Oran - Revue de Presse

Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européen, chargée des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage au quotidien d?Oran



La Commission européenne, qui dispose d?un vrai savoir-faire et d?une grande force de frappe, s?est mise en mouvement tant sur la politique européenne de voisinage que sur celui de l?EuroMed. Sans nul doute, le projet de l?Union pour la Méditerranée y est pour quelque chose.C?est justement pour écouter et se rendre compte des réali-tés du terrain que Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européen, chargée des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage, se rendra les 3 et 4 mars, à Alger, pour une série de rencontres avec les hauts responsables algériens. Retour, dans cette rencontre exclusive, sur les enjeux de la PEV, l?EuroMed et les relations avec l?Algérie. Entretien.Le Quotidien d'Oran.: Depuis la mise en place de la Politique européenne de voisinage, avez-vous procédé, au niveau de la Commission européenne, à une évaluation de cette politique ? Et quels sont les correctifs que vous pensez pouvoir mettre en oeuvre pour une plus grande efficacité et, je dirais, visibilité ?Benita Ferrero-Waldner: La Politique européenne de voisinage (PEV) a été mise en place seulement dans les années 2003 et 2004, c?est pourquoi je suis tentée de la qualifier de jeune politique. Mais elle a déjà produit des résultats positifs pour nous et nos voisins. La PEV est un vrai partenariat de réforme et de prospérité commune. Maintenant, il faut rendre cette politique-clé encore plus efficace et attractive, afin de mieux aider nos partenaires, notamment dans les domaines du commerce, de la mobilité et des réformes politiques. Par conséquent, la PEV permet d?aller au-delà des relations existantes afin d?offrir tant une relation politique qu?une intégration économique plus poussées. Dans le cas de l?Algérie cette politique nous permet d?approfondir la coopération et d?accélérer la mise en oeuvre de l?Accord d?association.La coopération sur les réformes sectorielles et la modernisation du pays sont particulièrement importantes à cet égard. Nous pensons à nos relations en matière de l?énergie, du transport, mais aussi de l?éducation. Il y a des centaines, pour ne pas dire des milliers, de projets concrets qui sont de vraies réussites dont nous pouvons tirer exemple et fierté. Q.O.: Beaucoup d?experts considèrent que la PEV, qui « cible » 16 pays aux profils si différents, a un vrai problème de cohérence en termes de vision d?ensemble. Concrètement, quelles réponses pensez-vous apporter à ces critiques, en termes de reformulation ?B.F.-W.: La PEV est une stratégie cohérente mais clairement différenciée. Chacun de nos partenaires est différent, c?est une richesse. Pour chaque partenaire, notre offre de soutien varie selon ses besoins, son progrès et ses ambitions individuelles. La PEV est alors une politique sur mesure !La réforme et la modernisation dans ces deux régions - du Sud et de l?Est - visent toutefois à des objectifs semblables pour lesquels l?Europe a beaucoup à offrir. Par conséquent, nous voulons faire beaucoup plus pays par pays, mais sans perdre du temps dans une discussion abstraite sur la «cohérence». Q.O.: Pour sortir de l?abstraction, comment s?élaborent les projets ? Comment la concertation se fait entre vous et vos partenaires concernés ? Ces derniers se plaignent souvent de ne pas bien être associés à la prise de décision et aussi de la complexité des procédures...B.F.-W.: Je tiens tout d?abord à préciser que les programmes ne sont pas imposés par Bruxelles à nos voisins, mais qu?ils sont le fruit d?une concertation commune. C?est un point fondamental, qu?il ne faut pas négliger.Avec nos partenaires, nous décidons ensemble d?un agenda de réformes et de coopération pour les années à venir. Pour l?Algérie c?est l?Accord d?association entré en vigueur en septembre 2005 qui définit dans le détail les priorités spécifiques.Pour la période 2007-2010, les priorités de la coopération sont définies par un programme indicatif pluriannuel qui prévoit une enveloppe de 220 millions d?euros pour l?Algérie. La programmation a été élaborée en étroite coordination avec les autorités algériennes. Les principaux axes de cette coopération sont : la réforme économique, la réforme de la justice et le renforcement des services publics de base. Q.O.: De nombreux sujets méritent d?être expliqués, clarifiés. Où en est-on par rapport à la question des visas et de la mobilité, du fonds de facilité d?investissements, des grands projets, etc. ? Aujourd?hui, êtes-vous bien avancés sur ces problématiques ?B.F.-W.: Ma réponse ne fait pas de doute : c?est oui. Nous avançons dans tous ces domaines, même si je voudrais parfois aller plus vite et approfondir la coopération.Nous avançons notamment sur les questions de visas et de mobilité. La facilitation de visas est la question nationale en Algérie; nous le savons et le comprenons parfaitement. L?UE a déjà accompli un pas important, demandé de longue date par l?Algérie, avec la suppression des consultations préalables. C?est une avancée appréciable.La facilitation de visas est également un aspect-clé de la mise en oeuvre de la PEV. Ainsi, la Commission a fait des propositions concrètes à nos Etats-membres - car l?octroi de visa reste une compétence de chaque Etat-membre - afin de faciliter les procédures, et d?améliorer les conditions d?octroi de visas de courte durée pour certaines catégories de personnes (officiels, voyages d?affaires, étudiants et chercheurs).Nous voulons continuer ce travail sur la facilitation de visa, mais il faut tout de même noter que cette discussion est indissociablement liée à la question de la réadmission. Nous souhaitons suivre une approche pragmatique, où les deux partenaires en présence (Algérie et UE) doivent trouver un point d?équilibre entre leurs attentes réciproques.Pour ce qui est du fonds de facilité d?investissements, la Commission souhaite investir 700 millions d?euros pour la période 2007-2013 pour soutenir les prêts des institutions financières internationales dans les pays partenaires. Ceci aura un effet important de «levier». Cette facilité est maintenant opérationnelle et les Etats-membres de l?UE sont invités à faire une contribution. Cette facilité va mobiliser des investissements, notamment dans les secteurs de l?énergie, de l?environnement et du transport. Q.O.: Après avoir exprimé votre scepticisme sur l?Union pour la Méditerranée (UPM), vous avez décidé de l?appuyer en étant un de ses membres fondateurs. Qu?est-ce qui explique ce choix ? Avez-vous une idée claire de ce projet ? Et de quelle manière allez-vous « jongler », si je puis dire, entre la PEV, l?EuroMed et l?UPM ? On a du mal à comprendre...B.F.-W.: Laissez-moi, tout d?abord, souligner un point important. Je n?ai jamais exprimé mon scepticisme par rapport à cette initiative, qui est importante et bienvenue. Elle a le mérite de mettre la Méditerranée - qui reste une région stratégique - au centre de nos réflexions. C?est positif pour l?Europe et, en particulier, pour la Commission européenne qui n?a jamais cessé de rappeler l?importance des enjeux et des défis communs avec nos voisins méditerranéens.Nous avons toutefois une architecture solide pour encadrer les relations avec les pays méditerranéens : le Partenariat euro-méditerranéen s?occupe des relations multilatérales avec l?ensemble des pays, et la politique de voisinage est l?instrument pour renforcer nos relations bilatérales «sur mesure». C?est pourquoi, l?initiative française devra s?insérer comme une Union des projets pour faire avancer les solidarités de fait entre les partenaires là où la PEV ou le Partenariat ne sont pas suffisamment présents. C?est là où elle peut nous donner - j?en suis sûre - une valeur ajoutée. Nous sommes justement dans cette phase d?identification des complémentarités, et nous coopérons très étroitement avec la France afin de donner une impulsion pragmatique à ce projet important. Q.O.: L?UPM suscite des doutes et des interrogations parmi les pays de l?UE, notamment de l?Allemagne. Au fond, l?UPM a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Autrement dit, avec quoi va-t-on la financer ? Quelle est votre point de vue à cet égard ?B.F.-W.: Je pense que la préoccupation principale suscitée par l?initiative est celle de l?implication de l?ensemble de l?Union européenne. Je partage le souci des Etats-membres d?assurer la pleine participation de l?Union et de toutes ces institutions parce que cette initiative concerne l?ensemble de l?Europe. Le financement est aussi un sujet important et ne peut être ignoré à ce stade.La valeur ajoutée de l?initiative concerne autant les aspects qualitatifs que les aspects quantitatifs, et il faudra trouver les moyens publics et privés pour financer les propositions des partenaires. C?est un nouveau défi pour nous tous, pour le bien de chacun des pays du bassin méditerranéen. Q.O.: En tout état de cause, ce qu?on observe, c?est que l?UPM vous a poussée à bouger, à vous interroger sur votre propre politique. Vous avez entrepris une série de déplacements pour rencontrer vos interlocuteurs des pays de la rive sud. Qu?avez-vous dit ou qu?allez-vous leur dire ?B.F.-W.: Nous avons toujours eu un dialogue constant avec nos voisins. C?est ce qui nous permet d?avancer et d?améliorer nos instruments.Prenons un exemple, à Lisbonne, lors de la conférence euro-méditerranéenne des ministres des Affaires étrangères, nous avons pu constater l?attachement de tous les pays au Partenariat. Tous les pays se sont exprimés sur la nécessité de préserver et de renforcer le « processus de Barcelone ».Tous les pays ont reconnu l?importance d?une coopération multilatérale. Au-delà de ce consensus, notre but a été d?améliorer le partenariat et nous approcher des Etats de la Méditerranée.Par exemple, c?est le cas de l?accord de libre-échange d?Agadir entre quatre pays méditerranéens, ou l?exemple de la coopération sur les interconnexions électriques entre les pays du Maghreb financées par la Commission européenne.D?une manière générale, la coopération sous-régionale se fait tout en préservant le partenariat dans son ensemble qui reste le cadre de coopération avec tous ces partenaires autour d?une même table et avec des objectifs communs. Nous avons toujours appuyé la modernisation et les réformes du paysage politique et économique de ces pays. Q.O.: Justement, vous serez les 3 et 4 mars en visite en Algérie. Pouvez-vous nous faire un état des lieux des relations entre vous et ce pays ?B.F.-W.: Les relations sont très bonnes. La mise en oeuvre de l?Accord d?Association avance bien. Les deux parties respectent leurs engagements, ce qui permet l?installation d?un vrai climat de confiance et facilite la coopération.La Commission européenne est toutefois consciente de la nécessité de montrer les résultats tangibles et les avantages que l?Algérie peut tirer du partenariat avec l?Union européenne. C?est pourquoi, lors de ma visite en Algérie, je souhaite discuter des actions concrètes que nous pourrions entreprendre dans notre partenariat. Q.O.: Malgré le retard de l?entrée en application des accords d?association UE - Algérie, avez-vous une idée claire sur les besoins de l?Algérie où la transition économique connaît une évolution en accordéon ?B.F.-W.: Oui, bien sûr. Grâce au dialogue avec les autorités et à notre présence dans plusieurs domaines moyennant la coopération financière, nous sommes très conscients des défis et des enjeux en Algérie.C?est pourquoi, mon message ici est simple et affirmé avec conviction : l?UE est prête, si l?Algérie le veut, à servir de point d?ancrage aux réformes et à la transition économique.Nous pouvons offrir notre ambition et surtout notre expérience. Je suis sûre qu?on pourrait réussir ensemble dans ce travail important de réforme, de coopération et de l?aide à la modernisation.
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