A défaut de problèmes financiers, la Belgique s'offre le luxe d'une crise politique
qui risque de lui coûter… cher. Le formateur du futur gouvernement a jeté
l'éponge.
Relativement épargnée par la crise financière internationale, la Belgique s'offre le luxe
d'une crise politique qui oppose libéraux et socialistes sur la confection du
budget 2012 et la constitution d'un gouvernement de plein exercice. Près de 18
mois (527 jours au 21 novembre) après les élections législatives (juin 2010), la Belgique est encore
gouvernée par un gouvernement dit «en affaires courantes.» Au lendemain de ces
élections, le blocage politique achoppait sur la réforme institutionnelle qui opposait
Wallons francophones et Flamands néerlandophones depuis plus de 30 ans. Les
tensions et oppositions entre les deux communautés linguistiques ont failli
faire éclater le royaume et aboutir à une séparation définitive des deux
communautés. Puis vint le miracle en cette fin d'octobre: les six partis
politiques engagés dans les négociations (trois francophones et trois flamands)
réussissent à s'entendre sur une nouvelle réorganisation institutionnelle qui
préserve le pays pour 20 ans au moins. Il ne restait qu'à boucler le budget 2012,
question jusque-là considérée par tous comme une simple question technique et
de bon sens en ces temps de crise. Après six semaines de négociations entre
socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux et alors que les Belges dans leur
ensemble croyaient «l'affaire du budget» sur le point d'aboutir, voilà les
démons des vieilles querelles idéologiques remis au goût du jour: libéraux
contre socialistes et sociaux-chrétiens. Entre droite et gauche pour résumer. Ainsi,
le formateur (négociateur en chef), le socialiste francophone Elio Di Rupo, a jeté l'éponge une
seconde fois (la première fois en juillet au sujet de la réforme
institutionnelle) dans la soirée de lundi dernier.
Il a remis sa démission au roi des Belges, Albert II. Ce dernier a
réservé sa réponse se donnant le temps de consulter (auditionner) les six chefs
de partis politiques en deux jours. La réponse du roi sera connue, en principe
ce mercredi. Les Belges, en colère, retiennent leur souffle. Si le roi accepte
la démission d'Elio Di Rupo,
la Belgique
se dirigera droit vers une crise nationale majeure aux lendemains plus
qu'incertains. La Belgique
ne dispose plus de temps pour renégocier de nouveau un accord de gouvernement. Parce
que la Belgique,
comme tous les pays de l'UE, est dans l'obligation de déposer auprès de la Commission européenne
un budget fiable pour 2012 avant le 15 décembre minuit, sous peine de se voir
infliger une amende de 708 millions d'euros (0,4 % du PIB selon le traité
européen). Et ce ne sera pas une mince affaire, alors que le pays se doit de
présenter un budget 2012 qui ramènerait le déficit public à moins de 3% du PIB.
Ce budget se fixe une économie de 11 milliards d'euros. A titre de comparaison,
la France
s'est fixé une économie de 7,5 milliards d'euros pour 2012, alors qu'elle a un
PIB cinq fois plus important que celui de la Belgique. Pourquoi
une telle différence ? Parce que l'économie et les comptes publics belges se
portent beaucoup mieux que ceux de la France. La Belgique est dans le top cinq des pays
de l'UE en matière d'équilibre budgétaire avec 4, 8% de déficit (près de 6,5
pour la zone euro) et un endettement public de 97, 6% pour 2010. La croissance
belge est l'une des plus fortes en ces moments de crise avec 2% pour l'année 2010.
Le rappel de ces quelques données économiques est nécessaire pour comprendre
que la crise qui dure en Belgique depuis juin 2010 n'a pas pour origine des
difficultés financières ou économiques (la Belgique est la 28e puissance économique au monde).
La raison du blocage est, strictement, d'ordre politique: les négociateurs se
disputent sur qui va payer les 11 milliards d'euros d'économie pour 2012. La
droite flamande et francophone répète qu'il faut réduire les dépenses de l'Etat,
ce à quoi s'oppose la gauche qui veut taxer le capital et les hauts revenus. Opposition
classique, mais réalisable, tant la
Belgique a été gouvernée par droite et gauche réunies à tous
les niveaux de pouvoir. Il est évident que la formule «réduire les dépenses de
l'Etat» vise à raboter les soutiens de l'Etat au système de sécurité sociale et
aux services publics d'une manière générale. La gauche belge ne souhaite pas
que ces économies soient réalisées sur le dos d'une majorité de Belges, c'est-à-dire
les moins nantis dans le pays. Ainsi, c'est une bataille de «sens» politique à
donner au pays qui a surgi au moment de finaliser le budget 2012. Suivre la
tendance libérale qui gagne l'Europe ou faire exception en protégeant son
modèle social et économique que beaucoup d'Européens lui envient.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com