
Plus de 50 000 personnes ont quitté la ville depuis le début de l'offensive contre l'organisation Etat islamique. Ce chiffre risque d'exploser avec l'intensification des combats.Mohammed Abdoulsalem a quitté sa maison de Mossoul, en Irak, la nuit passée. Ce père de famille d'une trentaine d'années et les siens dormiront ce soir sous une tente. Dans le vaste camp de déplacés de Khazir, à l'intersection de deux allées de gravier et de poussière, entouré de son épouse et de ses enfants en bas âge, il sort un morceau de papier de sa poche. Une main pressée y a inscrit un numéro désignant l'abri qui attend sa famille. Ils viennent d'un quartier situé à l'est de Mossoul, à proximité de la ligne de front urbaine qui sépare les forces spéciales irakiennes des zones encore tenues par les djihadistes. «Les forces irakiennes nous ont dit qu'on pouvait rester chez nous. Mais il y avait des tirs, des explosions. On a eu peur que Daech [acronyme arabe de l'organisation Etat islamique, EI] revienne dans notre quartier», raconte-t-il. Comme des milliers d'habitants de la grande cité située sur les rives du Tigre, et de sa périphérie, il a préféré, la semaine dernière, les aléas de l'exil aux dangers d'une ville en guerre. Avec ses quelques sacs qui ferment à peine, cet ancien employé de la municipalité de Mossoul, reconverti en électricien sous le règne de l'EI, habitera désormais derrière une clôture de barbelé, à une trentaine de kilomètres de chez lui. Khazir abrite près de 17 000 déplacés, un chiffre qui augmente de jour en jour. Le camp est situé à l'est de Mossoul. Au sud de Mossoul, l'EI recule avec les civils Face à l'avancée des forces armées irakiennes, les djihadistes utilisent les habitants comme boucliers humains et multiplient les exécutions sommaires. Fatma Mehdi aime son jardin : un carré de gazon où trône un sommier vide. Elle a posé du barbelé par-dessus son grillage et y a suspendu des jardinières en pots de lessive. Cet enclos, Fatma Mehdi, grand-mère d'une cinquantaine d'années, l'a gagné sur un tas de gravats le long de la voie ferrée qui traverse le village de Hammam Al-Alil. Cette ligne reliait par le passé Mossoul, située à une vingtaine de kilomètres plus au nord, à Bagdad, la capitale irakienne. Depuis que l'organisation Etat islamique (EI) occupe Mossoul, on n'y voit plus passer les trains. Hammam Al-Alil a été reconquis le 7 novembre par l'armée et la police fédérale. Les habitants se promènent au soir tombant sur les rails : ils respirent. Ils sortent d'un ultime calvaire. Depuis des semaines, l'EI avait rassemblé ici des centaines de familles des villages alentour Qubsan, Salahiya, Meshrat, Esfaiya... Certains s'étaient entassés chez des parents. D'autres avaient été parqués dans des maisons, dont celle de Fatma Mehdi, qui a accueilli comme elle le pouvait soixante personnes sur deux étages et dans une courette. «Ils nous utilisaient pour protéger leur retraite», dit son mari, Qemis Ibrahim, la soixantaine. Cette tactique, l'EI l'a réemployée sur plusieurs fronts depuis le début de l'offensive contre Mossoul, le 17 octobre. Les djihadistes se protègent en massant les civils, qui servent à couvrir leurs déplacements ; ils se réservent la possibilité d'en lâcher des milliers, par vagues, face à la pression de leurs assaillants. Avec les combattants kurdes aux abords de Mossoul, capitale irakienne de l'Etat islamique Après avoir été plusieurs fois annoncées et toujours différées, les opérations visant à libérer la ville du Nord de l'Irak pourraient enfin se profiler. Dans le terrain vague qui s'étend derrière un talus de terre, à proximité du point decontrôle kurde de Khazir, des épaves de voitures chauffent dans la lumière de l'après-midi, parmi les herbes sèches. Le coffre resté ouvert d'un taxi orange et blanc et la disposition des autres véhicules, garés en désordre, évoquent la précipitation et l'angoisse. Ceux qui les ont abandonnés ici étaient en fuite. C'était il y a deux ans et quatre mois. Distante de moins de trente kilomètres, Mossoul, la deuxième agglomération d'Irak en nombre d'habitants, tombait alors aux mains de l'organisation Etat islamique (EI). Suivant la débâcle des forces armées irakiennes qui avaient échoué à défendre la ville, certains de ses habitants se sont réfugiés sur le territoire voisin de la région autonome du Kurdistan irakien. Alors au sommet de sa puissance, le groupe djihadiste n'a, depuis, cessé de refluer, perdant une large partie de ses territoires en Irak et en Syrie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R I
Source : www.lnr-dz.com