Lenteur, lourdeur, complication des procédures et mépris des agents de
l'administration vis-à-vis du public, voilà le grand cauchemar que continue à
vivre quotidiennement le citoyen, lorsqu'il est confronté directement à cette
bureaucratie galopante.
S'adresser à l'état civil, pour retirer un document officiel, ou à une
autre administration, pour déposer un dossier est devenu le geste que redoute
la majorité des citoyens. Tout le monde évite ces lieux comme la peste. Il
suffit de passer une matinée devant un guichet pour retirer un extrait de
naissance pour en ressortir frustré, stressé, en colère et hypertendu. La
bureaucratie est devenue la rude épreuve des temps modernes dans notre pays que
passent jeunes et adultes. On ne sort jamais indemne de cette expérience. On y
laisse toujours des plumes car, souvent, c'est tout un avenir qui se joue dans
la longue attente dans un espace fermé.
Une matinée passée à l'état civil de Bir El-Djir illustre bien ce
cauchemar vécu par les citoyens et le sentiment exacerbé que développe chacun
devant un guichet.
Il est 9h30 du matin, jeudi. Devant chaque guichet, une foule est déjà
amassée attendant d'être servie. De l'autre côté, les agents de
l'administration assis sur leurs chaises, stylos entre les doigts et imprimés
sous la main. Le climat est un peu tendu. Les gens se bousculent pour légaliser
leurs documents. Le ton monte lorsque la chaîne n'est pas respectée ou quand
l'agent chargé de cette mission abandonne son poste, laissant les citoyens
poiroter pendant des heures à cause d'un cachet ou d'une signature. Ne supportant
pas d'être ignorés, les citoyens réagissent en exprimant leur colère contre ce
qu'ils qualifient de « mépris » de la part des agents. Il suffit d'un mot
déplacé des uns ou des autres pour que la situation dégénère. Les insultes
remplacent les mots de politesse et la violence prend place. Pour éviter de
devoir passer cette rude épreuve à répétition, certains citoyens préfèrent se
rendre à cette administration une seule fois et retirer tous les documents le
même jour. Même avec cette stratégie, la partie n'est pas gagnée d'avance. Pour
que l'opération se déroule sans problèmes, il faut espérer, dira une femme, la
cinquantaine environ, que l'employé derrière le guichet soit de bonne humeur.
Car tout repose sur l'état d'esprit de cet agent chargé de reporter sur le
document officiel les renseignements nécessaires.
A chaque passage devant un guichet, il faut croiser les doigts. Avec un
peu de chance, le document peut être retirer en 2 minutes si l'employé fait
correctement son travail sans aucun excès de zèle. Mais, si la tête du client
ne plait pas, les 2 minutes vont s'étendre jusqu'à une heure et demie. C'est le
cas de cette vieille dame, venue jeudi dernier pour retirer un extrait de
naissance, une fiche familiale et une résidence. Trois documents différents
retirés chez trois guichets différents. La première phase a été de demander une
résidence. Là, tout se déroule normalement. La dame présente sa pièce
d'identité, elle est tout de suite servie. La 2ème phase à franchir est le
passage devant un autre guichet pour avoir un extrait de naissance. Là aussi,
contre toute attente, dès que le livret de famille a été présenté à l'employée,
le document est vite établi avec légalisation sur place. Car, d'habitude, il
fallait faire une autre chaîne pour le cachet et la signature. Mais,
aujourd'hui, c'est une révolution. Tout se fait sur place. Un ouf de
soulagement est lâché par la dame qui lui reste une dernière étape à passer et
tout sera fini.
Arrivé au 2ème guichet, la chaîne du côté des femmes traîne. L'impatience
commence à gagner toutes ces personnes présentes devant le guichet à la grande
indifférence de l'employée qui se trouvait derrière le guichet. Sourire
méprisant, traînant le pas pour faire son travail et usant de tout son orgueil
dans son traitement avec ces femmes, elle ne semblait pas mesurer l'impact de
cette longue attente pour avoir un document. Constatant cela, les femmes ont
usé de toutes les formules de politesse dans l'espoir de l'encourager à
travailler et, par conséquent, les délivrer, elles, de cette souffrance de
l'attente. Mais sans résultat. L'employée continue à ignorer ces citoyennes de
derrière la paroi qui la sépare d'elles sans se soucier d'être sanctionnée.
Lorsqu'une jeune demande à son tour deux documents à la fois, l'employée
rouspète et refuse de faire ce qu'elle qualifie de double travail. Malgré
l'insistance de la jeune, cet agent de l'administration ne veut rien savoir.
Pire encore, devant les réclamations des femmes devant cette situation, elle
abandonne son poste et laisse tout le monde debout devant le guichet. Pendant
plus de 10 minutes, le guichet est fermé. Aucun responsable ne semblait présent
pour contrôler de tels dérapages. Des va-et-vient incessants de l'autre côté du
guichet mais aucun contrôle. Il est 11h20, l'employé a enfin décidé de revenir
à son poste, mécontente et grommelant à voie basse. Une fois arrivée, elle
ignore toutes ces femmes qui ont fait le pied de grue pendant plus d'une heure
devant le guichet. Elle prend des livrets de famille que son collègue a déposé
sur son bureau en son absence, préférant donner la priorité aux « derniers
venus ». Toutes ces femmes qui attendent ont tenté, encore une fois, de faire
appel à leur bon sens et demander, en toute politesse, à cette employée de
respecter la chaîne. Après leur insistance, l'agent prend enfin les demandes en
considération. Il est 11h45, l'employée continue à faire « sa loi ». Après
avoir retiré ses documents, la dame n'est pas encore au bout de ses peines. Il
faut ensuite les légaliser. C'est un autre combat, puisque au guichet, l'agent
a aussi abandonné son poste et laissé la foule en plein ébullition les
documents à la main. Et encore une fois sans aucun contrôle.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : B Mokhtaria
Source : www.lequotidien-oran.com