Oran - Revue de Presse

Béni-Saf 16 ans dans le filet social, triste record



Elles peuvent s'appeler Malika, Fatima,Amal..., elles sont toutes majeures, elles ont toutes au moins un niveaud'enseignement moyen, certaines ont même fait le secondaire ou encore uneformation professionnelle. Faute d'emploi, elles se rapprochent duservice social de l'APC pour déposer un dossier et espérer une occupationrémunérée. Car, pour le CPE (contrat pré-emploi), ce n'est pas le même cursus.Ne sachant où aller, elles acceptent tout job qui se présente à elles.Nombreuses sont celles qui, placées dans le cadre du filet social, dans desservices de l'administration où certaines ont même la charge de préposée oul'équivalence. Alors elles sont là pour quelques mois avant de laisser la placeà d'autres. Souvent elles reviennent, après avoir rattrapé la liste, dans lamême institution voire dans le même service. Elles remplissent avec brio lamission dont elles sont vouées. Comme disent-elles souvent, elles se «collent»à cet emploi en attendant mieux. Elles attendent inlassablement de voirdécrocher un contrat de travail ou de bénéficier d'un poste budgétaire, sommetoute, un recrutement temporaire, un rêve souvent jamais exaucé. Certaines,lasses de faire les quelque 35 heures pour une minable rémunération à 3.000 DAle mois, passent un contrat ou deux puis s'en vont à jamais. Mais, l'histoirela plus surprenante, c'est celle de cinq jeunes filles qui détiennent ce tristerecord, pour être restées pendant 16 années, au niveau du service de l'étatcivil, à attendre le contrat de travail du rêve. Recrutées en 1991, dans lecadre de l'emploi de jeunes, elles y resteront 05 années avant de passer sousla coupe du filet social. A chaque fin de contrat, on leur demande de rester,en leur promettant de faire quelque chose pour elles. Convaincues, ellesrestent. On leur demande de continuer, car elles ont toutes capitalisé uneexpérience incroyablement riche. Leur ancien chef de service dira d'elles :«tellement elles ont tout appris qu'il est difficile, un jour, de s'en passerd'elles. Il ajoute : «elles savent tout faire. Elles ont épluché, mille fois,tous les registres de l'état civil, elles ont emmagasiné toutes les méthodes detravail et en plus elles ont, tout le temps, su garder le secret professionnel.Et quand on sait que l'état civil, c'est le grand public, il faudraitl'affronter pour savoir à quoi consiste cette tâche. Vous êtes, à longueur dejournée, entrain d'expliquer aux gens ou leur rappeler les modalités de laconstitution des dossiers... Les yeux, vous les avez, tout le temps, fixés surl'écran du micro-ordinateur ou sur l'imprimé, tout en balayant tour à tour lapage du registre pour prendre note. Chaque jour est un jour pas comme lesautres. A chaque moment, vous êtes sous la menace d'une colère d'un citoyen oùl'impatience est devenue presque une religion. Les minutes, les secondes même,se comptent dans un service du grand public. Et si vous arrivez en retard ouvous videz votre chaise avant l'heure, vous subissez toutes les railleries deceux qui viennent pour un quelque document. Et si aujourd'hui, ce service del'état civil s'informatise, il va falloir encore continuer à saisir ou scannerles pages des registres. Et c'est à elles que revient cette tâche, une tâchequi devrait durer au moins deux années, voire plus pour atteindre cet objectif,nous dira un jour le chargé de ce service informatique de l'état civil deBéni-saf. «La moindre des choses, c'est d'être reconnaissant et de leur offrirun contrat de travail», conclura cet ancien chef de service. Et ça on l'a, àplusieurs reprises, proposé à l'administration locale, mais sans aucunrésultat, ajoutera-t-il. En attendant de voir ce rêve se réaliser pour elles,ces bonnes femmes essayent de garder toujours un oeil attentif, et sur le droitde bien servir le citoyen, et sur l'écran de l'ordinateur.
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