» ont été projetées sur les télévisions mondiales montrant des Syriens, notamment des enfants, atteints, selon les médias occidentaux, de gaz chimiques. Cependant, cette question est elle-même divisée en
deux : (1) Y a-t-il eu réellement usage d'armes chimiques en Syrie ' Les puissances «menaçantes» jurent, s'appuyant sur leurs médias, que c'est vrai : il y a eu utilisation d'armes chimiques. Pour appuyer et conforter leur information et les images, la coalition a demandé à l'ONU d'envoyer une mission d'experts pour répondre à la question : Y a-t-il eu utilisation d'armes chimiques ' Et avant même que le rapport de ces experts ne soit rendu public, le secrétaire général, Ban Ki-moon, s'est «aventuré» en faisant une déclaration accusant le régime de Assad d'avoir utilisé des armes chimiques, se rendant ainsi coupable de crime contre l'humanité. Cette déclaration pose la deuxième question liée à celle des armes chimiques : (2) si effectivement il y a eu utilisation d'armes chimiques, qui les a utilisées, le régime ou les «rebelles» ' Tous les yeux et les oreilles du monde étaient donc braqués sur le rapport des experts de l'ONU. Le problème avec ce rapport, c'est que beaucoup d'observateurs internationaux sont sceptiques et pensent que le contenu et les résultats sont connus d'avance, avant même leur publication. Bien sûr, c'est le rôle de l'ONU et de son pouvoir de décision et de persuasion qui sont posés ici et dont nous parlerons plus loin dans cet article.
S'AGIT-IL D'UN «COME-BACK» DE LA GUERRE FROIDE USA-RUSSIE '
Beaucoup d'observateurs et d'analystes internationaux pensent que le «cas» syrien n'est qu'un épiphénomène d'un phénomène plus structurel : le conflit entre les USA et la Russie. Beaucoup pensent en effet que nous assistons à un retour de la «guerre froide» qui avait été en vigueur pendant toute l'ère de l'ex-Union soviétique et qui à plusieurs reprises avait failli se transformer en «guerre chaude» : affaire des missiles à Cuba, affaire des otages américains à Téhéran, etc. Ce retour à la guerre froide se serait accentué avec l'arrivée de Vladimir Poutine en Russie et d'Obama aux Etats-Unis. Certains observateurs pensent que cela est dû bien sûr au désaccord de fond entre les USA et la Russie sur plusieurs dossiers internationaux, notamment celui des armes stratégiques, mais aussi à la compétition et à la personnalité des leaders des deux puissances mondiales. Ce serait donc ce conflit d'intérêts entre les deux superpuissances qui aurait «poussé» à la menace d'intervention en Syrie. Ce conflit USA-Russie aurait été aussi ravivé par la récente affaire Edward Snowden, l'analyste américain qui a obtenu l'asile politique de la part de Poutine, malgré l'accord d'extradition entre la Russie et les Etats-Unis. On pense, en effet, que la menace de la coalition d'intervenir militairement en Syrie n'est pour les Etats-Unis qu'une manière soit de faire oublier l'affaire Snowden, soit de la régler en cherchant et en trouvant un «deal» avec la Russie. La dernière initiative russe de désamorcer la crise syrienne et de mise sous contrôle international de l'arsenal chimique syrien ne serait qu'une première étape, la deuxième étant de trouver un accord pour le transfert de Snowden vers les Etats-Unis. Ainsi donc, sous prétexte de protéger le régime Assad et plus généralement de défendre ses intérêts au Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Iran, Poutine aurait tendu la main à son frère ennemi, Obama, ' qui, il faut le dire, a perdu la face dans l'affaire Snowden ' pour la reprendre après ce «deal» sur la Syrie. Ce règlement de comptes entre deux superpuissances pose bien évidemment la question du rôle que jouent encore l'ONU et le droit international dans le règlement des conflits internationaux.
L'ONU ET LE DROIT INTERNATIONAL JOUENT-ILS ENCORE UN RôLE AUJOURD'HUI'
On se rappelle que l'ONU a été créée en 1945 pour assurer deux missions principales : une mission économique (aider au développement des pays dits du Tiers-monde et qu'on appelle maintenant abusivement «pays émergents», et une mission politique (aider au règlement des conflits entre nations belligérantes). Si pendant les premières décennies, après sa création (disons de 1945 à la fin de la première moitié des années 1980) l'ONU a joué un certain rôle dans la réalisation de ses deux principales missions, il faut reconnaître que depuis la deuxième moitié des années 1980, et notamment depuis le démantèlement de l'ex-Union soviétique et la disparition du mouvement des Non-alignés, mais surtout depuis l'avènement des «printemps arabes» (anciens et récents), elle a perdu de sa crédibilité. Cette chute de la crédibilité a commencé avec l'intervention en Irak. L'ONU avait été alors incapable d'offrir une alternative diplomatique à l'intervention. Il en a été de même avec l'intervention en Afghanistan. Puis, cela a été le tour de l'intervention en Libye, lorsque la France de Sarkozy, soutenue par l'Angleterre et les Etats-Unis, est intervenue pour déloger El Gueddafi et placer une équipe de l'opposition qui était favorable à la coalition. Puis, cela a été encore le cas au Mali, où la France est intervenue pour mettre de «l'ordre», avec également le soutien des alliés habituels et a placé une équipe favorable à la mission «pacificatrice» et «civilisatrice» de la France. C'est le même scénario qui semble se dessiner en Syrie, où l'ONU est non seulement absente mais semble, selon certains analyses, servir de «couverture» internationale à la coalition dans sa velléité affirmée d'intervention en Syrie. Pour preuve, disent les observateurs politiques, la déclaration de Ban Ki-moon sur la responsabilité de Bachar El Assad dans l'utilisation des armes «alléguée» d'armes chimiques, et ce, avant même la parution du rapport des experts chargés de l'enquête.
CONCLUSION
Il apparaît clairement que l'Organisation des Nations unies (ONU) et le droit international qu'elle est censée établir et faire respecter ont laissé la place à la loi du plus fort. Si on prend l'exemple des peuples dits du Tiers-monde, (qu'on appelle, encore une fois abusivement «pays émergents» pour faire croire qu'ils «émergent» de quelque chose), sont non seulement victimes d'injustices dans leur propre pays, mais ils se rendent compte que même au niveau international, c'est l'injustice qui prévaut et la loi de la jungle qui y règne. Si on veut que ces peuples ne subissent plus ces injustices quotidiennes de la part de leurs propres gouvernants, il et temps que l'ONU et ses deux missions principales (le développement et le règlement des conflits) puissent être pleinement remplies, il faut et il est urgent de réviser en profondeur la Charte et l'organigramme de l'ONU. Ce n'est qu'à ce prix que la paix reviendra dans le monde et que les peuples continueront de s'émanciper et de trouver la voie de leur bonheur.

(*) La diplomatie des armes contre la diplomatie basée sur la loi internationale.
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