La tension ne fait que monter au nord du Nigeria où, après la décision du
gouvernement d'imposer l'état d'urgence, la secte radicale Boko
Haram a répondu par un ultimatum adressé aux
chrétiens de quitter la région nord dans trois jours.
Le groupe radical a promis de combattre les troupes gouvernementales dans
les zones où l'état d'urgence est décrété. Un homme répondant au nom d'Abul Qaqa, prétendant parler au
nom du groupe, a indiqué que Boko Haram
donnait «un ultimatum de trois jours aux chrétiens pour quitter le nord du
Nigeria». «Nous trouvons pertinent de souligner que les soldats ne tueront que
des musulmans dans les zones gouvernementales locales où l'état d'urgence a été
décrété», a déclaré Abul Qaqa
à des journalistes. «Nous nous confronterons face à face pour protéger nos
frères», a ajouté M. Qaqa, qui a déjà parlé plusieurs
fois au nom du groupe, menaçant également les Nigérians vivant dans le nord du
pays, habité principalement par les musulmans, alors que le Sud est
majoritairement chrétien. Boko Haram
paraît vouloir inciter à des transferts de populations en jouant sur la peur
des musulmans établis dans le Sud à majorité chrétienne. « Nous souhaitons
aussi appeler nos frères musulmans du Sud (majoritairement chrétien) à revenir
dans le Nord car nous avons la preuve qu'ils vont être attaqués ».
Cette escalade intervient après la décision du président nigérian Goodluck Jonathan d'imposer l'état d'urgence ce week-end
dans plusieurs zones au nord et au centre du Nigeria en réaction aux violences
commises par le groupe Boko Haram
et qui avaient fait une cinquantaine de morts le jour de Noël. Le président Goodluck a décidé également de fermer les frontières dans
les régions les plus touchées par les violences. Ces mesures concernent le
Niger, le Cameroun et le Tchad. Le représentant de Boko
Haram a critiqué la visite du président nigérian sur
le site de l'attentat perpétré à Abuja. «Le président ne s'est jamais rendu sur
les lieux où ont été tués des musulmans», a-t-il souligné, faisant allusion à
des émeutes postélectorales en avril qui avaient fait plusieurs dizaines de
morts dans la population musulmane.
Les tensions communautaires ne font que s'aggraver et mettent à mal le
tissu social. Les évêques catholiques ont demandé au président nigérian de
recourir à des experts étrangers pour aider les forces de sécurité dans leur
lutte contre Boko Haram. Mais
des chrétiens appellent également à recourir à l'autodéfense en cas de
poursuite des violences dans un pays divisé entre un Nord musulman pauvre et un
Sud à majorité chrétien et animiste. Le groupe Boko Haram, qui signifie « l'éducation occidentale est un péché
», a fait parler de lui, la première fois, en 2009, lors d'une tentative de
rébellion dans les Etats du Nord qui a été écrasée dans le sang par l'armée
nigériane. Le fondateur du groupe, Mohamed Yusuf, avait
été tué à cette occasion. Le groupe a commis par la suite plusieurs attentats. La
montée des tensions actuelles se fait sur fond de remise en cause d'une sorte
d'équilibre qui voulait que la puissance économique dévolue de fait au Sud soit
compensée par une représentation plus forte du Nord au pouvoir politique.
LIE A AQMI ?
La mort de Yar Adua
en 2010 et son remplacement par le vice-président, Goodluck
Jonathan, a créé des frustrations au sein des élites
du Nord. Une frustration sur laquelle le groupe Boko Haram joue clairement en se posant comme le défenseur des
intérêts politiques et économiques des musulmans du Nord. Et pour corser une
situation déjà très compliquée, Abdelkader Messahel, ministre
délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, a affirmé récemment
qu'il avait « la certitude qu'il y a coordination entre Boko
Haram et Al-Qaïda». «La
façon dont les deux organisations opèrent et les rapports des services de
renseignement montrent qu'il y a bien coopération», avait-il déclaré.
Le Nigeria, qui a tenu malgré des épreuves graves, se trouve dans une
situation délicate. En cas d'aggravation de la situation et de polarisations
communautaires, les risques pour l'intégrité territoriale deviendront plus
graves. La sécession du Biafra en 1967 s'était heurtée au principe de
l'intangibilité des frontières. Aujourd'hui, ce principe est sérieusement mis à
mal en Afrique après la sécession du Sud Soudan.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salem Ferdi
Source : www.lequotidien-oran.com