
Toujours aussi colorée, toujours aussi déterminée, In Salah était résolument féminine ce 8 mars. Les images hautes en couleur de ces femmes ont fait le tour du monde.Leur mobilisation contre le gaz de schiste est un phénomène inédit au sud du pays et en Algérie, où des femmes participent depuis 68 jours à une manifestation politique et écologique aux enjeux aussi importants pour l'Algérie et avec une implication et une détermination qui font d'elles, les femmes de ce 8 mars 2015 sans conteste.Elles n'ont certes pas pu faire la marche prévue à l'occasion, pour éviter tout nouvel affrontement, nous dit Djamel, un des organisateurs, mais les femmes d'In Salah ont arboré leurs plus beaux tisseghness pour le 8 mars «afin d'envoyer un nouvel appel au président de la République à l'occasion de la fête internationale de la femme». Baba Benabdesslam, poétesse, chanteuse et figure féminine de la contestation contre le gaz de schiste, n'en démord pas. «Nous ne fêterons rien avant que ces forages ne cessent.On veut que Bouteflika nous accorde son attention et accorde le moratoire sur le gaz de schiste», dit-elle. Vendredi et samedi, femmes et hommes sont restés mobilisés à Sahat Somoud pour «invoquer Dieu par une lecture collective du Coran», explique-t-elle. Le rituel de la Selka a été accompli par toute la population, hommes, femmes, enfants.Pourquoi est-elle là ' Cela ne se discute même pas. «Comme toutes les autres, je suis là depuis le début par solidarité avec mes concitoyens, il n'y a que les vieilles et les malades qui sont restés dans les maisons. Ici, nous avons appris à nous écouter mutuellement, les plus lettrés nous expliquent les choses, nous rendent compte de ce qui se dit dans les médias et nous sommes toutes conscientes des dangers qui nous guettent».Interrogée sur ses appréhensions, elle rétorque : «Nous avons vu les oiseaux et les dromadaires morts, ce qui a renforcé nos appréhensions, nous avons peur pour nos vies et celles de nos enfants. Bouteflika ne l'a peut-être pas ressenti, mais nous avons vraiment peur.» Son rôle dans la contestation ' Elle le résume en quelques mots : «Préparer des méga repas pour les manifestants, des sadaga organisées grâce aux dons de tous et au-delà d'In Salah et de toutes les villes environnantes pour conjurer le gaz de schiste.»Baba est révoltée par la violence des forces de l'ordre à l'encontre des adolescents : «Nos enfants sont à l'hôpital, l'un d'eux a perdu un ?il. Ils nous ont battus, ils ont brûlé nos drapeaux, nos tentes, cassé notre vaisselle et déversé notre nourriture, alors qu'on était pacifiques.» Baba a écrit plusieurs poèmes où elle parle de résistance, d'unification d'In Salah, d'oiseaux morts et de danger imminent.Elle a également donné libre cours à son imagination poétique, au nom du Sahara, elle interpelle Bouteflika, Sellal et Hamel qu'elle imaginait revenant avec une bonne nouvelle en janvier dernier. «Ô ma mère, je suis orpheline, je suis perdue avec mes enfants, je pleure jour et nuit. Sellal, enlève-nous ce gaz de schiste, le Sahara est si précieux. Hamel, je voulais tant te remercier, mais tu n'es jamais revenu, je me retourne vers Baba Ali, Dieu-Puissant nous le garde».Chanteuse très demandée lors des fêtes de mariage, Baba n'a plus chanté depuis janvier dernier. «Nous ne pouvons pas faire la fête. On dort mal, nos enfants sont hospitalisés et si l'affaire du gaz de schiste ne se règle pas comme on veut, je ne chanterai plus».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houria Alioua
Source : www.elwatan.com