Réunion d'urgence, hier lundi au Bardo, en plein centre de Tunis : les
leaders des trois partis vainqueurs des élections pour la Constituante, Mustapha
Ben Jaâfar (Ettakatol), Moncef Marzouki (CPR) et Hammadi Jebali (Ennahda), ont rencontré Fouad Mbazâa,
président de la République et Béji Caïd Essebsi, Premier ministre pour trouver une issue aux
difficultés qu'ils rencontrent actuellement pour former un gouvernement.
A la veille de la réunion de l'Assemblée constituante, ils ont demandé, révèle
le journal Le Maghreb, à M. Caïd Essebsi de continuer
à assurer les tâches gouvernementales pendant quelques jours encore, malgré la
démission présentée. Le temps d'annoncer le nouveau président et le Premier
ministre. Climat délétère en fait en Tunisie, qui n'a pas encore son
gouvernement, un mois et demi après les élections du 23 octobre dernier. Les
tensions restent également vives, la situation sécuritaire indécise et des
manifestations cycliques, notamment samedi dernier devant le Bardo (siège du
gouvernement) où se sont affrontés à coups de slogans «modernistes» et «salafistes» qui ont fini par être dispersés à coup de
grenades lacrymogènes, dans la soirée, après une journée à se regarder en
«chiens de faïence».
L'un des deux camps, qui regroupait des chômeurs, des enseignants, des
militants de gauche, réclamait «liberté, travail et dignité», alors que le camp
des salafistes avait organisé une manifestation
contre les courants gauchistes. Sur le front syndical, les militants de la
gauche tunisienne ont plébiscité, dimanche, la naissance officielle du second
syndicat du pays, la
Confédération générale tunisienne du travail (CGTT), interdite
sous le régime du président Benali. Fondée en 2006, mais
interdite sous l'ancien régime, ses dirigeants revendiquent un ancrage dans la
ligne de son ancêtre la CGTT
de Mohamed Ali Hammi, leader nationaliste et
fondateur en 1924 du premier syndicat de la Tunisie, alors sous protectorat français jusqu'en
1956. Pour Habib Guiza, son secrétaire général élu, la
nouvelle CGTT aura trois missions prioritaires: la promotion d'un «syndicalisme
moderne et démocratique», la révision des relations professionnelles dans le
cadre du pluralisme et la lutte contre l'exclusion et le chômage en Tunisie. Sur
le front économique, les nouvelles ne sont pas réjouissantes, avec l'annonce
par le gouverneur de la Banque
centrale de Tunisie que la croissance en 2012 sera nulle. Selon Kamel Mustapha Nabli, cette
croissance zéro devrait entraîner une baisse du rythme de la création d'emplois
et une hausse du taux de chômage qui devrait dépasser les 18%. Les dernières
prévisions de croissance du gouvernement tunisien s'établissaient entre 0,2% et
1% pour 2011. «La deuxième année de transition sera difficile. La Tunisie aura à faire face,
au cours de cette période, à des défis importants, liés notamment à l'emploi, à
l'investissement, à la préservation des équilibres financiers et à la politique
monétaire», a-t-il déclaré.
MONZEF MARZOUKI : PRESIDENT
C'est dans cette atmosphère délétère que le nouveau président et le chef
de gouvernement devront être annoncés, probablement
aujourd'hui mardi, à l'issue de la réunion de l'Assemblée constituante. Selon
le journal en arabe Le Maghreb, un deal a été trouvé, vendredi, entre les trois
partis arrivés en tête des élections pour désigner le futur président et le
chef de gouvernement. Ils seront en principe annoncés à la fin de la réunion de
l'Assemblée constituante au Parlement tunisien.
Selon le Maghreb, une entente entre les partis Ennahda,
le CPR (Congrès pour la République) et Ettakatol, a
décidé que le dirigeant du CPR, Moncef Marzouki, doit devenir président et le dauphin de Ghannouchi, Hamadi Jebali, chef du gouvernement. La réunion de l'Assemblée
constituante, qui doit confirmer ces nominations, se réunit pour examiner le
projet d'organisation des pouvoirs publics, une «mini-constitution»
dont l'adoption ouvrira la voie à la formation d'un exécutif, un mois et demi
après les élections du 23 octobre. Le projet d'organisation des pouvoirs
publics et le règlement intérieur de l'Assemblée, deux textes essentiels pour
permettre le démarrage effectif des institutions, ont été déposés devant les
députés après avoir fait l'objet de discussions houleuses en commissions. Ennahda a été accusé par l'opposition mais aussi par ses
partenaires de gauche, les partis CPR (Congrès pour la République) et Ettakatol, de vouloir s'arroger les pleins pouvoirs et de
mettre la main sur tous les rouages du pays. Mais, les deux commissions (22
députés chacune) ont trouvé un compromis, vendredi, pour que les projets soient
finalisés et soumis au vote des 217 élus de l'Assemblée aujourd'hui. Les points
d'achoppement portaient sur les prérogatives respectives du chef de l'Etat et
du chef du gouvernement, ainsi que sur le mode d'adoption de la future
constitution tunisienne. En fait, c'est de l'adoption de la Constitution
tunisienne que dépend le vrai démarrage de la vie politique et institutionnelle
de la nouvelle Tunisie. L'adoption de cette future constitution ouvrira la voie
à des élections générales et mettra fin à la période transitoire. Elle devra
être adoptée à la majorité des deux tiers, et si elle n'est pas approuvée après
deux lectures, elle sera soumise à référendum. L'adoption des textes, aujourd'hui,
à l'Assemblée constituante permettra l'élection du président de la République, le
jour même ou dans la semaine. Ce dernier nommera ensuite le chef du
gouvernement dont l'équipe devra obtenir la confiance de l'Assemblée.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Yazid Alilat
Source : www.lequotidien-oran.com